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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202471

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202471

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202471
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMELANIE LAPORTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2022, M. C A, représenté par Me Laporte, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du préfet de l'Hérault du 29 mars 2022 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il a déposé une demande d'aide juridictionnelle, en cours d'instruction ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- dès lors que, d'une part, étant inscrit en diplôme universitaire " Data Analyst - informatique et statistique pour la décision " au titre de l'année universitaire 2021/2022, il justifiait poursuivre ses études et que, d'autre part, il disposait de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins par l'exercice d'une activité professionnelle, le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " en se fondant sur le dépassement du nombre d'heures de travail qu'il était autorisé à effectuer ;

- eu égard à la durée de son séjour en France depuis l'année 2018, à la relation sentimentale qu'il entretient depuis plus d'une année avec sa compagne et aux liens personnels qu'il a développés sur le territoire français, le refus de renouveler son titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- eu égard à la durée de son séjour en France depuis l'année 2018, à la relation sentimentale qu'il entretient depuis plus d'une année avec sa compagne et aux liens personnels qu'il a développés sur le territoire français, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Laporte, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 19 mars 1991, entré en France le 5 septembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", pour y poursuivre ses études, a obtenu un master de droit, économie, gestion, mention " économie et management publics " au terme de l'année universitaire 2020/2021. Inscrit en diplôme universitaire " Data Analyst - informatique et statistique pour la décision " au titre de l'année universitaire 2021/2022, il a sollicité le 20 janvier 2022 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". M. A demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 29 mars 2022 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté fait référence aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 5221-26 du code du travail dont il est fait application. Il mentionne que M. A a dépassé le nombre d'heures de travail autorisées à titre accessoire, en qualité de titulaire d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ". En outre, le préfet a relevé que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille et qu'il ne démontre pas que le centre de ses intérêts privés et familiaux est établi en France, au sens de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces indications ont permis au requérant de comprendre et de contester la décision portant refus de séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an./ ()/ Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". En vertu de l'article L. 432-9 du même code, la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article

L. 422-1, peut être retirée à l'étudiant étranger qui ne respecte pas la limite de 60 % de la durée de travail annuelle prévue au même article. Ces dispositions permettent au préfet, dans l'hypothèse où cette limite de 60 % n'est pas respectée par l'étudiant étranger, tant de retirer son titre de séjour que d'en refuser le renouvellement. L'article R. 5221-26 du code du travail précise que " l'étranger titulaire du titre de séjour () portant la mention étudiant est autorisé à exercer une activité salariée, à titre accessoire, dans la limite d'une durée annuelle de travail égale à 964 heures ".

4. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que, pendant la période du 1er janvier au 31 décembre 2021, le nombre d'heures de travail effectuées par M. A, dans le cadre de l'exercice d'une activité professionnelle salariée au sein de la société PIT.ONE, s'élevait à 1 505,37 heures. Ainsi le requérant n'a pas respecté la limite de la durée annuelle de travail fixée aux articles L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 5221-26 du code du travail. Dès lors, le préfet de l'Hérault pouvait légalement lui refuser le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", alors même qu'il poursuivait avec sérieux ses études et disposait de moyens d'existence suffisants.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'est entré en France, le 5 septembre 2018, que pour y suivre des études. Il ne peut dès lors se prévaloir de l'ancienneté de son séjour sur le territoire national, alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans en Côte d'Ivoire. Le requérant est célibataire, sans enfant et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. S'il se prévaut d'une relation sentimentale avec une ressortissante bulgare vivant en France depuis plus d'un an, celle-ci ne présentait pas un caractère ancien et stable à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, en dépit de ses liens personnels en France et alors même qu'il est bien intégré dans la société française, la décision par laquelle le préfet a refusé de lui accorder un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être accueilli.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

7. Eu égard aux éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A exposés au point 6, le moyen, tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 29 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. A à fin d'injonction de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou la mention " vie privée et familiale ", ou de réexamen de sa demande de titre de séjour, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Laporte.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Besle, président,

- M. Verguet, premier conseiller,

- Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé :

H. BLe président,

Signé :

D. Besle

Le greffier,

Signé :

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 juillet 2022.

Le greffier,

F. Balickifb

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