lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2202579 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 mai 2022, M. A C, représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Aude a refusé de lui accorder le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-3, de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Aude de réexaminer sa situation sur le fondement de l'article L. 423-3, de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet de l'Aude n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- compte tenu de la durée de son mariage, il est fondé à invoquer le bénéfice des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- au regard de la durée de son séjour régulier sur le territoire, il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- pour les mêmes motifs, il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet de l'Aude a commis une erreur dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- au regard de l'illégalité du refus de titre de séjour, elle est dépourvue de fondement juridique ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- au regard de la durée de son séjour régulier sur le territoire, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- pour les mêmes motifs, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain, né en 1995, est entré en France, le 15 juillet 2016, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Marié à une ressortissante française, le 12 mai 2018, il a obtenu une première carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 13 juin 2018 au 12 juin 2019, puis un titre de séjour pluriannuel dont la validité courait du 13 juin 2019 au 12 juin 2021. Le 2 juin 2021, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Il conteste l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Aude a refusé ce renouvellement et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, mentionne les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de M. C et indique avec précision les raisons pour lesquelles le préfet de l'Aude a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité de conjoint de français. Ces éléments ont permis au requérant de contester utilement ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de titre de séjour manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté. En outre, il ressort de cette motivation que le préfet de l'Aude s'est bien livré à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, qui sollicitait le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage () ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ". Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour du conjoint étranger d'un ressortissant français est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec ce conjoint.
4. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. C en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française, le préfet de l'Aude s'est fondé sur le motif tiré de l'absence de communauté de vie effective entre les époux. En effet, il ressort des pièces du dossier, notamment des informations transmises aux services de la caisse d'allocation familiales de l'Aude par son épouse elle-même, qu'il est séparé de cette dernière, depuis le 3 février 2021, et est, selon ses propres déclarations, hébergé par son frère. Si le requérant conteste ces éléments, il ne produit aucun document à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le préfet de l'Aude a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser à M. C le renouvellement d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Français.
5. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Lorsque le préfet recherche d'office si l'étranger peut bénéficier d'un titre de séjour sur un ou plusieurs autres fondements possibles, l'intéressé peut alors se prévaloir à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour de la méconnaissance des dispositions au regard desquelles le préfet a également fait porter son examen. En l'espèce, M. C, qui a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le seul fondement de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-23 du même code, ni celles relatives à l'admission exceptionnelle au séjour prévue à l'article L. 435-1 de ce code qu'il n'a pas invoqué dans sa demande et que le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. La délivrance de cette carte est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. ".
7. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué que M. C aurait sollicité la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point précédent. Par suite et alors que le préfet de l'Aude n'a pas examiné d'office le droit au séjour de l'intéressé sur le fondement de ces dispositions, ce dernier ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de cet article dont il ne remplit pas, au demeurant, ainsi qu'il a été dit au point 4, la condition tenant à la communauté de vie.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger, qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Si M. C se prévaut de son entrée régulière en France en 2016, de son séjour régulier sur le territoire pendant trois ans et de son mariage avec Mme B, ressortissante française, il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 4, qu'il vit désormais séparé de son épouse. L'intéressé n'invoque pas d'autres relations stables et durables en France et n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Il ne démontre pas davantage son insertion dans la société française. En se bornant à invoquer des troubles psychologiques, alors même qu'il n'a pas fait état, à l'appui de sa demande, de son état de santé, il n'établit pas qu'une atteinte disproportionnée aurait été portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
10. En premier lieu, M. C n'établissant pas l'illégalité du refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ().". Il résulte de ces dispositions qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français doit être motivée. Toutefois, la motivation de cette décision se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas de mention spécifique dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées.
12. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision relative au séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, en application des dispositions citées au point précédent, l'obligation de quitter le territoire français dont elle est assortie n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
13. Les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée qui aurait été portée à son droit de mener une vie privée et familiale normale sur le territoire français et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la mesure d'éloignement doivent être écartés pour les mêmes motif que ceux exposés au point 9 .
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant à la délivrance du titre de séjour sollicité, ou au réexamen de la situation du requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, comme celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au bénéfice de M. C au titre des frais liés au litige.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de l'Aude et à Me Badji Ouali.
Délibéré à l'issue de l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Besle, président,
M. Verguet, premier conseiller,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
La rapporteure,
D. D
Le greffier,
F. Balicki
Le président,
D. Besle
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Montpellier, le 19 juillet 2022.
Le greffier,
F. Balicki
N°2202579fb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026