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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202890

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202890

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantPASSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mai 2022 et 20 mars 2023, M. C B, représenté par Me Passet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le recteur de l'académie de Montpellier a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale, à titre principal, de procéder à sa réintégration juridique et effective dans les services ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence, en l'absence de délégation de signature habilitant son auteur à cette fin ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pu prendre connaissance, avant la séance de la commission administrative paritaire, du rapport disciplinaire expliquant les griefs reprochés ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré pour M. B le 28 août 2023 et n'a pas été communiqué, en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon, rapporteure,

- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,

- et les observations de Me Passet, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, titulaire du grade de professeur certifié de classe normale, exerçait les fonctions de professeur d'anglais au sein du collège Joffre, à Rivesaltes. Par un courrier du 6 octobre 2021, le recteur de l'académie de Montpellier l'a informé de l'ouverture d'une procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle à son égard. Le ministre de l'éducation nationale a prononcé son licenciement par un arrêté du 21 février 2022, notifié le 8 mars suivant et dont l'intéressé demande l'annulation, ensemble la décision implicite opposée au recours gracieux formé le 4 avril 2022 par M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un décret du Président de la République du 2 octobre 2019, publié le lendemain au Journal Officiel, M. A auteur de l'arrêté attaqué, a été nommé en qualité de directeur des ressources humaines du ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse et du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation et, de ce fait, était compétent pour signer l'arrêté litigieux. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 532-4 du code général de la fonction publique : " () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier () ". L'article 70 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 553-2 du code général de la fonction publique dispose que : " Le licenciement pour insuffisance professionnelle est prononcé après observation de la procédure prévue en matière disciplinaire. / Le fonctionnaire licencié pour insuffisance professionnelle peut recevoir une indemnité dans les conditions qui sont fixées par décret ". Aux termes de l'article 67 de cette même loi, désormais codifié à l'article L. 532-1 du code général de la fonction publique : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination qui l'exerce après avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline et dans les conditions prévues à l'article 19 du titre Ier du statut général () ".

4. D'autre part, l'article 1er du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat prévoit que " L'administration doit dans le cas où une procédure disciplinaire est engagée à l'encontre d'un fonctionnaire informer l'intéressé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de tous les documents annexes et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. / Les pièces du dossier et les documents annexes doivent être numérotés ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " L'organisme siégeant en Conseil de discipline lorsque sa consultation est nécessaire, en application du second alinéa de l'article 19 de la loi susvisée du 13 juillet 1983, est saisi par un rapport émanant de l'autorité ayant pouvoir disciplinaire ou d'un chef de service déconcentré ayant reçu délégation de compétence à cet effet. / Ce rapport doit indiquer clairement les faits reprochés au fonctionnaire et préciser les circonstances dans lesquelles ils se sont produits ".

5. En application du troisième alinéa de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, de l'article 2, du premier alinéa de l'article 3 et des articles 5 et 8 du décret du 25 octobre 1984, rendus applicables au licenciement pour insuffisance professionnelle par l'effet de l'article 70 de la loi du 11 janvier 1984 et en vertu du principe général des droits de la défense, le fonctionnaire qui fait l'objet d'une procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle doit être informé des insuffisances qui lui sont reprochées et mis à même de demander la communication de son dossier. Toutefois, aucune disposition ne prévoit que le fonctionnaire poursuivi doive recevoir communication, avant la séance du conseil de discipline, du rapport de l'autorité ayant saisi l'instance disciplinaire.

6. Si M. B soutient que, dans le cadre de la procédure de licenciement ouverte à son encontre le 6 octobre 2021, le rapport disciplinaire décrivant les différents griefs à son égard ne figurait pas dans son dossier individuel, qu'il est venu consulter, mais lui a été remis en mains propres lors de la séance de la commission administrative paritaire qui s'est tenue le 2 décembre 2021, il résulte des dispositions et principes précités que le ministre de l'éducation nationale n'était, en tout état de cause, pas tenu de transmettre ce rapport à l'intéressé. Par conséquent, le moyen invoqué par M. B est inopérant et ne peut qu'être écarté. Au demeurant, il est constant que M. B a pu consulter les pièces composant son dossier individuel le 21 octobre 2021, parmi lesquelles figuraient notamment les rapports d'inspection le concernant, et a ainsi été suffisamment informé des insuffisances qui lui étaient reprochées.

7. En troisième lieu, le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé ou correspondant à son grade et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions. Toutefois, une telle mesure ne saurait être subordonnée à ce que l'insuffisance professionnelle ait été constatée à plusieurs reprises au cours de la carrière de l'agent ni qu'elle ait persisté après qu'il ait été invité à remédier aux insuffisances constatées. Par suite, une évaluation portant sur la manière dont l'agent a exercé ses fonctions durant une période suffisante et révélant son inaptitude à un exercice normal de ses fonctions est de nature à justifier légalement son licenciement.

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour prendre la mesure contestée, le ministre de l'éducation nationale, s'est fondé sur l'insuffisance professionnelle de M. B. Il ressort des pièces du dossier, notamment des différents rapports d'inspection établis entre 1997 et 2019, que les difficultés de M. B, titularisé en 1994, dans la gestion de classe et l'attitude face aux élèves a été relevée dès le début de sa carrière, mettant en œuvre des cours d'anglais peu interactifs, dépourvus d'objectifs clairs et comprenant des traductions systématiques en français. Il ressort également des différents rapports que les difficultés pédagogiques de M. B rejaillissaient sur la gestion des classes, traduisant une incapacité à canaliser les élèves, à faire cesser des bruits et bavardages permanents et, de manière générale, à instaurer un climat de travail serein plaçant les élèves dans une situation propice à l'apprentissage. En outre, il ressort des pièces du dossier que ces difficultés tant pédagogiques que relationnelles ont perduré au fil des années, sans aucune amélioration notable, en dépit de ses mutations dans différents établissements et des contrats de projet professionnel mis en œuvre à deux reprises en 2013 et en 2018 afin d'aider M. B à surmonter ses difficultés. Au surplus, il ressort également des pièces du dossier que les lacunes professionnelles de M. B se sont aggravées à compter de 2011, celui-ci, excédé par les comportements de certains élèves, ne faisant preuve d'aucune maîtrise de soi et tenant des propos inappropriés et agressifs, générant notamment le dépôt de plainte d'une élève le 10 novembre 2014 ainsi que plusieurs signalements de parents d'élèves au cours de l'année scolaire 2020-2021. A cet égard, si M. B fait valoir le comportement irrespectueux de certains élèves à son égard, l'empêchant d'exercer ses fonctions normalement, la capacité d'un professeur à gérer une classe, y compris difficile, peut régulièrement être prise en considération pour apprécier son aptitude professionnelle. Or, M. B n'apporte aucun élément remettant en cause les autres griefs formulés à son égard, notamment sur ses lacunes pédagogiques. Par conséquent, l'ensemble des éléments versés au dossier révèlent l'inaptitude de M. B à exercer normalement ses fonctions de professeur certifié. Dès lors, en prenant la mesure contestée, le ministre de l'éducation nationale n'a pas porté une appréciation erronée sur sa situation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du ministre de l'éducation nationale du 21 février 2022 présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pastor, première conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

La rapporteure,

E. Delon

Le président,

J-P. GayrardLa greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 septembre 2023.

La greffière,

I. Laffargue

il

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