jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203523 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, Mme A D, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salariée au titre de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou au titre de sa vie privée sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code, dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sur les mêmes fondements et dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- les décisions sont entachées d'un vice d'incompétence à défaut de justifier de la délégation de signature dont bénéficie leur signataire ;
Sur le refus de titre de séjour :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- la décision de refus de séjour porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît les circulaires des 28 novembre 2012 et 24 novembre 2009 dès lors qu'elle justifie de motifs exceptionnels permettant son admission exceptionnelle au séjour ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer.
Il fait valoir qu'il a décidé de réexaminer la situation de la requérante et dans l'attente de lui délivrer un récépissé, valable jusqu'au 8 novembre 2022 et abrogeant implicitement la mesure d'éloignement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante marocaine née le 4 août 1986, est entrée en France pour la dernière fois le 10 février 2016 munie de son passeport et de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " et valable du 13 juin 2013 au 12 juin 2016. Elle s'est mariée le 1er juillet 2016 avec M. E de nationalité française. Elle a obtenu, le 13 mars 2017, une carte de séjour temporaire en qualité de conjointe de français valable du 3 février 2017 au 2 février 2018 puis une carte de séjour pluriannuelleau même titre valable du 3 février 2018 au 2 février 2020, renouvelée jusqu'au 2 février 2022. Mme D a sollicité, le 3 novembre 2021, le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe de français. Par arrêté en date du 22 avril 2022, le préfet de l'Hérault a pris une décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de l'instruction que Mme D a formé un recours gracieux, le 13 juin 2022, et présenté de nouveaux éléments aux services préfectoraux au regard de sa situation professionnelle. Le préfet de l'Hérault fait état de ce qu'il a décidé de réexaminer sa demande et a délivré à Mme D, le 9 août 2022, un récépissé de sa nouvelle demande de titre de séjour, valable jusqu'au 8 novembre 2022 qui a eu nécessairement pour effet d'abroger la mesure d'éloignement prise à son encontre. Il suit de là qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 avril 2022 portant obligation de quitter le territoire. En revanche, la délivrance de ce récépissé ne rend pas sans objet les conclusions de la requête de Mme D tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour. Dès lors, il y a toujours lieu de statuer sur ces dernières conclusions.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2022.03.DRCL.166 du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Hérault a accordé à M. C délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault () / A ce titre, cette délégation comprend, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ()". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment l'article L. 423-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne également, avec suffisamment de précision, les circonstances de fait relatives à la situation familiale et personnelle de Mme D sur lesquelles elle est fondée et indique, en particulier, les raisons pour lesquelles le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité de conjointe de français. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de la requérante, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait telles qu'exigées par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et permettent à l'intéressée de la contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de titre de séjour manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté. En outre, il ressort de cette motivation et de l'ensemble des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault s'est livré à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressée, qui sollicitait le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe de français.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage () ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ". Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour du conjoint étranger d'un ressortissant français est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec ce conjoint. Enfin, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
6. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme D en sa qualité de conjointe d'un ressortissant français, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur le motif tiré de l'absence de communauté de vie effective entre les époux. En effet, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport d'enquête de gendarmerie établi le 1er avril 2022 que le couple est séparé depuis trois ou quatre mois et que la requérante est, selon ses propres déclarations, désormais domiciliée chez son nouveau compagnon depuis le 1er mai 2022. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault a pu, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser à Mme D le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe de français.
7. Par ailleurs, si Mme D est régulièrement présente sur le territoire français depuis le mois de février 2016, elle ne démontre pas, à la date de la décision attaquée, et alors qu'elle est séparée de son époux et sans enfant, avoir établi de manière stable et durable en France le centre de ses intérêts privés et familiaux au sens des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance qu'elle est hébergée chez son nouveau compagnon depuis le 1er mai 2022 n'est pas suffisante à démontrer la réalité et l'intensité de sa vie privée et familiale en France. Par ailleurs, elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 29 ans. En outre, le contrat de travail saisonnier dont elle bénéficie du 1er mars 2022 au 30 octobre 2022 et la promesse d'embauche du 16 mai 2022 dont elle se prévaut n'établissent pas la réalité d'une intégration socio-professionnelle suffisante. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Lorsque le préfet recherche d'office si l'étranger peut bénéficier d'un titre de séjour sur un ou plusieurs autres fondements possibles, l'intéressé peut alors se prévaloir à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour de la méconnaissance des dispositions au regard desquelles le préfet a également fait porter son examen. En l'espèce, Mme D, qui a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le seul fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement invoquer les dispositions relatives à l'admission exceptionnelle au séjour prévue à l'article L. 435-1 de ce code qu'elle n'a pas invoqué dans sa demande et que le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office.
9. Enfin, les circulaires des 24 novembre 2009 et 28 novembre 2012, qui n'ont pas de valeur réglementaire impérative, ne peuvent utilement être invoquées à l'encontre de la décision attaquée portant refus de titre de séjour.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 22 avril 2022 du préfet de l'Hérault lui ayant refusé le renouvellement de son titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lison Rigaud, présidente,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
M. François Goursaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 202La Présidente-rapporteure,
L. B
L'assesseure la plus ancienne
I. Pastor
La greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 22 septembre 202La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026