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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203944

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203944

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203944
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMELANIE LAPORTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Laporte, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision tacite du 5 juin 2022 par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté la demande d'abrogation de l'arrêté du 10 novembre 2021 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'ordonner au préfet de l'Hérault de lui délivrer un récépissé dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice en contrepartie de son désistement à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- elle se trouve dans l'impossibilité de poursuivre son activité professionnelle du fait qu'elle a bénéficié d'un titre de séjour valable jusqu'au 22 octobre 2021 qui n'a pas été renouvelé par l'arrêté du 10 novembre 2021 ;

- le rejet de la demande d'abrogation la bloque dans ses démarches administratives pour déposer une nouvelle demande de titre de séjour ;

- le caractère irrégulier de sa situation administrative la contraint à vivre dans une anxiété permanente ;

- son éloignement serait très préjudiciable dès lors qu'elle entretient une relation affective en France ;

Sur le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

- le préfet a entaché sa décision d'un défaut de motivation dès lors qu'il n'a pas répondu à la demande de communication des motifs faite en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le refus d'abroger l'arrêté pris à son encontre est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle justifie de circonstances nouvelles devant conduire l'autorité administrative à abroger le refus de renouvellement de son titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français en raison du développement de son activité ;

- l'arrêté porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- la requêtes n° 2203943, enregistrée le 27 juillet 2022 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chabert, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 de ce même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Mme B, de nationalité algérienne née le 30 octobre 1996, est en situation irrégulière en France à la suite de l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler le certificat de résidence qui lui avait été délivré et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La demande d'abrogation de cet arrêté formée auprès des services de la préfecture de l'Hérault qui en ont accusé réception le 5 avril 2022 a fait l'objet d'une décision tacite de rejet née le 5 juin suivant en l'absence de décision expresse. Par la présente requête, Mme B sollicite la suspension de ce refus tacite d'abroger cet arrêté.

5. Pour justifier d'une situation d'urgence, la requérante soutient qu'elle se trouve dans l'impossibilité d'exercer son activité professionnelle, que le caractère irrégulier de sa situation administrative en France la contraint à vivre dans l'anxiété et que son éloignement est préjudiciable en raison de la relation affective qu'elle entretient en France. Toutefois, alors que l'arrêté du 10 novembre 2021 revêt un caractère définitif faute d'avoir été contesté, Mme B ne s'est pas conformée à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et n'a présenté une demande d'abrogation de cet arrêté que le 20 mars 2022. Son activité de fabrication artisanale de thé n'a débuté que le 2 novembre 2020, date de création de l'entreprise " Liya Tea " et la seule déclaration de concubinage depuis le 24 septembre 2017 ne suffit pas à caractériser l'existence de circonstances particulières. Son précédent titre de séjour étant expiré depuis le 22 octobre 2021, elle ne démontre pas, à la date de la présente ordonnance, une situation d'urgence à suspendre la décision tacite née le 5 juin 2022 refusant d'abroger cet arrêté.

6. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de rejeter la requête de Mme B en faisant application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Montpellier, le 28 juillet 2022.

Le juge des référés,

D. Chabert

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 juillet 2022.

La greffière,

A. Farell

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