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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205165

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205165

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

1°Par requête, enregistrée le 19 septembre 2022 sous le n°2204823, M. C A demande d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 du préfet de l'Hérault portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et fixation du pays de destination.

Il soutient que :

- La commission du titre de séjour devait être consultée, en application des articles L.313-11 et L.314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car on lui propose un CDI ;

- Il subira des graves conséquences s'il quitte la France.

Par mémoire, enregistré le 11 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet du recours, et soutient que les moyens invoqués sont infondés.

2°Par requête, enregistrée le 4 octobre 2022 sous le n°2205165, M. C A, représenté par Me Badji-Ouali, demande :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 du préfet de l'Hérault portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et fixation du pays de destination

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai de 15 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté n'est pas motivé en fait ;

- la décision méconnaît l'article L.421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il a un CDI et son employeur a voulu le régulariser ;

- le préfet méconnaît l'article L.313-14 du même code sur l'admission exceptionnelle au séjour et la circulaire du 28 novembre 2012, car il ne menace pas l'ordre public et travaille depuis presque 4 ans ;

- le préfet méconnaît les articles L.423-23 du code et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il a un CDI et est inséré professionnellement.

Par mémoire, enregistré le 11 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet du recours, et soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

-le code du travail ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Badji-Ouali, représentant M.A.

Considérant ce qui suit :

1.M. A, ressortissant marocain, né le 5 novembre 1980 à Mezguitem (Maroc), est entré sur le territoire français le 9 janvier 2019, sous couvert d'un visa de long séjour. Il s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleur saisonnier, valable du 9 janvier 2019 au 8 janvier 2022. Le 26 juillet 2022, l'intéressé a sollicité un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Dans ces deux requêtes, il demande l'annulation de l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de renvoi. Ces deux requêtes étant dirigées contre la même décision et présentant à juger les mêmes questions, il y a lieu de les joindre et d'y statuer par un seul jugement.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Il ressort de l'examen de la décision attaquée que, pour justifier la décision de refus de séjour, le préfet a estimé que M.A a méconnu la législation du droit du travail, en exerçant une activité salariée sans avoir au préalable obtenu une autorisation de travail, en application de l'article L.5221-2 2° du code du travail. Par suite, les considérations de fait étant indiquées, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable d'un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ". Aux termes de l'article L.421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an.

La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. / () ". Aux termes de l'article R. 5221-5 du même code : " () II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. / () Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail. ".

5. Il résulte de ces stipulations et dispositions qu'un ressortissant marocain doit disposer d'une autorisation de travail et d'un visa long séjour pour obtenir un titre de séjour en qualité de salarié. Or, pour rejeter la demande de M. A, le préfet de l'Hérault s'est notamment fondé sur l'absence de détention préalable, à l'appui de sa demande, d'une autorisation de travail, nécessaire à l'exercice d'une activité salariée. Par suite, le refus de séjour n'a pas méconnu les articles cités au point précédent.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. Le requérant fait valoir qu'il a travaillé en France, notamment dans le cadre d'un contrat de travail à durée déterminée en qualité de maçon du 7 octobre 2021 au 31 juillet 2022, et qu'il a présenté un contrat de travail à durée indéterminée pour le même poste à compter du 17 janvier 2022. Toutefois, par ces seuls éléments, le requérant n'établit pas l'existence de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié ". Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation. Et le moyen tiré du non-respect de l'article L. 435-1 est inopérant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En vertu de L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui est célibataire et sans enfant, aurait, du seul fait qu'il ait obtenu un contrat à durée indéterminée, établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. De plus, le requérant ne justifie d'aucun domicile fixe, ni ne démontre être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il n'a quitté qu'à l'âge de 38 ans pour moins de quatre ans et où résident ses parents ainsi que six membres de sa fratrie. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés du non-respect des articles cités au point précédent doivent être écartés.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L.432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1 (..), L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 432-13, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 ci-dessus renvoient.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A, ne remplit pas les conditions de fond auxquelles est subordonné la délivrance du titre de séjour prévues aux articles L.423- et L.426-4 du code. Le préfet de l'Hérault n'était, dès lors, pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure faute de saisine de cette commission doit être écarté comme étant inopérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 septembre 2022 du préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de l'Hérault.

Copie en sera transmise à Me Badji-Ouali.

Après en avoir délibéré à l'issue de l'audience du 7 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

Le rapporteur,

V. B

L'assesseur le plus ancien,

B. Pater

La greffière,

G. Munoz

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 novembre 2022.

La greffière,

G. Munoz

N°2204823 et 2205165

gm

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