Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 décembre 2022, M. B... A..., représenté par
Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du préfet de l’Hérault du 6 octobre 2022 lui refusant une carte de résident ;
2°) d’ordonner au préfet de l’Hérault la délivrance d’une carte de résident sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;
3°) subsidiairement, de lui ordonner le réexamen de la demande de carte de résident dans le délai d’un mois et avec la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d’incompétence ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors que sa situation professionnelle est stable depuis le 1er janvier 2019 ; il travaille pour le même employeur en qualité d’employé polyvalent, son contrat étant passé à temps plein ; il justifie de revenus réguliers puisqu’il a déclaré 15 550 € sur l’année 2021; il a atteint le niveau B1 et donc a fortiori le niveau A2 au test d’évaluation du français ; lui et son épouse, titulaire d’une carte de résident, ont eu une fille le 21 novembre 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lauranson,
- et les observations de Me Ruffel pour M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., né le 24 octobre 1989, de nationalité marocaine, demande l’annulation de la décision du préfet de l’Hérault du 6 octobre 2022 lui refusant une carte de résident sur le fondement de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
2. En premier lieu, par un arrêté du 20 juillet 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 103 du même jour, le préfet de l’Hérault a accordé à Mme D... C..., directrice des migrations et de l’intégration, une délégation de signature
« pour les matières relevant des attributions du ministère de l’intérieur (…) », parmi lesquelles figurent la police des étrangers. Mme C... était ainsi habilitée à signer la décision refusant à M. A... une carte de résident. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l’Hérault, qui n’était pas tenu de faire état de manière exhaustive de l’ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de l’intéressé, a procédé à un examen particulier de la situation de
M. A... avant d’édicter la décision en litige. La circonstance selon laquelle cette décision ne mentionne pas sa stabilité professionnelle n’est pas, à elle seule, de nature à l’entacher d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle.
4. Aux termes de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile: « L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / (…) Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail (…) ». Aux termes de l’article R. 431-11 du même code : « L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ». Aux termes de l’annexe 10 du même code, les pièces justificatives de ressources sont : « justificatifs de vos ressources ou de celles de votre couple si vous êtes mariés (à l'exclusion des prestations sociales ou allocations), qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les 5 dernières années (bulletins de paie, avis d'imposition, attestation de versement de pension, contrat de travail, attestation bancaire, revenus fonciers, etc.) ; si vous êtes titulaire de l'allocation adultes handicapés (AAH) ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité (ASI) vous devez joindre les justificatifs attestant de votre qualité d'allocataire ».
5. M. A..., pour soutenir que la décision du 6 octobre 2022 est entachée d’erreurs de fait et d’appréciation, produit ses avis d’imposition pour les revenus des années 2017, 2018, 2019 et 2020 sur lesquels sont mentionnés comme salaires, respectivement 1 082, 7 247, 2 301 et
10 651 euros. Si M. A... a résidé régulièrement en France pendant plus de cinq ans et justifie d’une progression dans son intégration professionnelle avec un contrat de travail à durée indéterminée signé le 14 janvier 2019 comme agent polyvalent avec un passage à 35 heures le
2 mai 2020, il ne justifie pas de ressources stables, régulières et suffisantes, d’un niveau supérieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC), apprécié sur une période de cinq ans. Les circonstances qu’il a atteint les niveau B1 et A2 au test d’évaluation du français et qu’avec son épouse, titulaire d’une carte de résident, ils ont eu une fille le 21 novembre 2022, sont sans incidence sur l’appréciation de la condition des ressources stables, régulières et suffisantes prévue par les dispositions précitées. Le préfet de l’Hérault n’a dès lors commis ni erreur de droit ni erreur d’appréciation dans l’application de l’article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de l’Hérault.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charvin, président,
M. Lauranson, premier conseiller,
Mme Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
M. Lauranson
Le président,
J. Charvin
La greffière,
A.-L. Edwige
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 17 septembre 2024.
La greffière,
A.-L. Edwige