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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302257

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302257

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 20 avril 2023 et le 17 août 2023, M. A C, représenté par Me Badji-Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 février 2023 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement présentée dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation du département de l'Hérault, à titre principal, de reconnaître, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, le caractère prioritaire de sa demande de logement ou, à titre subsidiaire, de se prononcer à nouveau sur sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il appartient au préfet de l'Hérault d'établir la régularité de la composition de la commission de médiation ayant statué sur sa demande ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le logement qu'il occupe avec sa mère et sa sœur est inadapté à sa situation de handicap et qu'il est en attente d'un logement social depuis plus de 36 mois ;

- la particularité de sa situation aurait dû conduire la commission de médiation à faire usage du pouvoir d'appréciation qu'elle détient en vertu des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 21 mars 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Encontre,

- les observations de Me Badji-Ouali, représentant M. C,

- les observations de Mme B, représentant le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a saisi la commission de médiation de l'Hérault afin que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente. La commission a rejeté sa demande par une décision du 7 février 2023 dont l'intéressé, par la présente requête, demande l'annulation.

2. En premier lieu, le préfet de l'Hérault en défense justifie par les pièces qu'il produit de la régularité de la composition de la commission, conforme aux exigences des dispositions du I de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision du 7 février 2023 notifiée au requérant énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 () - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance (). La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ". Enfin, aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitat et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

6. Il résulte en outre de ces mêmes dispositions que, lorsque le demandeur allègue qu'il est dépourvu de logement, la commission de médiation peut, le cas échéant, tenir compte pour apprécier le caractère prioritaire de sa demande de la circonstance qu'il est logé par un de ses parents au titre de l'obligation alimentaire définie par les articles 205 et suivants du code civil, ainsi que des conditions dans lesquelles il est ainsi logé.

7. S'il est constant que M. C n'a reçu aucune proposition de logement dans un délai anormalement long, il résulte de ce qui vient d'être exposé ci-dessus que la commission de médiation de l'Hérault pouvait, sans commettre d'erreur de droit, examiner la situation d'ensemble du requérant au regard notamment des conditions dans lesquelles il est logé.

8. La commission de médiation de l'Hérault a rejeté la demande de logement présentée par M. C en retenant que le requérant, en situation de handicap, déclarait être hébergé chez sa mère avec sa sœur dans un logement de type T3 d'une superficie de 73 m², qui excède la surface habitable minimale fixée réglementairement pour accueillir trois personnes, et que ses conditions de logement, au regard notamment de la superficie de l'habitation, ne justifiait pas de l'urgence à lui attribuer un logement.

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant habitait, à la date de la décision attaquée, chez sa mère avec qui il partage une obligation d'aliments réciproque. Le requérant ne saurait donc être regardé, alors même qu'il ne dispose pas d'un logement propre, comme étant dépourvu de logement au sens des dispositions régissant le droit au logement opposable. La commission de médiation, qui pouvait légalement prendre en compte l'obligation d'aliments définis par les articles 205 et suivants du code civil, n'a donc pas commis d'erreur d'appréciation.

10. Par ailleurs, si le requérant fait état de ce que le logement serait inadapté à son handicap mental en ce qu'il ne comporte que deux chambres et ne lui permet pas de disposer d'un espace calme et personnel, les décisions qu'il produit au dossier, en date des 16 septembre et 28 octobre 2022, lui reconnaissant la qualité de travailleur handicapé, l'orientant vers un service d'accompagnement à la vie sociale et lui attribuant l'allocation aux adultes handicapées ne permettent pas de démontrer que ses conditions de logement ne seraient pas compatibles avec le handicap dont il souffre. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la commission de médiation du département de l'Hérault aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 7 février 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, et à Me Badji-Ouali.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La magistrate désignée,

S. Encontre La greffière

L. Rocher

La République mande et ordonne à au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juin 2024

La greffière,

L. Rocher lr

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