mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302267 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | MISSLIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 et 24 avril 2023, M. B A, représenté par Me Misslin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 3 avril 2023 portant transfert aux autorités lituaniennes responsables de l'examen de sa demande d'asile et de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence dans le département de la Haute-Garonne ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui remettre un formulaire de demande d'asile et une attestation de demande d'asile ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de 72 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté portant transfert aux autorités lituaniennes émane d'une autorité incompétente ;
- la décision de transfert est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;
- à défaut pour le préfet de démontrer que l'entretien s'est déroulé dans des conditions garantissant dûment la confidentialité et dans une langue qu'il comprend, les dispositions de l'article 5 du règlement UE n° 604/2013 et de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;
- à défaut pour le préfet de démontrer que l'entretien individuel a été mené par une personne qualifiée, les dispositions des articles 5 et 35 du règlement UE n° 604/2013 et de l'article 4 de la directive n° 2013/32/UE ont été méconnues ;
- à défaut pour le préfet d'apporter la preuve de la remise du guide du demandeur d'asile et les brochures d'information A et B, les dispositions de l'article 4 du règlement UE n° 604/2013 et de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;
- à défaut d'apporter la preuve de la transmission d'une requête aux fins de reprise en charge et de sa réception par les autorités lituaniennes, les dispositions de l'article 23 du règlement UE n° 604/2013 ont été méconnues ;
- compte tenu de l'existence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs en Lituanie, du risque d'y être exposé à nouveau à des traitements inhumains et dégradants et du risque de renvoi vers son pays d'origine où il risque d'être victime de tortures et de mauvais traitements, la décision de transfert aux autorités lituaniennes a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, des dispositions des articles 3 et 17 du règlement n° 604/2013 UE et de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant assignation à résidence émane d'une autorité incompétente ;
- l'illégalité de la décision de transfert prive de base légale la décision portant assignation à résidence ;
- le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- et les observations de Me Misslin, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 15 juin 1993, entré irrégulièrement sur le territoire national le 8 novembre 2022, a sollicité le bénéfice de l'asile le 15 novembre 2022. Il demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 3 avril 2023 portant transfert d'un demandeur d'asile aux autorités lituaniennes responsables de l'examen de sa demande d'asile et de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence dans le département de la Haute-Garonne.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève : " 1. Aucun des Etats Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politique. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".
4. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.
5. Il est constant que M. A a introduit une demande d'asile auprès des autorités lituaniennes le 13 août 2021. Le requérant soutient y avoir été placé en rétention pendant plus d'un an, d'abord dans le camp de Pabradé, puis dans celui de Kybartai, ce qui n'est pas sérieusement contesté. Les photographies versées au dossier, quand bien même il n'est pas établi qu'elles auraient été prises par le requérant lui-même, corroborent ses déclarations précises et circonstanciées, confirmées lors de l'audience, quant aux mauvais traitements infligés aux demandeurs d'asile et aux conditions d'insalubrité auxquels ils sont exposés dans ces camps. Par ailleurs, alors que la Cour de justice de l'Union européenne, par un arrêt C-72/22 PPU du 30 juin 2022, statuant sur un renvoi préjudiciel de la Cour administrative suprême de la Lituanie, avait déjà constaté la non-conformité de la législation lituanienne en matière d'asile avec le droit de l'Union européenne, en tant qu'elle prévoit, en cas de situation d'urgence causée par un afflux massif d'étrangers, qu'un étranger entré irrégulièrement en Lituanie ne peut y présenter de demande d'asile et peut être placé en rétention du seul fait de son entrée irrégulière sur le territoire lituanien, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté contesté, l'adoption par le parlement lituanien d'une loi renforçant la possibilité de refouler à la frontière les demandeurs d'asile était imminente. Ainsi dans les circonstances de l'espèce, le requérant doit être regardé comme apportant la preuve de ce qu'il risque d'être soumis de façon directe et personnelle en Lituanie à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, du fait de défaillances systémiques dans l'accueil des demandeurs d'asile. Dès lors, il est fondé à soutenir que l'arrêté contesté a été pris en méconnaissance des stipulations et dispositions précitées et qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 3 avril 2023 portant transfert d'un demandeur d'asile aux autorités lituaniennes responsables de l'examen de sa demande d'asile et, par voie de conséquence, de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence dans le département de la Haute-Garonne.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé ".
8. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision de transfert, implique nécessairement que le préfet statue à nouveau sur le cas de M. A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. M. A a été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Misslin, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de
M. A à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Misslin d'une somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.
DECIDE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 3 avril 2023 portant transfert d'un demandeur d'asile aux autorités lituaniennes responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'arrêté du même jour portant assignation à résidence dans le département de la Haute-Garonne sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de statuer à nouveau sur le cas de
M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Misslin la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Misslin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
Le magistrat désigné,
Signé :
H. CLe greffier,
Signé :
D. Martinier
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 mai 2023
Le greffier,
D. Martinier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026