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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302519

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302519

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 421-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 26 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 4 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Rosé, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise né en 1972, déclare, sans en justifier, être entrée sur le territoire français le 25 août 2017 accompagnée de son époux et de son fils. Sa demande d'asile ainsi que celle de son époux, déposées le 2 octobre 2017, ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 22 novembre 2017, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 juin 2018. Le 21 novembre 2018, l'OFPRA a rejeté leurs demandes de réexamen. Par un arrêté du 5 juillet 2018, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour de Mme B et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, décision confirmée par le tribunal administratif de Montpellier le 12 septembre 2018 et par la cour administrative d'appel de Marseille le 27 décembre 2019. Le 27 décembre 2022, Mme B a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 19 janvier 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que l'arrêté ne mentionne pas l'implication en tant que bénévole de Mme B dans diverses associations ne saurait révéler une insuffisance de motivation dès lors que le préfet de l'Hérault n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen réel et complet de la situation de la requérante. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur de droit tenant à l'absence d'un examen effectif de la situation de Mme B ne peuvent qu'être écartés.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Mme B déclare être entrée en France le 27 août 2017 avec son époux et son fils, pour fuir son pays d'origine. Elle fait valoir qu'elle réside en France depuis cette date et que sa famille, qui justifie d'une bonne intégration, a tissé de nombreux liens sur le territoire français. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la durée du séjour de Mme B en France résulte pour partie du délai d'instruction de sa demande d'asile, que l'intéressée s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire en ne déférant pas à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français par arrêté du 5 juillet 2018 et, si elle se prévaut de sa bonne insertion sociale et professionnelle à travers son engagement comme bénévole au sein de diverses associations et l'exercice, au demeurant sans autorisation de travail, d'un emploi d'aide-ménagère, ces éléments ne permettent pas de considérer qu'elle aurait établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. En outre, l'époux de la requérante a également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 13 décembre 2022 et il ressort des déclarations de Mme B que deux de ses enfants majeurs résident en Allemagne. Ainsi, rien au dossier ne s'oppose à ce que la requérante quitte le territoire français pour poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où vivent ses parents. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus de séjour et des buts poursuivis par la mesure d'éloignement pris à son encontre. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur la situation de l'intéressée doivent par suite être écartés.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ () ".

6. Si Mme B se prévaut de la durée de son séjour, de son insertion professionnelle et de son intégration sociale en raison de son engagement en tant que bénévole dans diverses associations, elle ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour être admise au séjour à titre exceptionnel sur le fondement de cet article. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet devait l'admettre au séjour en application de cet article.

7. En l'absence d'illégalité entachant le refus de séjour, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale.

8. En l'absence d'illégalité entachant le refus de séjour et l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

10. Mme B soutient que son retour en Albanie l'expose à des risques pour sa vie, ainsi que celles de son époux et de son fils cadet, en raison du désir de vengeance de la famille de son ex-époux qu'elle a tué en 2000 pour se défendre, fait pour lequel elle a été incarcérée jusqu'au 2 octobre 2012. Toutefois, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable et le rapport du comité de réconciliation nationale de Tirana qu'elle produit au dossier, daté du 7 février 2018, qui fait état de menaces dont elle aurait fait l'objet à sa sortie de prison, en 2012, et, de manière générale, d'assassinats commis en Albanie dans le cadre de vendettas, ne permet pas de regarder comme établis des risques actuels et avérés auxquels l'exposerait, ainsi que sa famille, son éloignement dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de l'Hérault et à Me Rosé.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sabine Encontre, présidente,

Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Marc Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La présidente-rapporteure,

S. C

L'assesseure la plus ancienne,

D. Teuly-Desportes

La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juillet 2023

La greffière,

L. Rocher

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