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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306503

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306503

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306503
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantCOELO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 et 20 novembre 2023, M. E F C, representé par M. A, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n°23.118 du 30 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans les délais respectifs de 15 jours et de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

l'obligation de quitter le territoire :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

- méconnait les stipulations de l'article 3 -1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- ne résulte pas d'un examen sérieux ;

- est issue d'une procédure irrégulière, compte tenu de ce qu'il n'a pas été à même de présenter ses observations ;

- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

l'interdiction de retour sur le territoire français :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a désigné Mme Pater, Première Conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, magistrate désignée ;

- les observations de Me Coelo, représentant le requérant assisté d'un interprète, Mme B ;

- les observations de M. D, représentant le préfet de l'Hérault.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 21 mai 1970, de nationalité russe, sollicite l'annulation de l'arrêté n°23.118 du 30 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, le préfet cite les articles L.611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que le requérant s'est vu retirer son statut de réfugié le 7 mai 2021 pour représenter une menace à l'ordre public. Cette décision comporte dès lors les motifs de faits et de droit suffisants pour satisfaire aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C est arrivé sur le territoire national à l'âge de quarante ans et ne justifie pas ne plus avoir d'attache dans son pays d'origine. Il est divorcé et a quatre enfants dont deux mineurs qui vivent avec leur mère et n'ont pas de contact avec M. C. Il suit de là qu'en prenant la décision attaquée, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée, une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, en lui faisant obligation de quitter le territoire, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas, par la décision attaquée, méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant qui prévoit que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ", en l'absence de lien établi avec ses enfants.

8. En quatrième et dernier lieu, Le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour comporter des conséquences d'une exceptionnelle gravité au regard des persécutions auxquelles elle sera soumise en cas de retour dans son pays dont elle a la nationalité est inopérant à l'encontre d'une décision qui, par elle-même, n'implique pas le retour de l'intéressée dans son pays d'origine.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être annulées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. Par la décision attaquée, le préfet de l'Hérault fait référence à ces dispositions et à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour décider de renvoyer M. C dans le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays non membre de l'union européenne ou avec lequel ne s'applique pas le traité de Schengen où il est légalement admissible. Il résulte des termes de l'arrêté que le préfet n'ignore pas le précèdent statut de réfugié de M. C et rappelle les raisons de la perte de ce statut, à savoir la menace pour l'ordre public qu'il représente. Il ajoute qu'il n'est pas établi que M. C serait exposé des peines ou mauvais traitements contraire à ces stipulations. Par suite, les moyens tirés de ce que cette décision serait insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne résulterait pas d'un examen sérieux doivent être écartés.

12. En second lieu, si M. C soutient que la procédure serait irrégulière, compte tenu de ce qu'il n'a pas été à même de présenter ses observations, il ne conteste pas les termes de l'arrêté selon lesquels il a " déclaré dans son audition ne pas vouloir retourner en Russie ", dès lors, le moyen doit être écarté.

13. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a obtenu le statut de réfugié en 2009 a depuis multiplié les actes de violences aggravés malgré les condamnations pénales, qu'il a perdu son statut de réfugié par une décision de retrait motivée non par le fait que les motifs de son bénéfice ont disparu mais par son comportement menaçant l'ordre public. Si M. C indique avoir fui son pays d'origine en raison de l'engagement politique de son frère, qu'il a été enlevé durant 6 mois et que son fils est décédé à raison de ces troubles et que les menaces qu'il encourait pour lesquels il avait obtenu le statut de réfugié persistent toujours, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations susceptible d'établir qu'il existerait des motifs actuels sérieux et avérés de croire qu'il serait personnellement et directement exposé à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et l'article 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français "

16. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

17. Pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire à trente-six mois, le préfet de l'Hérault s'est référé aux deux dispositions précitées, a pris en compte l'obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire prononcée à son encontre le jour même, la menace pour l'ordre public qu'il représente, tient compte de l'absence de précédente mesure d'éloignement, de la durée de son séjour en France et de l'absence de liens avec sa famille, soit l'ensemble des quatre critères rappelé au point 17. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

18. En second lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 7 et le requérant se bornant à faire état d'une volonté de retrouver les liens avec ses enfants, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. En troisième lieu, si M. C soutient que la perte de son contact avec ses enfants est dû à sa consommation d'alcool qu'il a désormais réglée et veut se réinsérer par le travail, il ressort des pièces du dossier que ni le statut de réfugié obtenu en 2009, ni les multiples condamnations pénales dont il a fait l'objet depuis 2010 n'ont fait obstacle à la commissions d'atteintes aggravées aux biens et aux personnes commis par M. C, en particulier des actes de violence à l'égard de ses proches, qu'il n'a pas cherché à régulariser sa situation après la perte de son statut en 2021 et ne démontre pas une volonté de part de d'autre de rapprochement familial. Dans ces circonstances, Dans ces conditions, dès lors que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à l'édiction de la décision attaquée, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois années. Par suite, le moyen doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions en annulation de l'arrêté n°23.118 du 30 octobre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

D E C I D E :

Article 1er : M. E F C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E F C, au préfet de l'Hérault et à maître Coelo.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La magistrate désignée, La greffière,

B. Pater C. Touzet

La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 novembre 2023

La greffière,

C. Touzet

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