lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2306773 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET LEGAL PERFORMANCES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 novembre et le 13 décembre 2023, la Sas Phytocontrol Analytics France, représentée par Me Charrel, demande, dans le dernier état de ses écritures, au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler la procédure de passation des lots n°4 " Contrôle des eaux du Gard (EDCH et EDL) " et n°7 " Contrôle des eaux de l'Hérault (EDCH et EDL) " du marché public de services ayant pour objet la réalisation des prélèvements et d'analyses pour le contrôle sanitaire des eaux en région Occitanie ;
2°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé (ARS) Occitanie la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le critère " développement durable ", noté sur 10 subdivisé en deux sous-critères notés sur 5 : " protection de l'environnement " et " mesures sociales ", est insuffisamment précisé à l'article 9.2 du règlement du marché et n'est pas repris au CCTP, ce qui a permis au pouvoir adjudicateur de porter une appréciation discrétionnaire sur les offres ;
- le sous-critère : " mesures sociales " du critère " développement durable ", qui porte sur la politique générale des soumissionnaires en matière sociale, sans solliciter d'eux des mesures sociales spécifiques au contrôle sanitaire des eaux, qui est dépourvu de tout lien avec l'objet du marché en cause en violation de la jurisprudence, a été établi de manière discriminatoire ;
- et il en va de même du second sous-critère relatif à " la protection de l'environnement ", qui, en dehors de l'exemple de la question du traitement des déchets lequel relève plus d'une condition d'exécution du marché et non d'un critère de sélection des offres, n'est pas en lien avec l'objet du marché ou ses conditions d'exécution ;
- s'agissant du critère de la valeur technique, divisé en huit sous-critères, celui de la " présentation du mémoire technique ", qui n'est pas défini laissant ainsi une marge d'appréciation discrétionnaire à l'ARS comme le démontre les notes différentes pour ce même critère pour les deux lots en litige comportant pourtant la même présentation du mémoire technique, est aussi sans lien avec le marché ;
- et, eu égard aux écarts constatés entre ses notes et celles de l'attributaire, toutes les imprécisions de ces critères et sous-critères qui l'ont empêchée d'adapter ses offres aux attentes de l'ARS, l'ont lésée ;
- les erreurs de notations de ses offres révèlent une dénaturation de celles-ci dès lors que lorsque l'acheteur, à l'occasion d'une procédure unique, même dans le cadre d'un marché divisé en lots qui doivent en principe faire l'objet d'une appréciation distincte lot par lot, prévoit des critères ou sous-critères ne justifiant pas une appréciation différenciée selon chaque lot, il est logique que la même note soit attribuée à des offres en conséquence identiques ; ce qui n'a pas été le cas en l'espèce, s'agissant du critère du développement durable, pour lequel, avec un mémoire technique identique à cet égard, elle a obtenu pour le lot n° 4 (Gard) la note de 10/10 (5/5 pour la protection de l'environnement et 5/5 sur les mesures sociales) contre 9/10 pour la note du lot n° 7 (Hérault), sans, du reste, que cet écart soir justifié au regard des éléments d'appréciation communiqués ; et le même raisonnement doit être appliqué pour la notation du critère de la valeur technique pour lequel elle a obtenu, pour le lot n°4, la note de 44,89/60 et 47,13/60 pour le lot n°7, tandis que l'attributaire a obtenu respectivement la note de 45,61/60 ; et de 43,56, soit des écarts entre les notes entre les lots pour un même soumissionnaire qui sont significatifs (+/- 2,24 points pour elle-même et +/- 2,05 points pour l'attributaire) et laissent supposer que le critère de la valeur technique a également été utilisé discrétionnairement par l'ARS ;
- pour des prestations techniques identiques entre les lots, supposant logiquement que des offres identiques s'agissant de prestations techniques ont été présentées, la notation de ce critère aurait dû être également identique ; la seule " spécificité " prévue par lots dans la trame du mémoire technique concerne le sous-critère n°2 " Organisation générale " pour lequel au CCTP, il est prévu " spécificité du lot ", mais alors qu'elle a son siège social dans le Gard et l'attributaire une implantation dans l'Hérault, il aurait pu être compréhensible qu'elle obtienne une meilleure notation pour le lot n°4 (Gard) et l'attributaire pour le lot n°7 (Hérault), ce fut, pourtant, l'inverse ;
- les appréciations littérales communiquées ne correspondent pas aux éléments figurant dans les offres présentées, ou sont manifestement incohérentes, pour le lot n° 4 l'ARS a considéré que " l'augmentation estivale des volumes de prélèvements (hors eaux de loisirs) n'est pas considérée ", pourtant, son mémoire technique détaille bien la question en abordant " l'estimation des volumes d'analyses programmées annuellement dans le Gard ", " la couverture maîtrisée du Département ", les difficultés liées au transport ainsi que la présentation de l'équipe des techniciens préleveurs ; l'acheteur a également commis une dénaturation en considérant que le nombre de préleveurs serait sous-évalué, alors que les techniciens préleveurs sont bel et bien mentionnés, dans le cadre d'un forfait jour, notamment en pages 27 et 92 du mémoire technique ; également, l'ARS Occitanie a considéré à tort que " les moyens proposés en période estivale semblent insuffisants (absence de véhicule de type 4x4 par exemple ", tandis qu'il résulte de son offre qu'elle a proposé la mise en place de véhicules adaptés tout chemin y compris pour l'accès en zone difficile, mais également un véhicule adapté pour les déplacements nécessitant, en période de forte affluence touristique (c'est-à-dire la période estivale), un déplacement rapide sur le littoral ; également, l'ARS a considéré que " les modalités de remplacement des préleveurs sont moins bien décrites que chez les autres candidats ", alors qu'il ressort du mémoire technique que toutes les modalités de remplacement des préleveurs ont été substantiellement décrites (polyvalence, suppléance, absence courte programmée, absence longue, salariés, formation, recrutement), sachant qu'est précisé un fonctionnement par binôme sur chaque secteur et chaque point de prélèvement ; l'Agence a, en outre, considéré que " les modalités de recours aux sous-traitants pour la radiologie manquent de clarté ", alors que son offre est pourtant parfaitement claire sur ce point en ce qu'elle précise le détail du service interne et des deux sous-traitants, l'organisation de prise en charge des paramètres de radioactivité sous agrément santé et les obligations/évaluations des partenaires ; cette dénaturation manifeste de son offre sur le lot n°4 l'est d'autant plus au regard des différences de notation pour le lot n°7 ; les sous-critères " Présentation du mémoire technique " et " organisation générale " sont également notés de manière différenciée s'agissant de sa propre offre (+/- 0,25 et 2,31 points entre les deux lots), alors que cette présentation du mémoire technique est strictement identique, de même que l'organisation générale du soumissionnaire ;
- bien qu'elle a obtenu une meilleure note que l'attributaire sur ce critère sur le lot n°7, ces manquements sont évidemment de nature à l'avoir lésée étant donné qu'ils ont pu permettre le sur-classement de l'offre de l'attributaire, tandis qu'elle est classée 2ème, alors que l'écart, au classement global, sur le lot n°4, n'est que de 1,08 point (82,42/100 pour elle et 83,50 pour l'attributaire), et de 2,59 pour le lot n°7 (77,47/100 pour elle et 80, 06 pour l'attributaire), ce qui est peu significatif au regard de la notation globale effectuée sur 100 points.
Par un mémoire enregistré le 11 décembre 2023, la SAS Carso Laboratoire Santé Environnement Hygiène de Lyon (LSEHL), représentée par Me Antoine, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'absence de communication de l'ensemble des éléments susvisés, à la supposer même avérée, ne vicie pas la procédure de passation en cause ;
- la requérante ne vient nullement expliquer dans quelle mesure la prétendue imprécision alléguée entourant la fixation du critère " Développement durable " l'aurait lésée de quelque manière que ce soit dans la conduite de la procédure de passation des lots n° 4 et 7, alors qu'il s'agit pourtant d'une condition impérative de recevabilité d'un moyen présenté dans le cadre d'un référé précontractuel ; en tout état de cause, les précisions du règlement de la consultation ont aussi permis aux soumissionnaires d'élaborer leur offre en identifiant précisément les attentes du pouvoir adjudicateur au titre du critère n° 3 qui est bien en lien avec l'objet du marché ;
- en tout état de cause, le moyen est manifestement erroné sur un plan matériel, dans la mesure où le règlement de la consultation comporte des indications particulières et détaillées concernant les attentes du pouvoir adjudicateur à l'égard des soumissionnaires en la matière ;
- s'agissant du moyen tiré de la dénaturation des offres, en focalisant son propos sur la notation appliquée aux deux offres en compétition au titre des critères n° 1 et 3 et de leurs sous-critères respectifs, la requérante conteste implicitement mais nécessairement l'appréciation portée par le pouvoir adjudicateur sur la valeur et les mérites de ces offres, qu'il n'appartient pas au Juges des référés précontractuels d'en connaître ;
- enfin, la requérante n'apporte pas le moindre commencement de démonstration de l'éventuelle conséquence que les prétendues irrégularités invoquées auraient éventuellement emporté sur le classement final des offres.
Par un mémoire enregistré le 12 décembre 2023, l'agence régionale de Santé (ARS) Occitanie, représentée par Me Fernandez-Begault, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête n'est pas assortie de conclusions aux fins qu'il soit enjoint à l'ARS Occitanie de communiquer l'ensemble des éléments susvisés, dans un délai imparti par le Tribunal, en tout état de cause, elle a communiqué le 30 novembre 2023 à la société requérante toutes les caractéristiques et appréciations des offres de la société attributaire et de ses propres offres ;
- la requérante ne vient nullement expliquer dans quelle mesure les imprécisions alléguées entourant les conditions de mise en œuvre des deux sous-critères du critère " Développement durable " de sélection des offres l'auraient lésée de quelque manière que ce soit dans la conduite de la procédure de passation des lots en litige alors qu'il s'agit pourtant d'une condition impérative de recevabilité d'un moyen présenté dans le cadre d'un référé précontractuel ; en outre les précisions du règlement de la consultation ont aussi permis aux soumissionnaires d'élaborer leur offre en identifiant précisément les attentes du pouvoir adjudicateur au titre du critère n° 3 qui est en lien avec l'objet du marché ;
- la dénaturation alléguée des offres n'est pas établie ;
- enfin, la requérante n'apporte pas le moindre commencement de démonstration de l'éventuelle conséquence que les prétendues irrégularités invoquées auraient éventuellement emporté sur le classement final des offres.
La Sas Phytocontrol Analytics France a produit pour le Tribunal le 13 décembre 2023, par pli confidentiel, son mémoire technique pour les deux lots en litige sous le bénéfice des dispositions de l'article R. 412-2-1 du code justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Eric Souteyrand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 décembre 2023 :
- le rapport de M. Souteyrand ;
- les observations de :
. Me Charrel, représentant la Sas Phytocontrol Analytics France ;
. Me Denylauler pour l'ARS Occitanie ;
. Me Chaussat pour la Sasu Carso Laboratoire Environnement Hygiène de Lyon.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un appel public à la concurrence l'Agence régionale de santé de l'Occitanie a lancé un appel d'offres ouvert pour la passation d'un accord-cadre à bons de commande divisé en dix-sept lots, conclu pour une durée d'un an à compter du 1er janvier 2024, renouvelable tacitement trois fois au maximum pour une durée similaire, en vue de la réalisation de prestations de prélèvements et d'analyses en laboratoire des eaux destinées à la consommation humaine (EDCH), des eaux de loisirs (EDL), des eaux conditionnées (EC) et des eaux minérales naturelles (EMN) situées sur le territoire de la région Occitanie. La Sas Phytocontrol Analytics France classée en deuxième position derrière la Sasu Carso Laboratoire Environnement Hygiène de Lyon pour les lots n° 4 (département du Gard) et n° 7 (département de l'Hérault) et qui n'a pas été retenue, demande l'annulation de la procédure de passation.
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". Aux termes de l'article L. 551-2 de ce code : " I. Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations () ". Et, aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué () ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base d'un ou plusieurs critères objectifs, précis et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution (). Les offres sont appréciées lot par lot. Le lien avec l'objet du marché ou ses conditions d'exécution s'apprécie conformément aux articles L. 2112-2 à L. 2112-4. ". L'article L. 2152-8 dudit code prévoit que : " Les critères d'attribution n'ont pas pour effet de conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur et garantissent la possibilité d'une véritable concurrence. Ils sont rendus publics dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ". Et, l'article R. 2152-7 du même code dispose : " Pour attribuer le marché au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse, l'acheteur se fonde : () 2° Soit sur une pluralité de critères non-discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. Il peut s'agir des critères suivants : a) La qualité, y compris la valeur technique et les caractéristiques esthétiques ou fonctionnelles, l'accessibilité, l'apprentissage, la diversité, les conditions de production et de commercialisation, la garantie de la rémunération équitable des producteurs, le caractère innovant, les performances en matière de protection de l'environnement, de développement des approvisionnements directs de produits de l'agriculture, d'insertion professionnelle des publics en difficulté, la biodiversité, le bien-être animal ; b) Les délais d'exécution, les conditions de livraison, le service après-vente et l'assistance technique, la sécurité des approvisionnements, l'interopérabilité et les caractéristiques opérationnelles ; c) L'organisation, les qualifications et l'expérience du personnel assigné à l'exécution du marché lorsque la qualité du personnel assigné peut avoir une influence significative sur le niveau d'exécution du marché. D'autres critères peuvent être pris en compte s'ils sont justifiés par l'objet du marché ou ses conditions d'exécution. () ".
4. Dans le cas où le pouvoir adjudicateur souhaite retenir d'autres critères que celui du prix, l'information appropriée des candidats doit alors également porter sur les conditions de mise en œuvre de ces critères. Il appartient au pouvoir adjudicateur d'indiquer les critères d'attribution du marché et les conditions de leur mise en œuvre selon les modalités appropriées à l'objet, aux caractéristiques et au montant du marché concerné. En outre, si l'acheteur peut, pour sélectionner l'offre économiquement la plus avantageuse, mettre en oeuvre des critères comprenant des aspects sociaux, c'est à la condition, notamment, qu'ils soient liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution et non à la politique générale de l'entreprise en matière sociale, apprécié au regard de l'ensemble de son activité et indistinctement applicable à l'ensemble des marchés de l'acheteur, indépendamment de l'objet ou des conditions d'exécution propres au marché en cause.
5. En l'espèce, l'accord cadre en cause prévoit trois critères d'appréciation des offres, le prix, la valeur technique et le développement durable, respectivement notés sur 60, 30 et 10. Le sous-critère du développement durable est lui-même divisé en deux sous-critères : " protection de l'environnement " (sur 5) et " mesures sociales " (sur 5). Tout d'abord, il résulte de l'article 9.2 du règlement de la consultation que ce critère est " apprécié en tenant compte des mesures environnementales et sociales mises en œuvre dans le cadre de l'exécution des prestations. Seront notamment développées dans le mémoire technique la démarche et/ou les actions concrètes mises en place ou qui seront mises en place pour assurer une réduction des impacts négatifs des prestations sur l'environnement et sur la santé des personnes dans le cadre de ce marché () Les éléments avancés pour répondre à ces exigences environnementales et sociales devront être liés à l'objet du marché et devront être étayés par des éléments probatoires " avec l'indication d'exemples. Il en ressort que ce critère est, contrairement à ce qui est soutenu, défini avec suffisamment de précisions pour permettre aux candidats de présenter une offre adaptée. Ensuite, s'agissant du sous-critère " Présentation du mémoire technique " noté sur 4 du critère de la valeur technique, les candidats ont pu, pour présenter leur offre, s'appuyer utilement sur la trame du mémoire technique annexée au règlement de consultation. Enfin, d'une part, il n'est pas établi que la présentation particulière du mémoire technique susmentionné souhaitée par l'ARS Occitanie ne serait pas en lien avec l'objet du marché, d'autre part, contrairement à ce qui est soutenu, les références dans le sous-critère " la protection de l'environnement " à la sobriété énergétique, au recours aux énergies renouvelables et à la question du traitement des déchets, ne sont pas dépourvues de lien avec les conditions de réalisation et de stockage des prélèvements objets du marché. En revanche, s'il exact que le sous-critère " mesures sociales " est défini en termes trop généraux pour présenter un lien suffisant avec les conditions d'exécution du marché, la société requérante qui a obtenu, en la matière, les notes de 5/5 pour le lot n° 4 et de 4,75/5 pour le lot n° 7, contre respectivement 3,25 et 3,75 /5 pour la société attributaire n'établit pas la lésion dont elle se prévaut.
6. Il y a lieu, dès lors, d'écarter le moyen tiré du défaut d'information et de l'imprécision des sous-critères en cause.
7. En second lieu, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en méconnaissant ou en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.
8. D'une part, s'il est exact que pour la notation du sous-critère " présentation du mémoire technique " du critère de valeur technique, ainsi que du critère " développement durable ", les mémoires techniques respectifs des entreprises soumissionnaires présentaient des informations identiques pour les lots n° 4 et 7 en litige, alors que les notes obtenues et les appréciations littérales portées ont été différentes pour chacun de ces deux lots, tant pour la Sas Phytocontrol Analytics France que pour la société attributaire, cela ne révèle pas pour autant une dénaturation des offres dès lors que l'appréciation de celles-ci se fait lot par lot conformément à l'article L. 2152-7 du code de la commande publique. Au surplus, la société requérante, qui n'établit pas le caractère identique de ses offres pour les deux lots précités s'agissant des informations pour l'appréciation des autres sous-critères de la valeur technique, dès lors notamment que les moyens humains qu'elle prévoit dans ses offres sont quantitativement différents pour les prélèvements dans le département de l'Hérault et dans celui du Gard, lesquels, en outre, présentent chacun des spécificités, ne peut, en tout état de cause, soutenir que c'est à tort qu'elle n'a pas eu la même notation pour les deux lots dont s'agit.
9. D'autre part, la seule circonstance que des pièces que la Sas Phytocontrol Analytics France a produites à l'appui de son offre pour le lot n° 4 contredisent, pour l'appréciation de certains sous-critères de la valeur technique, des mentions figurant dans la réponse que lui a transmise l'ARS Occitanie à la suite de sa demande du 16 novembre 2023, notamment " l'augmentation estivale des volumes de prélèvements (hors eaux de loisirs) n'est pas considérée ", " l'absence de véhicule de type 4x4 par exemple " ou " les modalités de recours aux sous-traitants pour la radiologie manquent de clarté ", ne permet pas d'établir une dénaturation de son offre qui s'est vue attribuer 6,13/10, 7,31/10, 4/5, 6,38/10 et 5,25/10 respectivement pour les sous-critères " organisation générale ", " prélèvements ", " astreinte ", " conservation des échantillons " et " transmission des résultats et alertes ", pour lesquels son offre a été classée derrière l'attributaire, alors même qu'elle ne l'avait été que pour deux d'entre eux seulement s'agissant de son offre pour le lot n° 7.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Sas Phytocontrol Analytics France, aux fins d'annulation de la procédure de passation pour les lots n° 4 (département du Gard) et n° 7 (département de l'Hérault) de l'accord-cadre à bons de commande en vue de la réalisation de prestations de prélèvements et d'analyses en laboratoire des eaux destinées à la consommation humaine (EDCH), des eaux de loisirs (EDL), des eaux conditionnées (EC) et des eaux minérales naturelles (EMN) situées sur le territoire de la région Occitanie, doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ARS Occitanie, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la Sas Phytocontrol Analytics France au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Et, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la Sas Phytocontrol Analytics France une somme de 1 500 euros à verser respectivement à l'ARS Occitanie et à la Sasu Carso Laboratoire Environnement Hygiène de Lyon au titre des mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la Sas Phytocontrol Analytics France est rejetée.
Article 2 : La Sas Phytocontrol Analytics France versera la somme de 1 500 euros respectivement à l'ARS Occitanie et à la Sasu Carso Laboratoire Environnement Hygiène de Lyon en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la Sas Phytocontrol Analytics France, à l'agence régional de Santé (ARS) Occitanie et à la Sasu Carso Laboratoire Environnement Hygiène de Lyon.
Fait à Montpellier, le 18 décembre 2023,
Le juge des référés,
E. Souteyrand
La greffière
M-A. BarthélémyLa République mande et ordonne au préfet de la région Occitanie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 19 décembre 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026