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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403411

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403411

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2024, et un mémoire, enregistré le

25 juillet 2024, Mme A C, représentée par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour méconnait l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation tandis que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article L. 611-3 du même code ;

- l'arrêté méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale tenant à l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision lui interdisant de retourner en France pour une période de trois mois est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire, enregistré le 23 juillet 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête :

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale selon décision du 22 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gayrard, rapporteur,

- et les observations de Me Mazas, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante algérienne née le 16 novembre 1987, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et l'a interdit de retourner sur le territoire national pour une durée de trois mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet de l'Hérault, chargé d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de parent d'enfant malade, n'était pas tenu de viser la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni de statuer expressément sur l'intérêt supérieur de l'enfant mais d'apprécier si son état de santé nécessite ou non son maintien sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Si ces dispositions ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, cette circonstance n'interdit pas au préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, de délivrer à ces ressortissants une autorisation provisoire de séjour pour accompagnement d'enfant malade. En l'espèce, le préfet de l'Hérault a décidé, dans le cadre de son pouvoir de régularisation, de faire application de ces dispositions à la situation de Mme C. Enfin , aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

4. Pour refuser la délivrance d'un certificat de résidence à Mme C, le préfet de l'Hérault s'est notamment fondé sur l'avis rendu le 9 novembre 2023 du collège de médecins de l'OFII, lequel a estimé que si l'état de santé de sa fille B, Noureddine, née le

29 novembre 2011, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier d'un traitement approprié.

5. Pour contester cette appréciation, Mme C ne peut utilement faire valoir la gravité de l'état de santé de sa fille, souffrant principalement d'une sclère bleue à l'œil droit, d'une ostéopénie et de douleurs des membres inférieurs et supérieurs, dès lors que le préfet de l'Hérault a reconnu que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si la requérante fait valoir que l'origine exacte de la pathologie dont elle souffre n'a pu être totalement élucidée, il ressort néanmoins des pièces du dossier qu'une ostéogénèse imparfaite est suspectée d'en être la principale cause, que l'ensemble des symptômes ont été recensés et qu'un traitement approprié a été défini, lequel, contrairement à ce que soutient la requérante, n'a pas été substantiellement modifié depuis sa prise en charge en France. Au vu de ce qui précède et au regard des pièces médicales communiquées à l'OFII, les médecins de cet établissement n'ont pas entaché d'irrégularité leur avis en retenant comme pathologie " des douleurs, sans précision ", les spécialistes consultés hésitant notamment quant à l'origine neuropathique des douleurs. En tout état de cause, les médecins de l'OFII ont pu valablement, sans connaitre l'origine exacte de la pathologie, apprécier l'existence d'un traitement approprié dans le pays d'origine. Si de nouvelles pièces médicales produites dans le mémoire enregistré le

25 juillet 2024, et notamment une ostéodensitométrie effectuée du 29 avril 2024 mettant en évidence une baisse de la minéralisation osseuse, révèlent une aggravation de certaines séquelles, ils constituent des faits postérieurs à la décision attaquée insusceptibles de permettre d'en contester la légalité. Enfin, les certificats médicaux de médecins assurant le suivi de la jeune B préconisant son maintien sur le territoire français ne sont pas de nature à contester l'avis des médecins de l'OFII selon lequel l'intéressée pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de treize ans, ses symptômes s'étant révélés dès les premiers pas. Par suite, les décisions de refus de titre de séjour ne peuvent être regardées comme entachées d'une erreur d'appréciation au regard de l'état de santé de leur enfant.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

7. Eu égard à ce qui a été énoncé précédemment, la requérante n'établit pas que sa fille ne pourrait bénéficier de soins adaptés à son état de santé dans son pays d'origine. De même, si elle fait valoir que sa fille a bénéficié d'aménagements pour sa scolarité, elle ne soutient, ni même n'allègue, ne pas pouvoir bénéficier de mesures équivalentes dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ou de l'article L. 611-3 du code précité doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, il découle de ce qui précède qu'il n'est pas établi que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ou celle portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité par voie d'exception de la décision fixant le pays de destinations doit être écarté.

9. En dernier lieu, s'agissant de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de trois mois, si Mme C fait valoir qu'elle ne constitue pas une menace à l'ordre public et n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, le préfet de l'Hérault n'a commis aucune erreur d'appréciation au vu de la durée et des conditions du séjour de l'intéressé et au vu de sa situation familiale, dès lors, notamment, que son époux est également en situation irrégulière sur le territoire national.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et lui a interdit de retourner sur le territoire nationale pour une durée de trois mois doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ou au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de l'Hérault et à Me Mazas.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Villemejeanne, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

JP. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 septembre 2024.

Le greffier,

S. Sangaréale

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