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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403958

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403958

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- il méconnaît l'article 6 de la décision 1/80 du Conseil d'association du 19 septembre 1980 ;

- il méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision 1/80 du 19 septembre 1980 du Conseil d'association institué par l'accord d'association conclu le 12 septembre 1963 entre la Communauté économique européenne et la République de Turquie ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Mazas, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 20 mai 1982, est entré en France le 1er décembre 2010, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités tchèques, valable du 19 octobre 2010 au 18 avril 2011. S'étant marié avec une ressortissante française, il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français à compter du 31 octobre 2013, renouvelé jusqu'au 27 août 2022, puis, à la suite de son divorce et étant employé en tant qu'ouvrier qualifié par la société Serrurerie Ingénierie, il a sollicité un changement de statut et obtenu un titre de séjour en qualité de salarié valable du 9 novembre 2022 au 8 novembre 2023. Le 19 octobre 2023, M. B a sollicité le renouvellement de ce titre en faisant état de son recrutement par la société BAS Construction, sous contrat de travail à durée indéterminée, en qualité de maçon. Par un arrêté du 3 juin 2024, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que, si M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié, le préfet de l'Hérault a, par ailleurs, examiné si l'intéressé pouvait prétendre au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et refusé de lui délivrer un titre de séjour à ce titre en retenant qu'il est âgé de 52 ans, divorcé et sans enfant à charge et qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Turquie. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B est présent en France depuis 14 ans et qu'il a bénéficié de titres de séjour en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française du 31 octobre 2013 au 27 août 2022 puis, dans le cadre d'un changement de statut, en qualité de salarié, du 9 novembre 2022 au 8 novembre 2023. En outre, depuis 2013, M. B a travaillé pour différentes sociétés, sous contrat à durée déterminée ou indéterminée, et les nombreux témoignages de personnes de son entourage permettent d'attester de son insertion tant sociale que professionnelle dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France du requérant, à son parcours professionnel et aux liens personnels tissés en France, et nonobstant l'absence d'éléments établissant la réalité de sa vie commune avec Mme A, ressortissante française, avec laquelle il justifie toutefois avoir engagé, auprès du centre hospitalier universitaire de Béziers, une procédure afin d'avoir un enfant par assistance médicale à la procréation, l'arrêté attaqué doit, dans les circonstances particulières de l'espèce, être regardé comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède que M. B, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi.

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 juin 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. B, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sabine Encontre, présidente,

M. Mathieu Didierlaurent, conseiller,

Mme Aude Marcovici, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024

La présidente-rapporteure,

S. DL'assesseur le plus ancien,

M. ELa greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 15 octobre 2024

La greffière,

C. Arce0dl

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