jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2404049 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 16 juillet 2024 et le 19 août suivant, M. B A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet du Doubs a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas démontrée ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien en application desquelles il peut prétendre de plein droit à un certificat de résidence dès lors qu'il exerce l'autorité parentale sur son enfant qu'il a reconnu de manière prénatale ;
- il est entaché d'un défaut de motivation en droit et d'une erreur de droit dès lors qu'il ne vise aucun texte autorisant le rejet de sa demande d'admission au séjour pour un motif tiré de l'ordre public et que cette notion est absente de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et notamment de son article 6-4 ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, sa présence en France ne représentant pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a plus causé aucun trouble à l'ordre public et qu'il a constitué une famille ;
- l'arrêté viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Par une décision du 12 juin 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Brulé, représentant M. A, qui informe le tribunal de son mariage avec la mère de son enfant prévu en novembre 2024.
Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 24 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. A, ressortissant algérien né le 12 juillet 1993, demande l'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.
2. Par un arrêté du 8 janvier 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Doubs a donné délégation à Mme Nathalie Valleix, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous documents relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département à l'exception de décisions au nombre desquelles ne figurent pas les arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte, notamment en ce qui concerne la menace à l'ordre public que constitue la présence de M. A sur le territoire français, et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " ()Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4. au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins () ". Contrairement à ce qui est soutenu, les stipulations de l'article 6 précité ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
5. Il est constant que M. A est le père d'un enfant français né le 1er novembre 2022 qu'il a reconnu avant sa naissance et sur lequel il n'est pas contesté qu'il exerce l'autorité parentale. Par suite, il remplit les conditions pour se voir délivrer de plein droit un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi d'ailleurs que l'a admis le préfet du Doubs en convoquant, le 6 novembre 2023, M. A devant la commission du titre de séjour le 24 novembre 2023.
6. D'une part, il ressort des motifs de l'arrêté contesté que, contrairement à ce qui est soutenu, le préfet n'a examiné si l'intéressé contribuait effectivement aux besoins de son enfant que dans le cadre de son droit au respect de sa vie privée et familiale afin d'apprécier si le refus de séjour et la mesure d'éloignement ne contrevenaient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
7. D'autre part, pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le préfet du Doubs, après avis défavorable de la commission du titre de séjour à la délivrance du titre sollicité, s'est fondé sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations le 22 janvier 2020 et a été condamné, 15 juin 2020, par le tribunal correctionnel de Montpellier à 2 mois d'emprisonnement avec interdiction du territoire français d'une durée de deux ans, pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, puis, le 13 novembre 2020, par le tribunal correctionnel de Béziers à 1 an d'emprisonnement pour maintien irrégulier sur le territoire français, après placement en rétention ou assignation à résidence, alors qu'il avait fait l'objet d'une interdiction judiciaire, pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et des faits de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à C d'un dépositaire de l'autorité publique en récidive et de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité en récidive, ces deux jugements ayant ordonné le maintien en détention de l'intéressé. Par un arrêté du 13 septembre 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Montpellier par jugement du 17 novembre 2022, le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans. Eu égard au comportement délictueux de M. A depuis son arrivée récente sur le territoire français, à la gravité des infractions commises dont certaines en récidive, sanctionnées par des peines d'emprisonnement ferme, et aux interdictions judiciaire puis administrative du territoire français auxquelles il n'a pas déféré, le préfet du Doubs a pu estimer, sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation, que ces faits témoignaient d'un comportement de nature à menacer l'ordre public et, pour ce motif, refuser un certificat de résidence à l'intéressé.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. A produit des pièces médicales faisant état de sa présence lors de séances de rééducation et de consultations ou d'examen de l'enfant, toutes établies en juin et juillet 2023, des photographies d'un nourrisson, ainsi que des factures d'achat de lait infantile établies à son nom du mois de décembre 2022 au mois de janvier 2024 et une attestation d'hébergement depuis décembre 2022 rédigée par la mère de son enfant le 8 février 2024, soit postérieurement à la décision attaquée, sans aucune précision sur la participation de M. A à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Ces seuls éléments ne permettent pas d'établir la réalité de la vie familiale dont se prévaut M. A à la date de l'arrêté contesté et la production d'une promesse d'embauche ne saurait établir une intégration sociale ou professionnelle de l'intéressé. En outre, M. A ne soutient ni n'allègue qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence et qu'il ne pourrait pas y retourner le temps de solliciter un visa de long séjour en qualité de parent d'enfant français. Par suite, au regard de la durée et des conditions du séjour de M. A en France et au comportement délictueux de l'intéressé qui, ainsi qu'il a été exposé au point 7, constitue une menace à l'ordre public, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ne portent pas une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises et ne sont donc pas intervenues en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Au regard de ce qui a été exposé au point précédent, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'arrêté attaqué porterait atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant tel que garanti par les stipulations précitées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Doubs et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sabine Encontre, présidente,
M. Mathieu Didierlaurent, conseiller,
Mme Aude Marcovici, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024
La présidente-rapporteure,
S. CL'assesseur le plus ancien,
M. DLa greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 17 octobre 2024
La greffière,
C. Arce0dl
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026