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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404174

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404174

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantHOSSEINI NASSAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 23 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Hosseini Nassab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 du préfet de l'Hérault qui refuse de renouveler son titre de séjour " étudiant ", l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et fixe le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de 10 jours et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté émane d'un signataire incompétent ;

- l'obligation de quitter le territoire, qui ne vise pas l' article L611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est insuffisamment motivée en droit ;

- l'arrêté méconnait le titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien, l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire du 7 octobre 2008 ;

- Le refus de séjour avec obligation de quitter le territoire méconnait l'article 6-5° de l'accord franco-algérien, et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- L'éloignement méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par mémoire, enregistré le 13 aout 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet du recours et soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté et les observations de Me Hosseini Nassab, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 25 octobre 1967, demande d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 du préfet de Hérault qui refuse de renouveler son titre de séjour " étudiant ", l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et fixe le pays de renvoi.

2. Le signataire de l'arrêté, M. Frédéric Poisot, secrétaire de la préfecture, disposait d'une délégation de signature du préfet pour signer notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers, par arrêté du 9 octobre 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. Le refus de séjour, qui vise les éléments de fait et de droit qui le fondent, est suffisamment motivé. Et l'obligation de quitter le territoire n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation sera écarté.

4. En vertu de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". La situation des ressortissants algériens est entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et le requérant ne peut donc utilement se prévaloir de cet article. Il ne peut non plus utilement invoquer la circulaire du 7 octobre 2008, qui n'a pas de portée règlementaire.

5. En vertu du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire "./Les ressortissants algériens titulaires d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", sous réserve de leur inscription dans un établissement ouvrant droit au régime de sécurité sociale des étudiants, peuvent être autorisés à travailler dans la limite d'un mi-temps annuel pour la branche ou la profession concernée. L'autorisation est délivrée sous forme d'autorisation provisoire de travail sur présentation d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ".

6. Le renouvellement du titre de séjour portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Il appartient ainsi au préfet, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de rechercher à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de la progression de l'étudiant dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant avec sérieux les études entreprises.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, entré en France le 7 janvier 2018 sous couvert d'un visa étudiant, a été ajourné en 2017/2018 et 2018/2019 aux diplômes universitaires entrepreneur et journalisme à l'université Montpellier, a été ajourné en 2019/2020 en master 1 lettres, validant l'année en 2021/2022 et obtenant le 20 avril 2021 le diplôme étudiant-entrepreneur, et a été ajourné les deux années suivantes au master 2 lettres pour lequel il s'est réinscrit. Par suite, en estimant que les études poursuivies n'étaient pas sérieuses, même si le requérant a connu des problèmes de santé et doit soutenir son mémoire de master en septembre 2024, le préfet n'a pas méconnu les stipulations citées au point 5.

8. En vertu de l' article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :1.Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance./ 2.Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".En vertu de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit ..5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

9. Le requérant, qui n'a été admis en France que pour y suivre des études, ne démontre aucun obstacle pour revenir en Algérie avec son épouse, qui a été titulaire d'une carte de séjour visiteur, et avec ses enfants nés en 2006 et 2010 et qui peuvent y poursuivre leur scolarité. Il n'est pas établi que l'état de santé de son fils, qui souffre d'autisme, fasse obstacle à son départ du territoire. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les articles cités au point précédent.

10.Pour les mêmes motifs l'arrêté d'éloignement ne méconnait pas l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, sous astreinte et celles relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent aussi être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au préfet de l'Hérault.

Délibéré à l'issue de l'audience du 27 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pastor, première conseillère,

Mme Marcovici, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseur le plus ancien,

I. Pastor

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 11 octobre 2024.

La greffière,

B. Flaesch

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