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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404456

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404456

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantFORUM REFUGIES - CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PERPIGNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024, M. F B D demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

*la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée et entachée d'un examen approfondi ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la menace à l'ordre public qu'il représenterait ;

- méconnaît l'article 8 de la de la convention européenne des droits de l'homme et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

*la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- méconnaît l'article L. 612-2 et 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

*la décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée et entachée d'un examen approfondi ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, né le 23 janvier 1991 et de nationalité hondurienne, a été contrôlé le 30 juillet 2024 par les services de police aux frontières au péage du Perthus et a été placé en garde à vue pour avoir présenté un faux document d'identité. Il a fait l'objet le même jour d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B soit représenté par un avocat et qu'une demande d'aide juridictionnelle ait été déposée. Par suite, les conclusions à fin d'obtenir le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 23 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. E C, directeur de la citoyenneté et de la migration, à l'effet de signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français et précise la situation administrative et le parcours du requérant. Par ailleurs, il résulte des termes même de l'arrêté que le préfet mentionne la présence alléguée de la conjointe du requérant et de sa fille de 5 ans qui seraient présents sur le territoire français. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté attaqué et le moyen du défaut d'examen particulier doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

6. Il est constant que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il n'a jamais bénéficié de titre de séjour et il résulte des termes même de l'arrêté en litige que le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé sur cette circonstance pour prononcer la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public ne peut être utilement invoqué pour contester la décision d'éloignement prise sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent des enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ".

8. Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Si M. B soutient être en couple avec une compatriote en situation irrégulière et avoir un enfant de cinq ans, ces allégations ne sont étayées par aucun document. Par ailleurs, M. B ne produit aucun document de nature à établir sa présence sur le territoire français. Enfin, à supposer même existante la relation alléguée, sa compagne serait également en situation irrégulière s'opposant à son maintien sur le territoire français et il n'existerait aucun obstacle à ce que le couple et leur enfant rétablisse la cellule familiale dans leur pays d'origine, étant tous trois de nationalité hondurienne. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales a fondé sa décision refusant un délai de départ volontaire sur le 3° de l'article L. 612-2 et le 1° et le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son entrée irrégulière et de l'absence de demande de titre de séjour, ainsi que de l'absence de garanties de représentation, et non sur le fondement du 1° de l'article L. 612-2 du même code, relatif à la menace à l'ordre public. Par suite, la circonstance que M. B ne représenterait pas une menace à l'ordre public est sans incidence sur la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte des termes même de l'arrêté attaqué qu'il a été tenu compte des déclarations du requérant quant aux risques allégués en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier doivent être écartés.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 doit être écarté.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721- 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

15. Si M. B soutient craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, il ne fait état d'aucune circonstance particulière le concernant et n'apporte aucun élément de nature à étayer ses dires. Au demeurant, il résulte du procès-verbal d'audition que l'intéressé a seulement répondu, à la question sur les menaces dans son pays d'origine, que " oui pour n'importe quoi on peut se faire tuer, il y a beaucoup de crime ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 513-2, devenue L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612- 10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

17. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité. A cet égard, si, après prise en compte de chacun de ces quatre critères, le préfet ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, il n'est pas tenu, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

18. La décision attaquée cite les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et comporte une motivation circonstanciée sur chacun des quatre critères mentionnés à l'article L. 612-10 de ce code. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

19. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

20. En troisième lieu, la seule circonstance que le nom du requérant apparaisse au fichier automatisé des empreintes digitales et qu'il ait fait l'objet de l'interpellation lors du contrôle routier le 30 juillet 2024 en possession d'un faux document d'identité est insuffisant pour caractériser une menace à l'ordre public. Toutefois, eu égard à la situation du requérant telle qu'exposée au point 8, et notamment l'absence de liens avérés sur le territoire français, avec en tout état de cause la possibilité de reconstituer la cellule familiale au Honduras, le moyen tiré de ce que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. F B D et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 31 octobre 2024.ML

La greffière,

A. Junon

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