Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 octobre et 14 novembre 2024,
M. B... A..., représenté par Mazas demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du préfet de l’Hérault en date du 30 septembre 2024 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai et une interdiction de retour de deux ans ;
2°) d’annuler la décision de placement en rétention administrative ;
3°) d’enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;
4°) de condamner l’Etat à lui verser une somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’erreur de fait dès lors que plusieurs éléments déterminants de sa situation sont erronés ;
- l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales a été méconnu dès lors qu’il vit en France avec sa concubine depuis un an et demi et qui est enceinte de sept mois ;
S’agissant de la décision portant interdiction de retour d’une durée de deux ans :
- la décision est entachée d’erreur d’appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2024, le préfet de l’Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lauranson,
- et les observations de Me Mazas, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., ressortissant algérien, né le 16 mars 1989, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du préfet de l’Hérault en date du 30 septembre 2024 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour de deux ans.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
S’agissant de l’obligation de quitter le territoire sans délai :
2. La décision attaquée, qui mentionne les articles du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile applicables ainsi que les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée et n’avait en particulier pas à mentionner l’ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A....
3. Si la décision attaquée mentionne que M. A... « déclare être en couple et avoir un enfant âgé d’un mois » alors qu’il soutient que sa compagne est enceinte de 7 mois et qu’elle a une fille de 14 ans née d’une première union, le préfet aurait pris la même décision en prenant en compte sa situation de concubinage sans enfant. Par suite l’erreur de fait est sans incidence.
4. Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
5. Si M. A... soutient qu'il vit en France en concubinage depuis un an et demi avec une ressortissante algérienne qui est enceinte et qui élève une fille d’une première union, il ressort des pièces du dossier, que eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment au caractère récent de la vie commune de l'intéressé, l'arrêté attaqué ne saurait être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
S’agissant de la décision portant interdiction de retour :
6. Compte tenu de la durée de présence en France du requérant, de l’absence de justificatif sur l’intensité de ses liens familiaux en France et de la circonstance que le requérant a déjà fait l’objet d’une mesure d’éloignement en 2020, le préfet de l’Hérault a pu, sans commettre d’erreur d’appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté contesté doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’annulation de la rétention administrative :
8. Aux termes de l’article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le magistrat du siège du tribunal judiciaire, dans un délai de quatre jours à compter de sa notification ». Les conclusions tendant à l’annulation de la mesure de rétention administrative doivent, en tout état de cause, être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. A... à fin d’annulation, n’implique aucune mesure d’exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de ce dernier aux fins d’injonction ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque à verser au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de l’Hérault.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Aude Marcovici, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
M. Lauranson
Le président,
J. Charvin
La greffière,
A-L. Edwige
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 3 décembre 2024,
La greffière,
A-L. Edwige