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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405944

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405944

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2024, M. C B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir et subsidiairement, d'ordonner le réexamen de sa demande dans le délai de deux mois et sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation par ce dernier à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence à défaut de justifier de la délégation de signature dont bénéficie le signataire de l'arrêté ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5° de l'article 6 de l'accord franco- algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux besoins d'aide de sa mère, reconnue handicapée ;

- le préfet ne pouvait lui opposer une absence de visa long séjour dès lors qu'il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F ;

- les observations de Me Carbonnier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 11 février 1990, de nationalité algérienne, déclare, sans le justifier, être entré sur le territoire français en mai 2019 démuni de visa. Le 28 novembre 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 28 mars 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté en litige a été signé pour le préfet de l'Hérault par M. A G, sous-préfet de l'arrondissement de Béziers. Or, ce dernier bénéficiait d'une délégation de signature, accordée le 9 octobre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault, accessible tant au juge qu'au public sur le site internet de la préfecture, à l'effet de signer notamment " les refus d'admissions au séjour et obligations de quitter le territoire français ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. M. B fait valoir qu'il est entré en France en mai 2019 pour y rejoindre sa mère et ses frères et sœurs, tous de nationalité française. S'il soutient qu'il a ainsi établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est divorcé et père d'un enfant âgé de 4 ans, de nationalité algérienne qui réside en Algérie avec sa mère, et qu'il n'est pas, dès lors, dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il est né de père inconnu et que suite à l'abandon définitif prononcé par sa mère biologique, de nationalité française, il a été confié, à l'âge de trois ans, par acte de kafala chez M. B et son épouse. En se bornant à produire un courrier de sa mère biologique en date du 2 avril 2024 attestant, sans autres précisions, qu'elle l'héberge et en assume les frais, M. B ne démontre pas avoir des liens d'une particulière intensité avec elle. Si, enfin, il évoque une dégradation de l'état de santé et une perte d'autonomie de cette dernière qui rendraient nécessaire sa présence à ses côtés, les ordonnances et autres résultats d'examens médicaux qu'il produit ne révèlent aucune gravité particulière ni aucun besoin d'une assistance au quotidien par ses soins. Dans ces conditions, et alors que la mère du requérant a la possibilité de faire appel à ses autres enfants résidant en France, le préfet de l'Hérault n'a pas, en refusant de lui délivrer un certificat de résidence, porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent donc être écartés.

5. Pour les mêmes motifs, ces circonstances sont insuffisantes pour permettre de considérer que le préfet de l'Hérault aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de la décision lui refusant le séjour au regard de l'état de santé de sa mère.

6. Il ressort de la lecture des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Hérault n'a pas fondé le refus de séjour de l'intéressé au titre du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien sur l'absence de visa long séjour, mais sur les seuls éléments relatifs à la vie privée et familiale de M. B. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en tant que le préfet aurait fondé sa décision sur l'absence de visa long séjour manque en fait et doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre des décisions par lesquelles le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale et l'a obligé à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C B, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La Présidente-rapporteure,

F. F

L'assesseure la plus ancienne,

M. D

La greffière

M. E

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 décembre 2024.

La greffière,

M. E

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