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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406256

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406256

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 novembre et 10 décembre 2024, M. A C, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à compter de la notification de la décision à intervenir, subsidiairement, d'ordonner le réexamen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des dispositions de l'article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation par ce dernier à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur la recevabilité :

- la requête est recevable dès lors que l'arrêté litigieux lui a été notifié le 5 avril 2024.

Sur la décision de refus de séjour :

- le préfet a commis une erreur de droit en lui opposant une absence de visa long séjour qui n'était pas exigible au regard de la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé.

Sur la décision fixant le délai de départ :

- en le privant de terminer son année scolaire, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est tardive et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Ruffel, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 12 décembre 2004, de nationalité arménienne, déclare, sans le justifier, être entré sur le territoire français le 20 septembre 2021, démuni de visa. Le 15 janvier 2024, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 25 mars 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le territoire français pour une durée de trois mois. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. Aux termes de L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

3. M. C conteste le motif tiré de l'absence de visa long séjour, par lequel le préfet se serait estimé lié, et se prévaut de ce que sa situation entre dans le champ d'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant la dispense de ce visa. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré en France alors qu'il était mineur, a été scolarisé à partir de l'âge de 16 ans au lycée professionnel agricole de Castelnau-le-Lez en classe de seconde professionnelle puis au lycée des métiers Pierre Mendès France en 1re et Terminale professionnelle " Métiers de l'électronique, environnements connectés " au titre des années scolaires 2023/2024 et 2024/2025. M. C ne peut ainsi être regardé comme poursuivant des études supérieures au sens du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne peut ainsi être dispensé de l'obligation de présenter un visa de long séjour. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet de l'Hérault a opposé à M. C l'absence de visa long séjour.

4. M. C fait valoir qu'il est entré en France en septembre 2021 avec ses parents et qu'il y est scolarisé depuis. Il indique avoir reçu de bonnes appréciations de ses professeurs, a obtenu le Diplôme d'Etudes en Langue Française B1 et fait trois stages en entreprises démontrant sa volonté d'intégration. Cependant, il ne justifie pas, malgré un parcours scolaire convenable, qu'il aurait établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France alors, notamment, que ses parents résident irrégulièrement sur le territoire français et que toute la cellule familiale pourrait se reconstituer en Arménie. La décision ne saurait ainsi être regardée comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation. Le moyen sera écarté.

Sur la décision fixant le délai de départ :

5. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

6. Si M. C soutient que le délai de départ volontaire de trente jours qui lui a été imparti pour quitter le territoire français est inapproprié à sa situation dès lors qu'il est scolarisé en classe de terminale et que ce délai ne lui permet pas d'achever son année scolaire en cours, il ne ressort pas des pièces du dossier et particulièrement des éléments précédemment exposés concernant la situation personnelle et familiale de l'intéressé, que le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas un délai de départ supérieur à trente jours.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

7. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

8. Il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté contesté que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de prendre la décision contestée. Le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C à l'encontre des décisions par lesquelles le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.

La Présidente-rapporteure,

F. B

L'assesseure la plus ancienne,

S. Crampe

La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 9 janvier 2025.

La greffière,

A. Junon

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