jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2406410 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui accorder le titre de séjour sollicité en qualité d'étudiante ou au titre de sa vie privée et familiale, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, subsidiairement, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande de renouvellement de carte de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- à titre liminaire, elle indique qu'eu égard à sa nationalité, l'accord signé entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal le 1er août 1995 a vocation à s'appliquer ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conditions d'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle justifie du sérieux de ses études depuis le renouvellement de son titre de séjour, qu'il n'y a ni régression ni réorientation et qu'elle a obtenu des diplômes ; le dépassement de son volume horaire s'explique par la crise covid et le manque de personnel et les besoins de la société qui l'emploie ;
- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle a fixé le centre de ses intérêts sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-sénégalaise ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,
- et les observations de Me Pitel-Marie, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 31 janvier 1992, est entrée régulièrement sur le territoire français le 16 septembre 2017, munie d'un visa D portant la mention " étudiant " et a bénéficié, à compter de cette date, d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, renouvelé jusqu'au 13 février 2024. Le 27 décembre 2023, Mme A en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 15 avril 2024, le préfet de l'Hérault a refusé sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français. Par un courrier du 18 juin 2024, le préfet a rejeté le recours gracieux formé par Mme A. Par la présente requête, celle-ci demande l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
3. L'arrêté contesté vise la convention franco-sénégalaise, et notamment ses articles 4, 9 et 13 ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 611-1-3°, rappelle le parcours universitaire de l'intéressée et indique avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de l'Hérault s'est fondé pour rejeter la demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante, présentée par Mme A. Par ailleurs, et même s'il a indiqué à tort que le précédent refus de séjour avec éloignement avait été annulé par le tribunal alors qu'il a procédé à son retrait, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen réel et complet de la situation de la requérante, qu'il a appréciée de manière suffisamment circonstanciée pour la mettre en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur de droit tenant à l'absence d'un examen sérieux de la situation de Mme A ne peuvent qu'être écartés.
4. Aux termes de l'article 9 de la convention conclue entre la France et le Sénégal le 1er août 1995 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention "étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. ".
5. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme A, le préfet de l'Hérault s'est fondé, d'une part, sur la circonstance qu'elle ne justifie pas d'une progression suffisante dans ses études ni de leur caractère sérieux, compte tenu du nombre d'années de présence en séjour pour études, et, d'autre part, sur la circonstance qu'elle a cumulé 1 004,03 heures de travail, soit un nombre dépassant la limite autorisée de 964 heures en méconnaissance de l'article R. 5221-26 du code du travail.
6. L'article 13 de la même convention franco-sénégalaise stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord (). " Aux termes de l'article R. 5221-26 du code du travail : " L'étranger titulaire du titre de séjour ou du visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois mentionné au 11° de l'article R. 5221-2 portant la mention étudiant est autorisé à exercer une activité salariée, à titre accessoire, dans la limite d'une durée annuelle de travail égale à 964 heures. ".
7. Il résulte des dispositions précitées du code du travail, applicables aux ressortissants sénégalais, en application des stipulations de l'article 13 de la convention franco-sénégalaise et de la circonstance que l'activité professionnelle accessoire exercée par l'étudiant constitue un point non traité par la convention bilatérale, que l'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " doit justifier qu'il continue à satisfaire aux conditions requises pour la délivrance de cette carte au titre desquelles figure l'exercice d'une activité salariée, à titre accessoire, d'une durée annuelle n'excédant pas 964 heures.
8. Il est constant que, pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2023, le nombre d'heures de travail effectuées par Mme A, dans le cadre de l'exercice d'une activité professionnelle salariée en qualité d'auxiliaire de vie, s'élevait à 1 004,03 heures. Ainsi, Mme A n'a pas respecté la limite de la durée annuelle de travail rappelée à l'article R. 5221-26 du code du travail, sans qu'elle puisse utilement faire valoir la circonstance que les dépassements de cette limite, déjà constatés en 2020 et 2021, s'expliquaient par la crise sanitaire. Par suite, le préfet de l'Hérault pouvait légalement lui refuser, pour ce motif, le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", alors même qu'elle poursuivait effectivement ses études à la date du refus.
9. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'au cours de ses cinq premières années d'études en France, démarrées en 2017 en master 1, Mme A n'a validé qu'un master 1 et un diplôme universitaire et qu'à l'appui de sa demande de renouvellement en 2023, elle se prévalait d'une inscription en master 2, ayant validé au cours de l'année précédente un master 1 d'une autre spécialité. Dans ces conditions, et même si, postérieurement à la décision contestée, Mme A justifie avoir validé ce master 2, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en estimant que Mme A ne justifiait pas du sérieux de ses études et d'une progression suffisante, après ses sept années d'études, le préfet aurait entaché ce motif de sa décision d'une erreur d'appréciation.
10. Dans ces conditions, et alors qu'en tout état de cause, le seul motif du non-respect de la limite de la durée annuelle de travail fixée par l'article R. 5221-26 du code du travail suffisait à justifier la décision contestée, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entaché le refus de renouvellement du titre étudiant de la requérante doit être écarté.
11. Il n'est ni établi, ni même allégué, que Mme A aurait demandé le renouvellement de sa carte de séjour mention " étudiante " avec un changement de statut " vie privée et familiale ". Il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté que le préfet aurait examiné cette possibilité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.
12. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()". Il ressort des pièces du dossier que Mme A a séjourné en France depuis septembre 2017 en qualité d'étudiante et n'avait pas vocation à s'y maintenir. Célibataire, elle ne justifie pas d'attaches personnelles ou familiales intenses sur le territoire. Dans ces conditions, et même si elle a parallèlement à ses études exercé une activité professionnelle, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et du but poursuivi par la mesure d'éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors, et en tout état de cause, être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2024 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent ainsi être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.
La rapporteure
M. Couégnat La présidente,
F. Corneloup
La greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 janvier 2025.
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026