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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2000704

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2000704

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2000704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 février, le 5 mars et le 2 juillet 2020, le 11 février et le 17 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Josselin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2019 par lequel la présidente du centre communal d'action sociale (CCAS) de Plougasnou a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire d'une durée de trois jours ;

2°) d'annuler les arrêtés du 27 janvier et du 25 février 2020 par lesquels la présidente du CCAS de Plougasnou l'a placée en disponibilité d'office à compter du 23 décembre 2019 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2020 par lequel la présidente du CCAS de Plougasnou l'a réintégrée et a prononcé son changement d'affectation ;

4°) d'enjoindre à la présidente du CCAS de Plougasnou de la réintégrer sur le poste de directrice de la résidence autonomie de Plougasnou dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge du CCAS de Plougasnou la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sur la légalité des arrêtés du 27 janvier et du 25 février 2020 :

- la décision a été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'administration n'a pas respecté les délais de saisine du comité médical et ne l'a pas informée sur ses droits à l'issue du congé de maladie ordinaire ;

- sur la légalité de l'arrêté du 7 mai 2020 :

- la décision a été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le poste n'a pas fait l'objet d'une délibération de l'organe délibérant et que la vacance du poste n'a pas fait l'objet d'une déclaration préalable ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir et constitue une sanction déguisée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 décembre 2021, le 21 avril et le 6 juillet 2022, le CCAS de Plougasnou, représenté par Me Gourvennec, demande au tribunal :

1°) de constater le non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 décembre 2019 portant exclusion temporaire d'une durée de trois jours ;

2°) de rejeter le surplus des conclusions ;

3°) de mettre à la charge de Mme A la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la décision du 10 décembre 2019 a été retirée de sorte que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision ont perdu leur objet ;

- la requête est irrecevable, dès lors que la requérante n'a pas présenté de demande indemnitaire préalable et que la requête n'est pas présentée par un ministère d'avocat ;

- les moyens invoqués sont infondés.

Les parties ont été informées, les 22 avril 2022 et 22 mai 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions nouvelles de la requérante tendant à l'annulation des arrêtés du 25 février et du 7 mai 2020 en raison du principe d'immutabilité des conclusions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dayon,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- les observations de Me Allaire, représentant Mme A, et celles de Me Moreau-Verger, représentant le CCAS de Plougasnou.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par le CCAS de Plougasnou en qualité d'attachée territoriale afin d'exercer les fonctions de directrice de la résidence autonomie de Plougasnou depuis le 13 septembre 2004. Mme A a été placée en arrêté de travail pour anxiété réactionnelle du 22 décembre 2018 au 22 décembre 2019. Par un arrêté du 10 décembre 2019, la directrice du CCAS de Plougasnou a prononcé à l'encontre de Mme A une sanction d'exclusion temporaire d'une durée de trois jours. Par un arrêté du 27 janvier 2020, Mme A a été placée à titre conservatoire en disponibilité d'office à compter du 25 janvier 2020 dans l'attente d'une décision du comité médical départemental. Par un arrêté du 25 février 2020, la présidente du CCAS de Plougasnou a placé Mme A en disponibilité d'office à titre conservatoire du 23 décembre 2019 au 25 janvier 2020. Par un arrêté du 30 avril 2020, la présidente du CCAS de Plougasnou a retiré l'arrêté du 10 décembre 2019 portant sanction disciplinaire. Par un arrêté du 7 mai 2020, Mme A a été réintégrée au sein des services du CCAS de Plougasnou en qualité de directrice adjointe de la résidence de Plougasnou à compter du 5 mars 2020. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation des arrêtés du 27 janvier, du 25 février et du 7 mai 2020.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A demande, dans sa requête introductive d'instance, l'annulation de l'arrêté du 10 décembre 2019 par lequel la directrice du CCAS de Plougasnou a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire d'une durée de trois jours. Par un arrêté du 30 avril 2020, postérieur à l'introduction du recours, la présidente du CCAS de Plougasnou a retiré cet arrêté. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les arrêtés du 25 février et du 7 mai 2020 :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

4. Lorsque le juge administratif est saisi de conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, sont irrecevables, après l'expiration du délai de recours contre cet acte, les conclusions nouvelles présentées par le requérant qui ne présentent pas le caractère de conclusions incidentes.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a demandé, dans sa requête enregistrée au greffe du tribunal le 8 février 2020, l'annulation des arrêtés du 10 décembre 2019 portant exclusion temporaire d'une durée de trois jours et du 27 janvier 2020 portant mise en disponibilité d'office à titre conservatoire à compter du 25 janvier 2020. Il ressort des pièces du dossier que ces arrêtés ont été notifiés à Mme A le 21 décembre 2019 et le 4 février 2020 avec mention des voies et délais de recours, de sorte que les délais de recours contentieux ont commencé à courir à compter de ces dates. En outre, Mme A demande, dans ses mémoires du 2 juillet 2020 et du 11 février 2022, l'annulation des arrêtés du 25 février et 7 mai 2020 par lesquels la présidente du CCAS de Plougasnou l'a placée en disponibilité d'office à titre conservatoire du 23 décembre 2019 au 25 janvier 2020 et l'a réintégrée au poste de directrice adjointe de la résidence de Plougasnou. Dès lors que l'annulation de ces arrêtés ne procèderaient pas d'une annulation par voie de conséquence des arrêtés contestés dans la requête introductive d'instance, ces demandes ne constituent pas des conclusions incidentes ou accessoires mais des conclusions nouvelles. Toutefois, les délais de recours contre les arrêtés du 10 décembre 2019 et du 27 janvier 2020 étaient expirés à la date de réception desdits mémoires. Dans ces conditions, ces conclusions ont le caractère de prétentions nouvelles tardivement présentées et sont irrecevables. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du 25 février et du 7 mai 2020 ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté du 27 janvier 2020 :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () " Aux termes de l'article 72 de la même loi dans sa rédaction applicable à l'espèce : " () / La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. () ".

7. Aux termes de l'article 38 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version applicable au litige : " La mise en disponibilité visée aux articles 17 et 37 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 modifié relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions ". Aux termes de l'article 17 dudit décret : " Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été placée en congé de maladie ordinaire du 22 décembre 2018 au 22 décembre 2019. Afin de placer son agent dans une situation régulière, la présidente du CCAS de Plougasnou a pu, par les arrêtés du 27 janvier et du 25 février 2020, prononcer la mise en disponibilité à titre conservatoire de Mme A à compter du 23 décembre 2019 dans l'attente de l'avis du comité médical. En outre, la circonstance que le CCAS de Plougasnou ne l'aurait pas informée sur ses droits à l'issue de son congé de maladie ordinaire est sans incidence sur la légalité des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés ont été rendus à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le CCAS de Plougasnou, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation des arrêtés du 25 janvier, 27 février et 7 mai 2020 par lesquels la présidente du CCAS de Plougasnou l'a placée en disponibilité d'office à compter du 23 décembre 2019 et l'a réintégrée au poste de directrice adjointe de la résidence de Plougasnou doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du CCAS de Plougasnou, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du CCAS de Plougasnou au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 10 décembre 2019.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le CCAS de Plougasnou au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre communal d'action sociale de Plougasnou.

Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

C. Dayon

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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