mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2003143 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | PELÉ ANNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2020, M. et Mme B et D C, représentés par Me Pelé, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à leur charge au titre de l'année 2017 ainsi que des pénalités dont ces droits ont été assortis ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- à titre principal, ils ont réalisé des travaux ayant le caractère de dépenses d'entretien au sens de l'article 31 du code général des impôts ;
- la surface du logement n'a pas augmenté ;
- l'application du taux de taxe sur la valeur ajoutée de 20 % par les artisans sur leurs factures est erronée ;
- les dépenses correspondant à la suppression de marches menant à la salle de bains, aux toilettes et à la salle à manger, qui visaient à satisfaire aux normes dites accessibilité handicapés et à la réglementation relative aux établissements recevant du public, sont déductibles des revenus fonciers dès lors qu'il s'agit de dépenses d'amélioration destinées à faciliter l'accueil de personnes handicapées ;
- à titre subsidiaire, les travaux litigieux ont le caractère de dépenses occasionnées par la vétusté et la force majeure conformément à l'article 1755 du code civil ; or, les dépenses occasionnées par la vétusté doivent être regardées comme des dépenses d'entretien, conformément au paragraphe 30 de l'instruction administrative référencée BOI-RFPI-BASE-20-30-20.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2020, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. et Mme C n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C ont acquis le 24 décembre 2014 une maison d'habitation située rue du Champ Thébault à Chasné-sur-Illet (Ille-et-Vilaine). Ils ont fait procéder à des travaux dans cette maison pour un montant de 113 568 euros en 2017. À l'issue d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal, l'administration fiscale a informé les intéressés, par proposition de rectification du 9 juillet 2019 selon la procédure contradictoire, de ce qu'elle envisageait de remettre en cause les charges qu'ils avaient déduites de leurs revenus fonciers au titre de l'année 2017 et de procéder à des rectifications d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de cette année. M. et Mme C ont présenté des observations le 2 août 2019 auxquelles l'administration a répondu le 24 septembre 2019. Après mise en recouvrement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, les intéressés ont formé une réclamation le 17 février 2020 qui a été rejetée par l'administration fiscale le 4 juin 2020. Par la présente requête, M. et Mme C demandent au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre de l'année 2017 et des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 31 du code général des impôts : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; () / b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement ainsi que des dépenses au titre desquelles le propriétaire bénéficie du crédit d'impôt sur le revenu prévu () à l'article 200 quater A ; / b bis) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux professionnels et commerciaux destinées à () faciliter l'accueil des handicapés, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement () ".
3. Les dépenses de travaux effectuées par un propriétaire sont déductibles si elles ne sont pas relatives à des travaux de construction, de reconstruction, ou d'agrandissement, c'est-à-dire ceux correspondant à la création de nouveaux locaux d'habitation ou ayant pour effet d'apporter une modification importante au gros œuvre de locaux d'habitation existants ou encore les travaux d'aménagement interne qui par leur importance équivalent à une reconstruction. Il résulte également de ces dispositions que sont déductibles des revenus fonciers les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux professionnels destinées à faciliter l'accueil de personnes handicapées, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement.
4. En premier lieu, M. et Mme C ne sont en tout état de cause pas fondés à soutenir que les dépenses correspondant à la suppression de marches menant à la salle de bains, aux toilettes et à la salle à manger, qui visaient, selon eux, à satisfaire aux normes dites accessibilité handicapés et à la réglementation relative aux établissements recevant du public sont déductibles de leurs revenus fonciers dès lors que l'immeuble concerné est une maison d'habitation qui ne peut être regardée comme un établissement recevant du public.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment des plans produits par l'administration fiscale que la maison dont M. et Mme C sont propriétaires a fait l'objet d'importantes transformations des volumes intérieurs. Ainsi, avant la réalisation des travaux, la maison comprenait au rez-de-chaussée une cuisine, une salle de séjour, un dégagement, deux chambres, une salle d'eau, des toilettes, une cuisine d'été et à l'étage une chambre et trois greniers. Après la réalisation de ces travaux, la maison comprend désormais au rez-de-chaussée une cuisine, un salon-séjour, deux chambres dont une avec receveur de douche et lavabo, une buanderie, une salle de douche avec des toilettes séparées et à l'étage, deux chambres dont une avec receveur de douche, un bureau, une salle de bain et des toilettes séparées. Il résulte également de l'instruction que l'escalier existant a été démoli et qu'un escalier en béton a été créé, que les ouvertures de la façade donnant sur la rue ont été remaniées, que deux lucarnes ont été créées à l'étage et que des ouvertures ont également été créées sur le mur pignon. En outre, l'analyse du cahier des clauses techniques particulières du gros œuvre et les factures de charpente, menuiserie, maçonnerie et isolation ont permis à l'administration fiscale de constater, ce qui n'est pas contesté, que des travaux de démolition de l'existant avaient été effectués et que des cloisons avaient été édifiées ce qui a affecté le gros-œuvre. M. et Mme C font néanmoins valoir que la surface habitable de la maison n'est pas passée de 113 m² à 205,5 m², ainsi que l'affirme l'administration fiscale, dès lors, d'une part, que les déclarations H1 déposées par le précédent propriétaire en 1976 et celle qu'ils ont déposée en 2017 n'ont qu'une valeur performative, et, d'autre part, que le maire de la commune atteste que la surface de la maison est la même que précédemment malgré sa division en deux logements dans les années 1970. Il résulte toutefois de l'instruction qu'une remise au rez-de-chaussée et des greniers à l'étage ont été transformés en pièces habitables à l'issue des travaux. M. et Mme C n'apportent aucun élément permettant notamment de considérer que ces greniers étaient déjà aménagés en surface habitable avant les travaux. Il suit de là que les travaux litigieux ont abouti à une augmentation de la surface habitable. Ainsi, eu égard à leur ampleur, à la restructuration des volumes intérieurs, à l'augmentation de la surface habitable ainsi qu'à la création de plusieurs ouvertures, ces opérations ont la nature de travaux de reconstruction, ou d'agrandissement, c'est-à-dire ceux correspondant à la création de nouveaux locaux d'habitation ou ayant pour effet d'apporter une modification importante au gros œuvre de locaux d'habitation existants ou encore les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à une reconstruction. La circonstance selon laquelle les artisans auraient appliqué par erreur sur leurs factures le taux normal de taxe sur la valeur ajoutée auxquels sont soumis les immeubles assimilés à des immeubles neufs et non le taux réduit auxquels sont soumis les travaux d'amélioration et d'entretien, est sans incidence à cet égard. Les requérants ne sont donc pas fondés, sur le terrain de la loi fiscale, à soutenir que les travaux litigieux ont le caractère de dépenses d'entretien au sens de l'article 31 du code général des impôts.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration ".
7. M. et Mme C soutiennent, à titre subsidiaire, que les travaux litigieux ont le caractère de dépenses occasionnées par la vétusté et la force majeure conformément à l'article 1755 du code civil selon lequel " Aucune des réparations réputées locatives n'est à la charge des locataires quand elles ne sont occasionnées que par vétusté ou force majeure " en se fondant sur l'instruction administrative référencée BOI-RFPI-BASE-20-30-20 qui précise dans son paragraphe 30 que " Les dépenses locatives ne sont pas en principe déductibles. Il existe cependant trois exceptions : les dépenses occasionnées par la vétusté ou la force majeure, les dépenses engagées en vue de faciliter la location ; les dépenses récupérables sur le locataire non récupérées ".
8. En l'espèce, les requérants n'établissent pas la vétusté alléguée des locaux rénovés en se bornant à produire l'acte notarié qui précise que l'acquéreur a souhaité que soit réalisée une recherche de présence éventuelle de mérules, que plusieurs anomalies électriques ont été constatées sur l'installation intérieure d'électricité par le diagnostic de cette installation et enfin que les installations contrôlées quant au raccordement au réseau d'assainissement n'étaient pas réalisées conformément à la législation en vigueur dès lors que deux éviers sont raccordés au réseau d'eaux pluviales. En tout état de cause, les travaux réalisés ne se bornent pas à remédier à des anomalies électriques et au raccordement de deux éviers au réseau d'assainissement et les requérants ne produisent aucun élément permettant de dissocier ces travaux. Il n'est pas davantage démontré que l'immeuble litigieux n'aurait pu être loué sans cette rénovation. Ainsi, M. et Mme C ne sont pas fondés à se prévaloir de l'interprétation administrative référencée BOI-RFPI-BASE-20-30-20.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à leur charge au titre de l'année 2017 ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. et Mme C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et D C et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
La rapporteure,
signé
L. ALe président,
signé
F. Etienvre
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026