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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104249

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104249

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGIREN-AZZIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 août 2021 et 21 août 2023, M. B A, représenté par Me Giren-Azzis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de la commune de Lorient du 26 mars 2021 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service des gonalgies dont il souffre depuis l'accident survenu le 22 octobre 2020, ainsi que de ses arrêts de travail du 23 octobre 2020 au 14 janvier 2021 et des soins de kinésithérapie du 23 octobre 2020 au 30 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Lorient, à titre principal, de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident, ainsi que des arrêts et soins postérieurs et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lorient la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la commission de réforme ne comprenait pas de médecin spécialiste de sa symptomatologie, notamment un rhumatologue, un radiologue ou un orthopédiste ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022, la commune de Lorient, représentée par Me Éveno, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thielen,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Giren-Azzis, représentant M. A et de Me Éveno, représentant la commune de Lorient.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent titulaire dans le cadre d'emplois des éducateurs territoriaux des activités physiques et sportives, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du maire de la commune de Lorient du 26 mars 2021 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service des gonalgies droites dont il souffre depuis l'accident survenu le 22 octobre 2020, ainsi que de ses arrêts de travail du 23 octobre 2020 au 14 janvier 2021 et des soins de kinésithérapie du 23 octobre 2020 au 30 avril 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II. - Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ".

3. Aux termes de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° À des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales ".

4. Il résulte de ces dispositions que le droit pour un fonctionnaire de conserver l'intégralité de son traitement et de bénéficier du remboursement des honoraires et frais médicaux exposés est soumis à la condition que l'affection, la pathologie ou la symptomatologie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions. Constitue un accident de service un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

5. M. A a été victime d'un accident de trajet, le 30 août 2011, reconnu imputable au service, qui a entraîné, ainsi que l'arthroscanner réalisé en mars 2012 l'a révélé, une tendinopathie rotulienne chronique du genou droit ainsi qu'une chondropathie débutante fémoro-patellaire et une chondropathie trochléo-patellaire avec ulcération cartilagineuse du versant interne de la patella et de la trochlée, davantage marquée au niveau de la trochlée mais sans atteinte dans l'os sous-chondral. La radiographie réalisée le 15 février 2012 avait quant à elle révélé une dysplasie trochléenne bilatérale modérée associée à une enthésiopathie calcifiante du tendon quadricipital. M. A a subi, en juin 2016, un lavage arthroscopique avec débridement, qui a mis en évidence une lésion centrale trochléenne profonde de la rotule droite présentant les caractéristiques d'une lésion traumatique. Cette intervention chirurgicale a permis une amélioration générale de son état de santé, qui a été déclaré consolidé au 12 juin 2017 tout en restant marqué par l'apparition épisodique de douleurs mécaniques.

6. Le 22 octobre 2020 à 10 h 15, alors qu'il était sur son lieu de travail au centre aquatique de Moustoir, M. A a, en descendant les escaliers du local de surveillance, fait un faux-pas, a glissé et s'est réceptionné sur la deuxième marche, ce qui lui a causé une douleur à la pointe de la patella du genou droit avec une rupture de la corticale de la pointe de la patella et un aspect hétérogène du tendon patellaire à son insertion haute témoignant d'une petite lésion d'arrachement. L'intéressé a été placé en arrêt de travail jusqu'au 14 janvier 2021 et a bénéficié de séances de kinésithérapie jusqu'au 30 avril 2021.

7. Pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service des gonalgies droites survenues en suite de l'accident du 22 octobre 2020 et des soins de kinésithérapie associés, la commune de Lorient s'est appropriée l'avis de la commission départementale de réforme du 25 février 2021, qui a estimé que les lésions en cause relevaient d'une pathologie évoluant pour son propre compte. Le médecin agréé avait quant à lui relevé, au terme de son expertise du 12 janvier 2021, l'existence d'une dysplasie fémoro-patellaire de type 2 de DEJOUR, et conclu que " la dernière lésion est la conséquence de la dysplasie fémoro-patellaire : il s'agit d'une manifestation brutale de celle-ci dans le cadre d'un accident d'instabilité. L'accident du 22 octobre 2020 relève de l'état antérieur et non pas de la pathologie post-traumatique du [30] août 2011 ".

8. Pour autant, la seule circonstance que les lésions constatées après l'accident du 22 octobre 2020 ne constituent pas une récidive de la pathologie post-traumatique du 30 août 2011 ne suffit pas à exclure leur imputabilité au service. S'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A présentait, avant les accidents du 30 août 2011 et du 22 octobre 2020, une dysplasie fémoro-patellaire de type 2 de DEJOUR, le médecin agréé, spécialiste en chirurgie orthopédique, auquel l'intéressé a demandé de réaliser une contre-expertise, a relevé, dans son rapport du 10 septembre 2021, qu'il n'a jamais présenté de gonalgie gauche, ce genou n'ayant, précisément, jamais été traumatisé, alors même que l'anomalie morphologique congénitale de la forme de la rotule ou de la trochlée dont il souffre est bilatérale.

9. S'il ressort ainsi des pièces du dossier, ainsi que le relève le second médecin agréé, que tant l'accident du 30 août 2011 que celui du 22 octobre 2020 ont décompensé cet état pathologique préexistant, les gonalgies droites survenues après le 22 octobre 2020 et les soins associés présentent toutefois un lien suffisamment direct et certain avec le service pour que l'imputabilité soit reconnue.

10. Dans ces circonstances, et dès lors qu'il n'est pas contesté que l'accident du 22 octobre 2020 est survenu dans le temps et sur le lieu du service, dans l'exercice par M. A de ses fonctions, et qu'il n'est pas davantage allégué que l'accident procéderait d'une faute personnelle de l'intéressé, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 26 mars 2021 est entaché d'erreur d'appréciation doit être accueilli.

11. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du maire de la commune de Lorient du 26 mars 2021 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service des gonalgies droites dont M. A souffre depuis l'accident survenu le 22 octobre 2020, ainsi que de ses arrêts de travail du 23 octobre 2020 au 14 janvier 2021 et des soins de kinésithérapie du 23 octobre 2020 au 30 avril 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Lorient de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident subi par M. A le 22 octobre 2020 et des gonalgies apparues en suite de cet accident, et de régulariser sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Lorient une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Lorient au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Lorient du 26 mars 2021 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service des gonalgies droites dont M. A souffre depuis l'accident survenu le 22 octobre 2020, ainsi que de ses arrêts de travail du 23 octobre 2020 au 14 janvier 2021 et des soins de kinésithérapie du 23 octobre 2020 au 30 avril 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Lorient de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident subi par M. A le 22 octobre 2020 et des gonalgies apparues en suite de cet accident, et de régulariser sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Lorient versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Lorient au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Lorient.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Thielen, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

O. Thielen

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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