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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205712

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205712

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2022, M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2022 par lequel le préfet du Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

M. B soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas justifiée ;

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors que désormais il travaille ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est, selon ses déclarations, un ressortissant marocain né en 1992 et serait entré en France en 2018, muni d'un visa valable du 22 janvier 2018 au 8 mars 2018. Il s'est maintenu sur le territoire français postérieurement à l'expiration de son visa et n'a pas entrepris de démarches afin de régulariser sa situation administrative. M. B a fait l'objet, le 19 juillet 2022, d'un arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis portant obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire et assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans, auquel il ne s'est pas conformé. Il a été interpelé, le 12 novembre 2022 par les services de la gendarmerie dans le département du Cher, dans le cadre d'un contrôle d'identité. Il a été placé en retenue administrative et, au regard des éléments collectés à cette occasion, le préfet du Cher a décidé, par l'arrêté attaqué du 12 novembre 2022, de l'obliger à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, de fixer le pays dont l'intéressé à la nationalité comme pays de renvoi, et de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". Aux termes de l'article L. 612-6 de ce même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour / . Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

3. En premier lieu, par un arrêté du 23 août 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial du département du Cher, du même jour, le préfet du Cher a donné délégation à M. Carl Accetone, secrétaire général de la préfecture de ce département, à l'effet de signer notamment, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Cher à l'exception de décisions au nombre desquelles ne figurent pas celles comprises dans l'arrêté attaqué. L'article 2 de cet arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. G, cette délégation de signature est exercée par Mme A F, sous-préfète, directrice de cabinet, ou en son absence, par Mme E H, sous-préfète de Saint-Amand-Montrond, qui est la signataire de l'arrêté attaquée. M. B n'établissant ni même ne soutenant que M. G et Mme F n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de l'incompétence de sa signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet du Cher a décidé d'obliger M. B à quitter le territoire français, de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire et de lui interdire le retour sur le territoire français. Par contre, il n'indique pas la base légale et les motifs de fait sur lesquels le préfet du Cher s'est fondé pour fixer à trois ans la durée de l'interdiction de retour, ni suffisamment les motifs l'ayant conduit à fixer le pays de renvoi. Par suite, M. B est fondé pour ce motif à obtenir l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

6. Si M. B fait valoir qu'il souffre d'une pathologie rénale depuis plusieurs années, il ne justifie ni de la gravité de cette pathologie, ni au demeurant de sa réalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

7. En quatrième lieu, le préfet du Cher a estimé que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public au sens du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avoir relevé qu'il figure au fichier de traitement des antécédents judiciaires pour avoir été interpellé et entendu, le 19 juillet 2021, pour des faits, commis le même jour, de violation de domicile et de dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui causant un dommage léger, ainsi que pour des faits, commis le 9 juillet 2021, de vente à la sauvette, offre vente ou exposition en vue de la vente de biens dans un lieu public sans autorisation ou déclaration régulière, et, le 28 juin 2022, pour des faits commis le même jour de vol simple et d'usage illicite de stupéfiants. En se bornant à faire valoir que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'il aurait désormais un travail, tout en admettant implicitement avoir commis les faits récents relevés par l'autorité administrative, M. B ne conteste pas valablement le bien-fondé de ce motif et n'établit pas que le préfet du Cher aurait fait une inexacte application des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, la décision portant obligation de quitter le territoire est également fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont M. B ne conteste pas l'application.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant. S'il est présent en France depuis le premier trimestre de l'année 2018, il s'est maintenu sur le territoire français postérieurement à l'expiration de son visa, sans chercher à régulariser sa situation administrative, ainsi que postérieurement à l'arrêté du 19 juillet 2022, par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a déjà obligé à quitter le territoire français. Il déclare certes vivre, depuis son arrivée en France, chez l'une de ses sœurs à Villetaneuse en Seine-Saint-Denis, mais n'établit pas être dépourvu de famille au Maroc où il a d'ailleurs admis que vivent ses parents ainsi que son autre sœur. S'il soutient travailler, en tant que stagiaire, pour une entreprise de pose de fibre optique, il ne l'établit pas et a d'ailleurs déclaré ne pas avoir de revenus lors de son audition par les forces de gendarmerie le 12 novembre 2022. Inscrit au fichier de traitement des antécédents judiciaires, il ne justifie pas d'une insertion sociale réussie en France. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet du Cher a pu, sans porter une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale, décider de l'obliger à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est uniquement fondé à obtenir l'annulation de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et de la décision fixant le pays de renvoi.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté attaqué du 12 novembre 2022 est annulé en tant qu'il interdit à M. B le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans et fixe le pays de renvoi.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Cher.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.

Le rapporteur,

signé

E. DLe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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