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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205913

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205913

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantLE BIHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a édicté à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour :

- le préfet devra justifier que le signataire bénéficiait d'une délégation régulière ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- les décisions portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte-tenu de son état de santé ;

- la décision de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire est illégale en l'absence de risque de fuite ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en édictant une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

S'agissant de l'arrêté d'assignation à résidence :

- le préfet devra justifier que le signataire de la décision bénéficiait d'une délégation régulière ;

- la décision devra être annulée par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Le Bihan, représentant M. A,

- et les explications de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour :

2. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 25 juillet 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet des Côtes-d'Armor a donné délégation à M. David Cochu, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas la décision contenue dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, en mentionnant que M. A, ressortissant ivoirien né en 1983, ne produisait aucun élément de nature à ce qu'il puisse être considéré que son éloignement porterait une atteinte grave à sa santé et qu'en conséquence il devrait faire l'objet d'une prise en charge médicale, en indiquant que celui-ci ne justifiait pas de l'ancienneté de ses liens avec la France et ne démontrait pas avoir des liens personnels et familiaux en France, le préfet a satisfait aux exigences de motivation s'agissant, en particulier, de l'absence d'atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées souffrent d'un défaut d'examen.

4. En troisième lieu, M. A soutient que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, les différents documents produits à l'audience ne permettent de justifier, en tout état de cause, d'une présence en France que depuis 2021. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, compte-tenu notamment des conditions pour l'essentiel irrégulières dans lesquelles M. A, âgé de 39 ans, célibataire et sans enfant, a séjourné en France, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors même que la mère, une sœur et un frère du requérant résideraient en France et les deux premières auraient la nationalité française.

5. En quatrième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle du requérant alors même que celui-ci a une prothèse à la jambe gauche en raison d'une malformation congénitale.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

7. Si M. A invoque le port d'une prothèse en raison d'une malformation congénitale de la jambe gauche, il ne produit cependant aucun élément permettant d'établir que cet état nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration en 2010 de son titre de séjour. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardé comme établi.

10. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".

11. En se bornant à indiquer qu'en édictant une interdiction de retour d'un an, le préfet des Côtes-d'Armor a commis une erreur d'appréciation et méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A n'assortit pas ses moyens des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

12. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 1.

13. En second lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est dépourvue de fondement légal et à en demander l'annulation par voie de conséquence.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement au conseil de M. A d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Côtes-d'Armor.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

F. BLa greffière d'audience,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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