lundi 11 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2304787 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2023, M. H D F, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé de le maintenir en rétention administrative le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).
Il soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande d'asile n'a pas été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;
- il est également entaché d'un défaut d'appréciation dès lors qu'il dispose d'un hébergement stable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D F n'est fondé.
Vu :
- la preuve de la notification à M. D F, le 6 septembre 2023 à 17 h 00 de la décision d'irrecevabilité du 6 septembre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, notamment son article 19-1 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes,
- les observations de Me Oueslati, avocate commis d'office, représentant M. D F, qui développe les moyens de la requête et demande en outre de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- et les explications de M. D F.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D F, né en mai 1996 et de nationalité brésilienne a été condamné le 26 septembre 2019 par le tribunal judiciaire de Bobigny à un emprisonnement délictuel de dix-huit mois à titre de peine principale et à une interdiction du territoire français d'une durée de dix ans à titre de peine complémentaire pour les faits de transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiant, acquisition non autorisée de stupéfiants, importation non autorisée de stupéfiant - trafic, détention de marchandise dangereuse pour la santé publique sans document justificatif régulier : fait réputé importation en contrebande, transport de marchandise dangereuse pour la santé publique sans document justificatif régulier : fait réputé importation en contrebande. Il s'est vu notifier, le 2 janvier 2023, un arrêté du préfet de Maine-et-Loire fixant le Brésil comme pays de destination de cette mesure d'interdiction du territoire et d'éloignement. Il a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, par arrêté préfectoral du même jour, prolongé pour la même durée par arrêté préfectoral du 6 février suivant. Il a ensuite été assigné à résidence pour une durée de quatre mois, par arrêté ministériel du 22 mars 2023, puis de nouveau pour une durée de quatre mois. L'intéressé n'a pas respecté ses obligations de pointage et ne s'est pas présenté aux rendez-vous qui avaient été réservés à son intention pour réaliser un test Covid 19 PCR, condition de son embarquement sur les vols à destination de Rio de Janeiro, réservés pour le 24 mars 2023 à 10 h 40, puis le 5 mai 2023 à 13 h 15. Il a été placé en rétention par arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 11 mai 2023, prolongée par ordonnance du juge des libertés et de la détention près le tribunal judiciaire de Rennes du 13 mai 2023, pour une durée de vingt-huit jours, infirmée par ordonnance du premier président de la cour d'appel de Rennes du 16 mai 2023. L'intéressé a par ailleurs fait l'objet de quatre signalements au titre de l'article L. 824-9 auprès du procureur de la république d'Angers dont le dernier, le 17 mai 2023 pour signalement sur l'éventuel mariage prévu le 27 mai 2023. Le 16 juin 2023, une décision d'opposition à mariage entre M. D F et Mme G C qui serait enceinte de ses œuvres a été édictée par le procureur de la République près du tribunal judiciaire d'Angers. L'intéressé a de nouveau été placé en rétention administrative par arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 8 août 2023, prolongée par ordonnance du juge des libertés et de la détention près le tribunal judiciaire de Rennes du 10 août 2023, pour une durée de vingt-huit jours, confirmée par ordonnance du premier président de la cour d'appel de Rennes du 12 août 2023. Enfin, une nouvelle demande de routing a été effectuée par la préfecture de Maine-et-Loire et un nouveau vol a été réservé à l'intention de l'intéressé à destination du Brésil pour le 6 septembre 2023 à 13 h 15. M. D F a alors déposé une demande d'asile le 5 septembre 2023, soit la veille de ce routing et plus de 5 jours après la date du placement en rétention dont il fait l'objet et sans pouvoir invoquer de circonstances nouvelles. Par l'arrêté attaqué, édicté le 5 septembre 2023 le préfet de Maine-et-Loire a décidé de le maintenir en rétention pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile.
2. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". Aux termes de l'article L. 754-3 de ce code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercée sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 754-4 du même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. () ".
3. En premier lieu, par un arrêté du 22 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire le même jour, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à M. B, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, et en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à M. A E, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, dans les limites des attributions de son bureau, toutes décisions pour toutes les matières à l'exception des circulaires aux maires et des correspondances avec les ministres, les parlementaires, le président du conseil régional, les conseillers régionaux, le président du conseil départemental, les conseillers départementaux, les chef de services régionaux, toutes les décisions d'éloignement des étrangers et toutes celles relatives à leur mise en œuvre, au nombre desquelles figurent nécessairement celles portant maintien en rétention. L'absence ou l'empêchement de M. B n'étant pas contestés, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté arrêté énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment les motifs pour lesquels le préfet a considéré que sa demande d'asile était dilatoire, et satisfait dès lors à l'obligation de motivation.
5. En troisième lieu, si M. D F soutient que sa demande d'asile, déposée postérieurement à son placement en rétention administrative, n'a pas pour seul but de faire échec à l'exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire du 7 janvier 2023, il ressort des pièces du dossier que depuis son entrée en France en 2018, il n'a pas sollicité l'asile, même après sa levée d'écrou en 2021 avant son placement en rétention administrative, alors qu'il aurait pu en avoir l'occasion, ayant été au préalable placé en détention à compter de 2018. S'il allègue que ses craintes pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine sont réelles, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, ses explications données en audience sur les menaces qu'il aurait reçues de la part de trafiquants de drogue se sont révélées confuses et peu circonstanciées. Enfin, comme rappelé au point 1, l'intéressé n'a pas respecté ses obligations de pointage et ne s'est pas présenté aux rendez-vous qui avaient été réservés à son intention pour réaliser un test Covid 19 PCR, condition de son embarquement sur les vols à destination de Rio de Janeiro, réservés pour le 24 mars 2023 à 10 h 40, puis le 5 mai 2023 à 13 h 15, alors qu'il avait notamment exprimé son refus de quitter le territoire français au cours de ses deux auditions des 11 mai et 8 août 2023 par les services de police du commissariat de Cholet. Dans ces conditions, alors que M. D F n'a ainsi déposé sa demande d'asile que le 5 septembre 2023, soit la veille d'un vol réservé à son intention à destination du Brésil et plus de 5 jours après la date du placement en rétention dont il fait l'objet le préfet de Maine-et-Loire a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 754-3 du code l'entrée de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 2 et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en regardant la demande d'asile de M. D F comme ayant été formée dans le seul but de faire échec à l'exécution en de la mesure d'éloignement.
6. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il présenterait des garanties suffisantes de représentation à l'appui de la contestation de la mesure de maintien en rétention dès lors qu'il ressort des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le maintien en rétention administrative n'est pas conditionné par l'absence de garanties de représentation suffisantes mais est prononcé lorsque l'étranger placé en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen, qui n'est pas opérant, doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D F ne peuvent qu'être rejetées.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D F doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre doivent dès lors être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H D F et au préfet de Maine-et-Loire.
Lu en audience publique le 11 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026