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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305888

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305888

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 octobre et le 3 novembre 2023, M. A B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Semino, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé son interdiction de retour pour une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté du 29 octobre 2023 :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;

- est entaché d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen ;

- méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet n'a pas suffisamment étayé la nature de la menace à l'ordre public qu'il représenterait ;

- méconnaît l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le décret n°87-249 du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Me Semino, commis d'office, bénéfice de la rétribution mentionnée à l'article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, au titre de l'aide juridictionnelle.

Vu :

- l'ordonnance du 1er novembre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- le jugement n°2302086 du tribunal administratif d'Amiens du 29 juin 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991, notamment son article 19-1 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bozzi, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bozzi,

- les observations de M. Semino, avocat commis d'office représentant M. B, qui s'en rapporte à ses écritures et souligne l'incompétence du signataire de la décision au regard du contenu de sa délégation et du fait que cette compétence ne s'exerce que lors des permanences du corps préfectoral, le vice de procédure entachant la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales, que la décision d'éloignement ne fixait pas de délai de départ et qu'ainsi le préfet ne pouvait prolonger la durée de l'interdiction de retour, que le préfet ne s'est pas prononcé sur l'existence de circonstances humanitaires,

- les déclarations de M. B, en réponse aux questions du magistrat concernant les condamnations mentionnées dans la décision en litige, qu'il reconnaît dans leur ensemble, faisant néanmoins valoir qu'il était isolé et qu'il a sombré dans l'alcoolisme.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant rwandais est entré irrégulièrement en France en 2002 selon ses déclarations. Par un arrêté en date du 16 juillet 2019, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. M. B s'est toutefois maintenu sur le territoire français. Le préfet de la Somme, par un arrêté en date du 23 juin 2023, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour pour une durée de trois années. Par un arrêté du 29 octobre 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime, a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. Aurélien Diouf, secrétaire général adjoint de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet notamment de signer pendant les services de permanence du corps préfectoral, dont les jours de fermeture de la préfecture, les décisions prises en application des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le champ d'application desquels entre la décision en litige. Il était donc compétent pour signer l'arrêté attaqué pris le dimanche 29 octobre 2023. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, lors de son audition par les services du commissariat du Havre du 29 octobre 2023, l'intéressé a été entendu concernant sa situation administrative et a explicitement indiqué avoir fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement et ne pas vouloir s'y conformer. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant ainsi été mis à même de faire valoir ses observations sur la décision susceptible d'être prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En vue de l'identification d'un étranger qui n'a pas justifié des pièces ou documents mentionnés à l'article L. 812-1 ou qui n'a pas présenté à l'autorité administrative compétente les documents de voyage permettant l'exécution d'une décision de refus d'entrée en France, d'une interdiction administrative du territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une mesure de reconduite à la frontière, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français ou d'une peine d'interdiction du territoire français ou qui, à défaut de ceux-ci, n'a pas communiqué les renseignements permettant cette exécution, les données des traitements automatisés des empreintes digitales mis en œuvre par le ministère de l'intérieur peuvent être consultées par les agents expressément habilités des services de ce ministère dans les conditions prévues par le règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données et par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés.".

5. Aux termes de l'article 4 du décret n°87-249 du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), " Les traces d'empreintes enregistrées sont accompagnées des informations suivantes : / 1° Le lieu sur lequel elles ont été relevées, ainsi que la date du relevé ; / 2° Le service ayant procédé au relevé des traces ; / 3° La date et le lieu d'établissement de la fiche supportant la reproduction des traces papillaires ; / 4° La nature de l'affaire et la référence de la procédure ; / 5° L'origine de l'information et la date de son enregistrement dans le traitement. ". Aux termes de l'article 8 de ce décret du 8 avril 1987, les agents désignés peuvent accéder au fichier : " 3° Pour procéder aux opérations d'identification à la demande des officiers de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale en vertu des dispositions des articles L. 611-1-1, L. 611-3 et L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour caractériser la menace à l'ordre public que représentent les agissements de M. B, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur des éléments tirés d'une fiche pénale établie par l'administration pénitentiaire concernant l'intéressé, alors en détention, ainsi que du Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED).

7. D'une part, le requérant ne conteste pas la régularité de la mention dans l'arrêté attaqué des informations issues de la fiche pénale relatant le jugement du tribunal correctionnel d'Amiens du 22 mai 2023. D'autre part, dès lors que le 3° de l'article 8 du décret du 8 avril 1987 prévoit la possibilité pour les fonctionnaires individuellement désignés et habilités d'avoir accès au traitement automatisé des empreintes digitales et palmaires (FAED) au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, le moyen tiré de ce que les mentions inscrites dans ce fichier, qui concourent à l'identification des individus, ne pouvaient être utilisées pour fonder la décision en litige doit être écarté.

8. En tout état de cause, la décision de prolongation en litige du 29 octobre 2023 se borne à citer pour l'essentiel les condamnations précédemment relevées dans les motifs de la décision d'éloignement du 23 juin 2023 et dont le requérant n'avait contesté ni le nombre ni la nature au cours de l'instance tendant à l'annulation de cette décision, confirmée par un jugement n°2302086 du tribunal administratif d'Amiens du 29 juin 2023. M. B reconnaît au demeurant à l'audience comme dans sa requête introductive avoir été condamné à plusieurs reprises, de même qu'il indique lors de son audition le 29 octobre 2023 avoir été incarcéré au centre de détention de Gainneville pour des faits de vol et violences, bien qu'il assure ne plus se rendre coupable de tels agissements, " depuis plus d'un an ". Le préfet était ainsi en droit de mentionner dans sa décision l'ensemble des condamnations prononcées à l'encontre de M. B.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visé dans la décision attaquée : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Enfin, selon l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; (). Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ".

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

12. Contrairement aux affirmations du requérant, il ressort des motifs de la décision du 23 juin 2023 confirmé par le jugement susmentionné du 29 juin 2023 du tribunal administratif d'Amiens, que le préfet de la Somme, après avoir mentionné l'ensemble des condamnations dont a fait l'objet M. B ainsi que la décision d'obligation de quitter le territoire en date du 16 juillet 2019 et le rejet de sa demande d'asile confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 24 mai 2023, a cité les articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs au délai de départ assortissant l'obligation de quitter le territoire.

13. Or, en se référant aux condamnations pénales prononcées à l'encontre de l'intéressé ainsi qu'à une précédente décision d'éloignement du 16 juillet 2019, le préfet a implicitement mais nécessairement entendu refuser un délai de départ à M. B et ce dernier doit dès lors être regardé comme s'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai. Le préfet de la Seine-Maritime n'a ainsi commis aucune erreur de droit en fondant sa décision attaquée du 29 octobre 2023 sur les dispositions de l'article L. 612-11 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Par ailleurs, le préfet fait valoir sans être sérieusement contesté que M. B a été écroué à la maison d'arrêt d'Amiens le 22 mai 2023, suite à sa condamnation par jugement rendu le même jour par le tribunal judiciaire d'Amiens, à une peine d'emprisonnement de six mois dont quatre mois avec sursis, pour des faits de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'une personne exerçant une activité privée de sécurité et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique.

15. Auparavant, M. B a été condamné, par un jugement rendu le 28 février 2011 par le tribunal correctionnel du Havre à une peine d'emprisonnement de trois mois, pour des faits de vol en récidive. Il a ensuite été condamné, par jugement rendu le 27 mai 2011 par le tribunal correctionnel du Havre, à une peine d'emprisonnement d'un an dont six mois avec sursis, pour des faits de vol en récidive, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, sursis révoqué à deux reprises par le juge d'application des peines près le tribunal judiciaire d'Amiens.

16. Par jugement rendu le 2 septembre 2011 par le tribunal correction du Havre, il a été condamné à une peine d'emprisonnement de quatre mois, pour des faits de recel de bien provenant d'un vol en récidive.

17. L'intéressé a été condamné par jugement rendu le 31 décembre 2012 par le tribunal correctionnel du Havre, à une peine d'emprisonnement de deux ans pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en récidive.

18. Le 2 janvier 2013, il a été condamné par le tribunal correctionnel du Havre à une peine d'emprisonnement de deux mois, pour des faits de vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail en récidive.

19. Par la suite, il a été condamné, par jugement rendu le 20 octobre 2014 par le tribunal correctionnel du Havre à une peine d'emprisonnement d'un an et deux mois, dont quatre mois avec sursis, pour des faits de violence dans un accès à un moyen de transport collectif de voyageurs suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en récidive et dégradation ou détérioration de bien destiné à l'utilité ou à la décoration publique, son sursis a ensuite été révoqué par le juge d'application des peines près le tribunal judiciaire d'Amiens.

20. Le 25 août 2015, le tribunal correctionnel du Havre l'a condamné à une peine d'emprisonnement de quatre mois, pour des faits de vol en récidive.

21. Le 27 janvier 2016, la cour d'appel de Rouen l'a condamné à une peine d'emprisonnement de six mois, pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique en récidive et rébellion, le 27 janvier 2016, puis à une peine d'emprisonnement de six mois, le 18 mai 2016, pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique en récidive et menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique en récidive.

22. M. B a ensuite été condamné, par jugement rendu le 26 septembre 2016 par le tribunal correctionnel du Havre à une peine d'emprisonnement de trois ans, pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en récidive et violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité suivie d'incapacité supérieure à huit jours.

23. Le tribunal correctionnel du Havre l'a également condamné à une peine d'emprisonnement de trois mois, le 20 octobre 2016, pour des faits d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, puis à une peine d'emprisonnement de quatre mois, le 9 mars 2017, pour des faits d'outrage à un agent d'un exploitant de réseau de transport public de personnes ou habilité à constater les infractions à la police ou à la sûreté du transport en récidive.

24. L'intéressé a en outre a été condamné, par la cour d'appel de Rouen, le 4 septembre 2017, à une peine d'emprisonnement d'un mois, pour des faits d'outrage en réunion à un agent d'un exploitant de réseau de transport public de personnes ou habilité à constater les infractions à la police ou à la sûreté du transport en récidive.

25. Il a été condamné, par le tribunal correctionnel de Laon, le 17 mai 2018, à quatre mois d'emprisonnement, pour des faits d'outrage par parole, écrit, image à magistrat ou juré dans l'exercice de ses fonctions, puis par le tribunal correctionnel d'Amiens, le 4 octobre 2019, à trois mois d'emprisonnement, pour des faits de violence par une personne en état d'ivresse manifeste sans incapacité en récidive.

26. Il a été condamné, par la cour d'appel d'Amiens, le 25 janvier 2021, à deux ans d'emprisonnement, pour des faits de vol, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, tentative d'extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien, violence sur une personne chargée d'une mission de service public sans incapacité en récidive, menace ou acte d'intimidation pour déterminer une victime à ne pas porter plainte ou à se rétracter, menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un chargé de mission de service public, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, outrage à une personne chargée d'une mission de service public et menace de mort réitérée.

27. Le 28 mars 2022, il a été condamné par la cour d'appel de Rouen à une peine d'emprisonnement de sept mois, pour des faits d'extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien en récidive et menace ou acte d'intimidation pour déterminer une victime à ne pas porter plainte ou à se rétracter.

28. Le 27 avril 2022, il a été condamné au paiement d'une amende de 300 euros pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, par le tribunal judiciaire d'Amiens.

29. Il résulte de ces multiples condamnations judiciaires que l'intéressé multirécidiviste représente une menace grave pour l'ordre public.

30. En outre, la soustraction à l'exécution d'une obligation de quitter sans délai le territoire français du 23 juin 2023 dont il fait l'objet, confirmée par un jugement du tribunal administratif d'Amiens du 29 juin 2023, justifie que le préfet prononce une prolongation de l'interdiction de retour à l'encontre de M. B sur le fondement des dispositions susvisées des articles L. 612-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

31. Par ailleurs, le requérant, en se bornant à soutenir sans le démontrer qu'il est arrivé en France à l'âge de neuf ans et qu'il a toujours résidé en France, ne justifie d'aucune insertion professionnelle et n'établit pas avoir des liens avec les membres de sa famille résidant sur le territoire français, alors qu'il est célibataire et sans enfant. Le préfet de la Seine-Maritime n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

32. S'agissant de la durée de cette prolongation, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a pu prolonger cette interdiction de retour pour une durée supplémentaire de deux ans, cette durée ne présentant pas le caractère disproportionné invoqué compte tenu d'une précédente mesure d'éloignement dont M. B a fait l'objet, de la menace grave à l'ordre public qu'il représente et de l'absence de liens particuliers sur le territoire français.

33. Enfin, si M. B soutient que le préfet aurait dû rechercher si des circonstances humanitaires s'opposaient à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des déclarations de l'intéressé lors de son audition par la police, qu'il aurait invoqué des circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées dont le préfet aurait dû tenir compte avant de prendre sa décision.

34. L'arrêté du 29 octobre 2023 n'est ainsi entaché d'aucune erreur de droit ou manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées.

35. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux années.

Sur les frais de justice :

36. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État la somme réclamée par M. B au titre de ces dispositions, le requérant étant la partie perdante dans le présent litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 3 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. Bozzi

La greffière,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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