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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2307024

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2307024

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2307024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 décembre 2023 et 11 janvier 2024, le préfet du Finistère demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de Mme B A du logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) Kejadenn situé cité des Primevères à Briec de l'Odet (29510) ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA Kejadenn, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A, à défaut pour elle de les avoir emportés.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile donnent compétence au juge des référés du tribunal administratif pour prononcer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, et sur sa saisine, une injonction de quitter les lieux à l'encontre de l'occupant irrégulier d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies, dès lors que le maintien, sans titre, de Mme A dans le logement qu'elle occupe fait obstacle à l'hébergement et l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile : 92 familles de demandeurs d'asile sont en attente d'une place d'hébergement dans le département du Finistère au 31 octobre 2023 ;

- l'injonction sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que Mme A se maintient illégalement dans ce logement, malgré le rejet de sa demande d'asile par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 août 2023, pour irrecevabilité du fait de sa protection effective dans un autre État, et en dépit d'une notification de sortie du 3 octobre 2023, remise en mains propres le 16 courant et fixée au lendemain, ainsi que d'une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours du 7 novembre 2023, notifiée le 16 courant et restée infructueuse ;

- la procédure mise en œuvre est régulière, dès lors que Mme A a été informée de la fin de sa prise en charge et de ce qu'elle devait quitter les lieux ; le délai mis à saisir le juge des référés s'explique par sa volonté de permettre à l'intéressée de quitter volontairement les lieux, en prenant les dispositions qui s'imposaient.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, Mme A, représentée par Me Gonidec, conclut à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire, au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'État de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle fait valoir que :

- la procédure est entachée d'irrégularité : elle n'a pas été régulièrement informée des conditions de sortie de son hébergement par le gestionnaire de la structure d'accueil ; le courrier de sortie lui a été notifié le 16 octobre 2023, pour une date de sortie fixée au lendemain, ce qui ne constitue pas un délai raisonnable ;

- eu égard à son extrême vulnérabilité et aux conditions climatiques prévalant, les conditions tenant à l'urgence et à l'absence de contestation sérieuse ne sont pas satisfaites ; elle vit seule avec son fils, âgé de 18 mois ; son recours devant la CNDA est pendant ; elle remplit les conditions pour bénéficier d'un hébergement d'urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thielen a été entendu au cours de l'audience publique du 11 janvier 2024.

Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".

2. Mme A ne justifiant pas avoir déposé une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre État européen ". Aux termes de son article L. 551-11 : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de son article L. 542-1 : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de son article L. 542-2 : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; / () ". Aux termes de son article L. 531-32 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un État membre de l'Union européenne ; / 2° Lorsque le demandeur bénéficie du statut de réfugié et d'une protection effective dans un État tiers et y est effectivement réadmissible ; / () / ". Aux termes de son article L. 552-15 : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

5. Aux termes de l'article R. 552-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement ". Aux termes de son article R. 552-12 : " Dès que l'information prévue à l'article R. 552-11 lui est parvenue, le gestionnaire du lieu d'hébergement communique à la personne hébergée la date à laquelle elle doit en sortir ". Aux termes de son article R. 552-15 : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; / () Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".

6. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

7. Mme A, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née le 17 novembre 1993, est entrée en France 3 juin 2022. Elle a demandé son admission au séjour au titre de l'asile et a bénéficié, dans ce cadre, d'un logement au sein d'un CADA, effectif à compter du 3 mai 2023. Sa demande d'asile a été rejetée pour irrecevabilité par décision de l'OFPRA du 8 août 2023, motif pris de ce qu'elle bénéficie d'une protection effective dans un autre État.

8. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a informé Mme A, par courriers du 3 octobre 2023 remis en mains propres le 16 courant, de ce qu'elle devait libérer le logement occupé le lendemain et de ce qu'elle pouvait bénéficier de l'aide au retour. L'intéressée n'ayant pas sollicité cette aide et se maintenant dans ledit logement, le préfet du Finistère l'a mise en demeure, par courrier du 7 novembre 2023, notifié le 13 courant, de quitter et libérer son logement dans un délai de quinze jours. Cette mise en demeure étant restée infructueuse, le préfet du Finistère demande, par la présente requête et sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, son expulsion du logement qu'elle occupe au sein du CADA Kejadenn, situé cité des Primevères à Briec de l'Odet (29510).

9. D'une part, Mme A fait valoir que la procédure est irrégulière aux motifs que ne lui ont pas été notifiées les informations relatives aux conditions de sortie de son hébergement et qu'un délai d'un jour seulement, non raisonnable, lui a été laissé pour quitter les lieux. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme A a été informée, par courrier du 3 octobre 2023, qui n'a pu lui être remis en mains propres que le 16 courant, des conditions de sortie et de son droit au maintien, notamment en cas de demande de l'aide au retour. Si, compte tenu de la date à laquelle ce courrier lui a été notifié, elle devait effectivement quitter son logement le lendemain, la mise en demeure faite par courrier du 7 novembre 2023, dont le préfet du Finistère justifie qu'elle a été notifiée le 16 courant, lui a laissé un délai supplémentaire de quinze jours à compter de cette dernière date pour quitter le lieu d'hébergement.

10. Dans ces circonstances, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la saisine du juge des référés est intervenue au terme d'une procédure irrégulière et en méconnaissance de ses droits.

11. D'autre part, il est constant que la demande d'asile de Mme A a été rejetée comme irrecevable et que l'intéressée ne bénéficie ainsi plus du droit d'être hébergée dans un lieu d'accueil pour demandeurs d'asile. S'il résulte de l'instruction que l'intéressée est mère isolée d'un enfant né le 10 juillet 2022, cela ne suffit toutefois pas à caractériser, en l'absence de toute précision quant à l'état de santé de son fils, une situation de vulnérabilité telle qu'elle constituerait, en l'espèce, des circonstances exceptionnelles justifiant leur maintien dans le lieu d'hébergement spécialisé qu'ils occupent. Ainsi, la demande d'expulsion présentée par le préfet du Finistère ne souffre d'aucune contestation sérieuse.

12. Enfin, il résulte de l'instruction qu'au 31 octobre 2023, le département du Finistère dispose de 1 050 places pour demandeurs d'asile, dont 604 places en CADA et 446 places en HUDA/PRADHA, avec un taux d'occupation de 100 %. La région Bretagne dispose, à cette même date, de 1 663 places en HUDA/PRAHDA et 2 585 places en CADA, également occupées à 100 %. À cette même date, 36 familles de demandeurs d'asile, composées de 2 personnes, étaient en attente d'hébergement au niveau régional, dont 2 dans le département du Finistère. Il est ainsi établi, eu égard aux données chiffrées produites, suffisamment récentes, que le dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile est actuellement saturé en Bretagne, notamment dans le département du Finistère, et que le maintien dans les lieux de Mme A fait obstacle à l'accueil d'autres personnes ayant vocation à bénéficier de ce dispositif. L'expulsion de l'intéressée présente, par suite, un caractère d'urgence et d'utilité.

13. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet du Finistère tendant à ce que soit enjoint la libération par Mme A du logement qu'elle occupe au sein du CADA Kejadenn situé cité des Primevères à Briec de l'Odet (29510). Faute pour l'intéressée et toute personne l'accompagnant d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique, passé un délai de six semaines à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA Kejadenn, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant et appartenant à Mme A, à ses frais et risques, à défaut pour elle d'avoir emporté ses effets personnels.

Sur les frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme A de libérer le logement qu'elle occupe au sein du CADA Kejadenn situé cité des Primevères à Briec de l'Odet (29510) et d'évacuer ses biens.

Article 2 : À défaut pour Mme A de déférer à l'injonction prononcée à l'article 1er, le préfet du Finistère pourra faire procéder d'office à son expulsion et, en cas de besoin, requérir le concours de la force publique en vue d'assurer l'exécution de la présente ordonnance, passé un délai de six semaines à compter de sa notification.

Article 3 : Le préfet du Finistère est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA Kejadenn, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant et appartenant à Mme A, à ses frais et risques, à défaut pour elle d'avoir emporté ses effets personnels.

Article 4 : Les conclusions de Mme A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise pour information au préfet du Finistère.

Fait à Rennes, le 22 janvier 2024.

Le juge des référés,

signé

O. ThielenLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

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