vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400319 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | GOURLAOUEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2024, M. E D, représenté par Me Gourlaouen, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de destination ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence, avec interdiction de sortir de la commune de Servon-sur-Vilaine et obligation de se présenter deux fois par semaine auprès de services de gendarmerie et d'être présent à son domicile de 18h à 21h ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- s'agissant des décisions portant obligation de territoire français sans délai et fixant le pays de destination :
- elles sont insuffisamment motivées et ne comportent pas un examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a commis une erreur de droit en fondant sa décision l'obligeant à quitter le territoire français sur les dispositions du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est père d'un enfant français dont il contribue à l'entretien ;
- le préfet a commis une erreur de droit en l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il remplit les conditions fixées par le paragraphe 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation, la décision l'obligeant à quitter le territoire français portant une atteinte grave et disproportionnée au respect de sa vie privée ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, en s'abstenant de prendre en compte l'intérêt supérieur de son fils ;
- s'agissant de la décision l'assignant à résidence et fixant des mesures de contrôle :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision l'assignant à résidence se trouve en conséquence privée de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thalabard,
- les observations de Me Gourlaouen, représentant M. D, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens et souligne que la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, puisqu'il est le père d'un enfant français, dont la mère est une ressortissante française et dont il s'occupe, et qu'il peut donc se prévaloir de la délivrance d'un titre de séjour de plein droit en application de l'accord franco-algérien, en ce qu'il justifie avoir l'autorité parentale sur son fils et contribuer à son entretien ;
- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui confirme les écritures du préfet ;
- les explications de M. D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 23 avril 1989 à Sidi Bel Abbes (Algérie), est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, en 2018. Il se maintient depuis sur le territoire français sans avoir sollicité la régularisation de sa situation au regard de ses droits au séjour sur le territoire français. Il demande l'annulation de l'arrêté 18 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de destination. Il demande également l'annulation de l'arrêté préfectoral du même jour l'assignant à résidence.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. D justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; ". Indépendamment de l'énumération ainsi faite par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Et lorsque la loi ou une convention internationale prévoit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.
4. D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ". Il résulte de ces stipulations que le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit à l'ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France à l'égard duquel il exerce l'autorité parentale, sans qu'il ait à établir contribuer effectivement à son entretien et à son éducation.
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des extraits des registres de l'état civil produit, que M. D est le père de l'enfant Ibrahim D, né le 11 janvier 2024 à Rennes, de sa relation avec Mme A F, ressortissante française et qu'il avait reconnu son fils de manière anticipée par acte enregistré le 30 octobre 2023 à la mairie de Rennes. En l'absence de pièces contraires, M. D exerce ainsi pleinement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant. Il s'ensuit que M. D, qui peut prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence de plein droit sur le fondement des stipulations du point 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ne pouvait, en application des dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui n'ignorait pas la qualité de père d'un enfant français dont le requérant s'est prévalu lors de son audition par les services de police et qui ne fait état pas d'aucune considération justifiant qu'il ne soit pas tenu compte de cette situation, ne pouvait donc l'obliger à quitter le territoire français sans entacher sa décision d'une erreur de droit.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 18 janvier 2024 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine oblige M. C à quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination. L'arrêté du même jour l'assignant à résidence, privé de base légale, doit également être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. ll y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder au réexamen de la situation administrative de M. C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que l'avocate du requérant renonce à percevoir la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à Me Gourlaouen.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du 18 janvier 2024 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a, d'une part, obligé M. C à quitter le territoire français sans délai et fixé le pays de destination et d'autre part, l'a assigné à résidence, sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder au réexamen de la situation administrative de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle.
Article 4 : L'État versera à Me Gourlaouen, avocate de M. C, la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'État.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Gourlaouen et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
La magistrate désignée,
signé
M. ThalabardLa greffière,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400319
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026