jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2401511 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | GOURLAOUEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 mars et 3 avril 2024, M. A B, représenté par Me Gourlaouen, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail, dans un délai de trois jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite : l'urgence est présumée dans le cas d'une demande de renouvellement de titre de séjour même si elle s'accompagne d'une demande de changement de statut ; la décision le place par ailleurs en situation de grande précarité et risque de lui faire perdre son activité professionnelle puisqu'il travaillait à temps plein en tant qu'ouvrier-maraîcher ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière : la demande d'autorisation de travail n'a pas été instruite par les services de l'autorité préfectorale avant de statuer sur sa demande ; le retard de traitement de la demande d'autorisation de travail est imputable à l'administration, qui ne l'a pas instruite pendant la durée de validité de son titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'un défaut de base légale et méconnaît les articles L. 421-1 et L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de l'accord franco-marocain : aucune disposition n'interdit au bénéficiaire d'un titre de séjour " travailleur saisonnier " de solliciter un changement de statut et de demander la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ; en outre, il remplit les critères légaux pour l'obtention d'un titre de séjour " salarié ", dès lors qu'il est titulaire d'un contrat de travail comme l'impose l'article L. 5221-2-2° du code du travail, qu'il est dispensé de fournir un visa long séjour dans le cadre de sa demande de changement de statut et que l'autorité préfectorale ne peut lui refuser la délivrance d'un titre de séjour salarié au motif qu'il ne produit pas d'autorisation de travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas caractérisée : la demande d'une carte de séjour temporaire en qualité de " salarié " émanant du titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle " travailleur saisonnier " doit être considéré comme une première demande de titre de séjour et non comme une demande de renouvellement; le requérant s'est placé lui-même dans la situation qu'il invoque en signant, le 10 janvier 2022, un contrat à durée indéterminée alors que sa carte de séjour " travailleur saisonnier " l'autorise seulement à signer des contrats à durée déterminée ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- la décision est motivée en droit et en fait ;
- la demande d'autorisation de travail de l'employeur de M. B a été instruite et clôturée pour demande incomplète le 25 mai 2023 en l'absence de production d'une copie recto verso du titre de séjour en cours de validité de M. B, en méconnaissance de l'article 3 de l'arrêté du 1er avril 2021 fixant la liste des pièces à fournir à l'appui d'une demande d'autorisation de travail ;
- il n'a commis aucune erreur de droit, ni n'a méconnu les articles L. 421-1, L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 3 de l'accord-franco-marocain : l'étranger, bénéficiaire d'une carte de séjour pluriannuelle " travailleur saisonnier ", n'est pas dispensé de fournir un visa long séjour pour solliciter un titre de séjour portant la mention " salarié ".
Vu :
- la requête au fond n° 2401378 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 avril 2024 :
- le rapport de Mme Plumerault,
- les observations de Me Gourlaouen, représentant M. B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur le fait que l'urgence est en l'espèce présumée s'agissant d'une demande de changement de statut, que le préfet n'a pas instruit la demande d'autorisation de travail qui a été déposée, que la demande de changement de statut de M. B a été faite dès le mois de juillet 2022 et qu'en raison du délai de traitement de son dossier, il n'a plus de titre de séjour en cours de validité, souligne que le visa long séjour n'est pas exigé en cas de changement de statut ;
- les observations de Mme Baron, en présence de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, souligne que la demande de titre de séjour de M. B s'analyse comme une première demande et non un renouvellement, que sa demande d'autorisation de travail a été instruite mais que sa délivrance est subordonnée à la production d'un visa long séjour.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 3 septembre 1977, est entré en France le 5 juin 2019 sous couvert d'un visa D. Une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " lui a été délivrée pour la période du 16 septembre 2019 au 15 septembre 2022. Le 29 juillet 2022, M. B a sollicité un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par une décision du 29 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. M. B demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. M. B ne justifiant pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, () sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans () Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. () ". Aux termes de l'article R. 5221-23 du code du travail : " Un étranger peut occuper un ou plusieurs emplois saisonniers dont la durée cumulée ne peut excéder six mois par an ".
6. Il résulte de la combinaison des stipulations et dispositions précitées que la délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour portant la mention " salarié " prévu à l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 est subordonnée à la production par ce ressortissant d'un visa long séjour. Le préfet d'Ille-et-Vilaine était ainsi fondé à rejeter la demande de M. B tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " au motif tiré de ce que l'intéressé ne justifiait pas d'un visa de long séjour, sans que M. B ne puisse se prévaloir de ce qu'il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ", qui ne peut légalement se substituer au visa de long séjour exigé. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en opposant à M. B, en méconnaissance des dispositions précitées, l'absence de visa long séjour n'est pas propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse
7. En outre, si le préfet, saisi régulièrement par un employeur d'une demande d'autorisation de travail pour un étranger déjà présent sur le territoire national est tenu de l'instruire et ne peut pendant cette instruction refuser l'admission au séjour de l'intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente, toutefois aucune stipulation de l'accord franco-marocain ni aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, saisi par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, d'examiner la demande d'autorisation de travail ou de la faire instruire, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
8. Aucun des autres moyens invoqués et analysés ci-dessus n'est davantage de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
9. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête de M. B.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête de M. B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, dès lors, être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 11 avril 2024.
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026