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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405210

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405210

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) d'enjoindre à cette même autorité, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dans l'attente de la décision à intervenir de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Strat d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français viole le droit d'être entendu ; cette décision est entachée d'un défaut d'examen et d'une insuffisance de motivation ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ainsi que d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen ; elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen ; elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- compte tenu du caractère sérieux de ses craintes en cas de retour en Albanie, l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doit être suspendue jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Jouno et les observations de Me Louis, substituant Me Le Strat, ont été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

1. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

2. En deuxième lieu, si M. A soutient que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé une demande d'asile et a été entendu dans ce cadre, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile, le 4 septembre 2024. Il était loisible à M. A de faire valoir auprès de l'administration préfectorale tout élément complémentaire utile, de nature à justifier un droit au séjour. Ainsi, M. A a été mis à même de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue avant l'intervention de l'obligation de quitter le territoire français attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne précité doit être écarté.

3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale, qui a notamment dûment tenu compte des décisions rendues par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, a adopté l'arrêté litigieux après un examen complet de la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été mené doit être écarté. Il résulte par ailleurs de ce qui vient d'être dit et des énonciations du point 1 que le moyen tiré d'une violation de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

4. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en septembre 2023 accompagné de son épouse et de ses trois enfants mineurs. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile par une décision en date du 11 septembre 2024, contre laquelle il n'est pas allégué qu'un pourvoi en cassation ait été formé. Son épouse et ses enfants sont dans la même situation que lui. Tous ont vocation à poursuivre leur vie familiale dans leur pays d'origine, l'Albanie, lequel, au demeurant, est réputé sûr et où il n'est pas établi qu'ils courent de quelconques risques. Dans ces conditions, et eu égard à la durée de leur résidence en Albanie, la mesure d'éloignement contestée n'a, en dépit de la scolarisation des plus âgés de ses enfants en France, pas porté au droit de M. A à une vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une violation du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination :

5. En premier lieu, la décision portant fixation du pays de destination comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, cette décision, qui prend en compte les appréciations retenues par les autorités de l'asile, résulte d'un examen particulier de la situation de M. A.

7. En troisième lieu, pour justifier du bien-fondé de ses craintes en cas de retour en Albanie, M. A se borne à reprendre en des termes elliptiques un récit qu'il a déjà présenté devant les autorités de l'asile et que celles-ci ont tenu pour inexact. Par ailleurs, s'il se prévaut d'informations à caractère général relatives à l'Albanie, il n'est pas établi que celles-ci soient pertinentes pour l'appréciation de sa situation particulière. Ainsi, il n'est pas établi qu'en cas de retour dans son pays d'origine, M. A soit exposé à des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être également écarté.

8. En quatrième lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence d'une telle illégalité ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés au point précédent, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. A doit être écarté.

11. En troisième lieu, à l'appui des moyens tirés d'une erreur manifeste d'appréciation ainsi que d'une violation de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, M. A se prévaut de considérations relatives à sa vie privée et familiale et aux risques courus dans son pays d'origine. Pour les motifs énoncés aux points 4 et 7 ci-dessus, ces moyens, tels qu'ils sont articulés, doivent donc être écartés.

12. En quatrième lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence d'une telle illégalité ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un titre de séjour et de réexamen de la situation de M. A et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a néanmoins lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

14. Les conclusions tendant à ce que l'exécution de la mesure d'éloignement soit suspendue par application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, ont perdu leur objet en cours d'instance du fait de la notification de cette décision. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'égard de M. A.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Le Strat et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. JounoL'assesseur le plus ancien,

signé

E. Albouy

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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