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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2500465

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2500465

mercredi 12 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2500465
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 24 janvier, 25 février et 6 mars 2025, M. A B, représenté par Mé Béguin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enregistrer et d'instruire sans délai sa demande de changement de statut et de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que de lui délivrer un récépissé le temps de cette instruction, dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite ; son titre de séjour a expiré le 4 décembre 2024 et il a entamé les démarches requises de changement de statut dès novembre 2023 ; il ne dispose d'aucun document pour justifier de son droit au séjour ; il risque de perdre l'emploi qu'il occupe en contrat à durée indéterminée ; il a réitéré sa demande de changement de statut à trois reprises et l'instruction de son dossier ne se fait pas, malgré ses nombreuses relances ;

- la mesure sollicitée est utile, compte tenu de l'infructuosité de ses démarches préalables ; il n'a pu que demander un renouvellement de titre de séjour sur son compte ANEF, mais pas un changement de statut de travailleur saisonnier à conjoint de ressortissant français ; il a obtenu un rendez-vous en préfecture le 13 mai 2024 et a pu déposer sa demande de changement de statut, mais aucune suite n'a été donnée à cette démarche ; il a vainement sollicité la délivrance d'un récépissé l'autorisant à travailler ; il a réitéré sa démarche le 27 septembre 2024 ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;

- il a été convoqué le 6 mars 2025 en préfecture pour mettre à jour son dossier de demande et aucun récépissé ne lui a été délivré.

Le préfet des Côtes d'Armor a produit une attestation, le 20 février 2025, certifiant que la demande de changement de statut de M. B, enregistrée le 13 mai 2024, était en cours d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle et présente des conclusions au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a par suite lieu de l'admettre provisoirement à son bénéfice.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

3. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S'agissant de la condition d'urgence, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / () ". Aux termes de son article R. 431-14 : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : / () / 3° La carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" prévue à l'article L. 423-1, () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour a le droit, s'il a été admis à déposer un dossier de demande et s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir, dès cet instant, un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour, ainsi qu'autorisation de travail dans les cas listés aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Seuls l'incomplétude du dossier ou le caractère abusif ou dilatoire de la demande peuvent ainsi légalement justifier un refus d'enregistrement d'un dossier de demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés.

6. Il résulte de l'instruction que M. B, ressortissant tunisien né le 3 décembre 2002 et titulaire d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier valable du 5 décembre 2022 au 4 décembre 2024, a déposé une demande de changement de statut et de délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français, enregistrée au plus tard le 13 mai 2024 par les services de la préfecture des Côtes-d'Armor et dont ceux-ci attestent, le 20 février 2025, qu'elle est toujours en cours d'instruction, ce qui suffit pour établir qu'elle n'est ni abusive, ni dilatoire, ni incomplète. Dans ces circonstances, et en application des dispositions citées au point 4, la mesure sollicitée par M. B, tendant à la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

7. Il résulte par ailleurs de l'instruction que M. B est titulaire d'un contrat de travail, dont la poursuite est compromise en raison de l'irrégularité de sa situation administrative. Il justifie, par suite, de l'urgence et de l'utilité de la mesure sollicitée.

8. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la demande présentée par M. B fasse obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, par mise à disposition sur le compte ANEF de l'intéressé ou en le convoquant à cette fin en préfecture. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. M. B ayant été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros à verser à Me Béguin, avocate de M. B, dans les conditions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, par mise à disposition sur le compte ANEF de l'intéressé ou en le convoquant à cette fin en préfecture.

Article 3 : L'État versera à Me Béguin, avocate de M. B, une somme de 800 euros dans les conditions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Béguin et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet des Côtes-d'Armor.

Fait à Rennes, le 12 mars 2025.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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