mardi 25 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1904632 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL DROITS ET TERRITOIRES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juillet 2019, le Syndicat mixte du lac d'Annecy (SILA), représenté par Me Vignot, demande au tribunal :
1°) de condamner conjointement, au regard de la part de responsabilité de chacun dans les désordres constatés, les sociétés NALDEO, CECCON, SOGECA, LOGSTOR et SOCOTEC au paiement de la somme de 891 539 euros HT, avec intérêts moratoires et capitalisation, sur le fondement de la garantie décennale à titre principal et sur le fondement de la garantie contractuelle à titre subsidiaire ;
2°) de mettre à la charge de ces sociétés, solidairement, la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le SILA soutient que :
- La responsabilité décennale des sociétés défenderesses est engagée en raison des désordres affectant le réseau de chaleur reliant l'usine d'incinération de Chavanod à la chaufferie de Seynod.
- A titre subsidiaire, les désordres résultant de défaillances dans l'exécution des contrats, le SILA fonde, sa requête sur la responsabilité contractuelle des sociétés.
En raison de ces désordres le SILA a subi un préjudice total de 842 707 euros, se décomposant ainsi :
- 750 000 euros de HT de travaux de réparation à faire qui s'ajoutent à des frais de réparation déjà engagés en 2015 et 2016 pour un montant de 18 261 euros,
- les travaux de réparation à venir occasionneront une période de coupure du réseau et donc des pertes d'exploitation à hauteur de 21 650 euros HT,
- enfin l'expert a prévu en page 112 de son rapport la réalisation de travaux pour un montant de 52 796 euros.
- Il conviendra de répartir les responsabilités conformément au rapport d'expertise, à l'exception de la part de responsabilité attribuée au SILA lui-même à hauteur de 5% et d'imputer cette part sur chacun des défendeurs à hauteur de 1% chacun.
- A la somme de 842 707 euros doivent s'ajouter les frais d'expertise et de sapiteur supportés par le SILA soit 48 832 euros HT.
Par des mémoires enregistrés les 1er octobre 2019 et 11 septembre 2020, la société NALDEO, représentée par Me Lachaume, conclut dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire à ce qu'elle soit relevée et garantie des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre par les sociétés CECCON, SOGECA et SOCOTEC ;
3°) au rejet des appels en garantie formés à son encontre par les sociétés SOCOTEC, CECCON, LOGSTOR et SOGECA ;
4°) à ce que soit mis à la charge du SILA, à défaut des sociétés CECCON, SOGECA et SOCOTEC, la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
La société Naldeo fait valoir que :
- Compte tenu de la réception des travaux, le SILA ne saurait engager sa responsabilité sur le fondement contractuel ;
- Les désordres invoqués ne rendent pas impropre le réseau de chaleur à sa destination ; par suite ils ne présentent pas un caractère décennal. En outre, ni l'étendue exacte des désordres ni leur coût de reprise ne sont établis précisément.
- elle n'a commis aucune faute dans l'exécution de son contrat.
Par un mémoire enregistré le 2 décembre 2019, la société CECCON BTP, représentée par la SCP Bremant, Gojon, Glessinger Sajous Avocat, conclut :
1°) à titre principal au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire à être relevée et garantie de toute condamnation prononcée à son encontre par le SILA et les autres sociétés ;
3°) à ce que les frais d'expertise et d'avocat soient réduits à de plus justes proportions.
La société CECCON BTP fait valoir :
- que les désordres n'ont pas été constatés dans le délai d'épreuve de 10 ans ;
- que les désordres ne sont pas de nature décennale ;
- aucun manquement contractuel ne peut lui être imputé ;
- au regard des missions de chacun la société CECCON demande à voir sa responsabilité réduite à de plus justes proportions et au maximum à 5%.
Par un mémoire enregistré le 2 septembre 2020, la société SOCOTEC, représentée par Me Deleau, conclut :
1°) à titre principal au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire à ce que les prétentions du SILA soient réduites à de plus justes proportions ;
3°) à être relevée et garantie de toute condamnation prononcée à son encontre par les sociétés CECCON, NALDEO, SOGECA ;
4°) à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge du SILA et des sociétés SOGECA, CECCON et NALDEO et seulement à titre subsidiaire à proportion de la part de responsabilité qui pourrait être retenue à son encontre ;
5°) à ce que soit mis à la charge du SILA une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La société SOCOTEC fait valoir que :
- le délai de la garantie décennale était échu à la date à laquelle elle a été mise en cause ;
- la réception des travaux fait obstacle à ce que sa responsabilité contractuelle soit engagée ;
- les désordres dénoncés ne présentent pas de caractère décennal.
Par un mémoire enregistré le 7 septembre 2020, la société LOGSTOR France SAS, représentée par Me Avramesco, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à être relevée et garantie de toute condamnation prononcée à son encontre par les sociétés CECCON, NALDEO, SOGECA et SOCOTEC ;
3°) à ce que soit mis à la charge du SILA la somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative;
4°) à ce que soit mis à la charge du SILA les entiers dépens, dont les frais d'expertise.
La société LOGSTOR fait valoir :
- qu'aucun lien contractuel n'existe entre le SILA et elle-même, simple fournisseur de la société SOGECA. Par suite, sa responsabilité ne peut être recherchée ni sur le terrain décennal ni sur le terrain contractuel ;
- le délai de la garantie décennale était échu à la date à laquelle elle a été mise en cause ;
- elle n'a commis aucune faute dans l'exécution de son contrat ;
- le SILA n'établit pas l'existence d'un préjudice avéré et actuel.
Par un mémoire enregistré le 7 septembre 2020, la société SOGECA, représentée par Me Bozzarelli, conclut:
1°) au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à être relevée et garantie de toute condamnation prononcée à son encontre par les autres sociétés défenderesses et le SILA ;
3°) à ce que soit mis à la charge du SILA ou qui mieux le devra la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société SOGECA fait valoir que :
- la réalité et l'étendue des désordres n'est pas établie ;
- sa responsabilité dans leur survenue est minime ;
- le quantum des travaux de réparation et autres préjudices n'est pas établi.
Par lettre du 3 juillet 2020, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 14 septembre 2020, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 2 octobre 2020.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 12 septembre 2019 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B à la somme de 44 886,72 euros ;
Vu :
- le code civil ;
- le code des marchés publics
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- et les observations de Me Vignot, représentant le SILA, de Me Sajous représentant la société CECCON, de Me Lachaume représentant la société NALDEO, de Me Lecomte représentant la société SOGECA et de Me Avramesco représentant la société LOGSTOR.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 30 juillet 2005, le Syndicat mixte du lac d'Annecy (SILA) a confié au groupement CECCON /SOGECA, la réalisation de travaux de rénovation du réseau de chaleur reliant l'usine d'incinération des ordures ménagères de Chavanod à la chaufferie principale de Seynod.
2. En vue de la réalisation de cette opération, le SILA a confié par un acte d'engagement du 7 janvier 2005 au cabinet Beture Environnement devenu Poyry Energy devenu NALDEO une mission de maîtrise d'œuvre.
3. Enfin, un marché de contrôle technique a été conclu entre le SILA et la société SOCOTEC le 23 janvier 2006.
4. Les travaux ont d'abord été réceptionnés avec réserves le 17 novembre 2006, avec effet au 4 novembre 2006. Puis, les dernières réserves ont été levées au 30 juin 2007.
5. Des désordres affectant l'isolation des canalisations ont été constatés à l'occasion de travaux réalisés en 2015 et 2016 sur des détecteurs d'humidité. Par une ordonnance du 3 mai 2016, le juge des référés de ce tribunal a ordonné une expertise afin de décrire les désordres affectant la canalisation du réseau de chaleur alimenté par l'usine d'incinération de Chavanod, d'en indiquer la nature et l'importance, d'en déterminer les causes et les conséquences et de préciser les remèdes à mettre en œuvre pour les faire cesser. Par une ordonnance du 4 septembre 2017, les opérations d'expertises ont été étendues à la demande de l'expert aux sociétés LOGSTOR (fabricant des canalisations) et SOCOTEC (contrôleur technique). Le rapport d'expertise a été déposé le 4 décembre 2018.
6. Par la présente requête, le SILA demande la condamnation des sociétés précitées à l'indemniser des désordres affectant le réseau de chaleur, à titre principal sur le fondement de la garantie décennale, à titre subsidiaire sur le fondement de la garantie contractuelle.
Sur les conclusions du SILA.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la société LOGSTOR.
7. Aux termes de l'article 1792 du code civil : " Est réputé constructeur de l'ouvrage : / 1° Tout architecte, entrepreneur, technicien ou autre personne liée au maître de l'ouvrage par un contrat de louage d'ouvrage ; / 2° Toute personne qui vend, après achèvement, un ouvrage qu'elle a construit ou fait construire ; / 3° Toute personne qui, bien qu'agissant en qualité de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, accomplit une mission assimilable à celle d'un locateur d'ouvrage. ". Aux termes de l'article 1792-4 du même code : " Le fabricant d'un ouvrage, d'une partie d'ouvrage ou d'un élément d'équipement conçu et produit pour satisfaire, en état de service, à des exigences précises et déterminées à l'avance, est solidairement responsable des obligations mises par les articles 1792, 1792-2 et 1792-3 à la charge du locateur d'ouvrage qui a mis en œuvre, sans modification et conformément aux règles édictées par le fabricant, l'ouvrage, la partie d'ouvrage ou élément d'équipement considéré. () ".
8. Conformément aux principes régissant la responsabilité décennale des constructeurs, la personne publique maître de l'ouvrage peut rechercher devant le juge administratif la responsabilité des constructeurs pendant le délai d'épreuve de dix ans, ainsi que, sur le fondement de l'article 1792-4 du code civil précité, la responsabilité solidaire du fabricant d'un ouvrage, d'une partie d'ouvrage ou d'un élément d'équipement conçu et produit pour satisfaire, en état de service, à des exigences précises et déterminées à l'avance.
9. La société LOGSTOR venant aux droits de la société Alstom Power Flowsystems, fait valoir sans être contredite, que cette dernière, aux termes d'un contrat de vente conclu en 2005 avec la société SOGECA, s'est bornée à livrer à celle-ci les tuyaux pré-isolés et les joints isolants qui ont été installés par SOGECA. Il ne résulte pas de l'instruction que le matériel livré ait fait l'objet d'une conception spécifique au marché confié à la société SOGECA par le SILA. Par suite, le SILA n'est pas fondé à rechercher l'engagement de la responsabilité décennale de la société LOGSTOR qui a la simple qualité de fournisseur.
10. En l'absence de lien contractuel entre la société LOGSTOR et le SILA, ce dernier n'est pas fondé à rechercher l'engagement de la responsabilité contractuelle de cette société.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la société SOCOTEC (contrôleur technique).
11. L'ouvrage ayant fait l'objet d'une réception sans réserve avec effet au 30 juin 2007, le délai d'épreuve de 10 ans a commencé à courir à compter de cette date.
12. Il résulte des dispositions des articles 2244 et 2270 du code civil, applicables à la responsabilité décennale des architectes et des entrepreneurs à l'égard des maîtres d'ouvrage publics, qu'une citation en justice n'interrompt la prescription qu'à la double condition d'émaner de celui qui a la qualité pour exercer le droit menacé par la prescription et de viser celui-là même qui en bénéficierait.
13. En conséquence, le référé expertise enregistré le 11 février 2016 qui ne mettait en cause que les sociétés CECCON, SOGECA et le maître d'œuvre ne vaut pas contre les autres constructeurs. Les opérations d'expertises n'ont été étendues à la société SOCOTEC que le 4 septembre 2017, soit postérieurement à l'expiration du délai de 10 ans le 30 juin 2017, et le SILA n'a formé de conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité décennale de SOCOTEC que par une requête enregistrée au greffe du tribunal le 16 juillet 2019. Par suite, la créance du SILA à l'égard de la société SOCOTEC est prescrite.
14. Enfin, la réception sans réserve de l'ouvrage fait obstacle à l'engagement de la responsabilité contractuelle du contrôleur technique.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les sociétés CECCON, SOGECA et NALDEO.
S'agissant de la nature des désordres et leur qualification.
15. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.
16. L'ouvrage en cause est une double canalisation enfouie à même le sol (sans être protégée par un caniveau en béton), à une profondeur allant de 1 m 20 à 2 m 50, et reliant l'usine d'incinération à la chaufferie sur une distance de 3,7 km. Le tuyau " aller " transporte de l'eau chaude à 110 C° de l'usine d'incinération à la chaufferie et le tuyau " retour " installé en parallèle ramène de l'eau plus froide vers l'usine de Chavanod.
17. Une altération de l'isolant qui entoure les canalisations du réseau par des infiltrations d'eau et de sable, a été constatée par le SILA à l'occasion de travaux effectués fin 2015 début 2016, soit dans le délai d'épreuve de 10 ans.
18. L'infiltration d'humidité dans l'isolant des canalisations est attestée par les photos prises à l'occasion des travaux réalisés en 2016. L'expert a pu constater visuellement des désordres du même type sur une section de la canalisation comportant deux manchons. Compte tenu de l'impossibilité de dégager l'intégralité de la canalisation, une analyse thermique du réseau a été réalisée à l'aide d'un drone. Les captures de températures réalisées, font apparaître 25 points de chaleur plus marqués par rapport au reste de la canalisation. Ces zones de déperdition de température peuvent s'expliquer par une perte de qualité de l'isolant induite par des infiltrations d'humidité. 75% de ces anomalies sont localisées au droit ou à proximité de changements de direction des conduites en plan ou en élévation. Ces coudes constituent des points de fragilité du réseau compte tenu de la présence de manchons reliant les différents tronçons et de la pression de l'eau transportée à l'intérieur des canalisations. L'expert a également pu constater que des chambres de purge/ vidange sont remplies d'eau. L'évolution des désordres conduit à la corrosion du tuyau et porte atteinte à la solidité du réseau. Il résulte des constations opérées, et malgré les limites des outils d'investigation utilisés, que les désordres constatés revêtent bien un caractère décennal.
S'agissant de l'imputabilité des désordres.
19. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
20. D'une part, la société NALDEO s'est vue confier une mission de maîtrise d'œuvre globale comprenant les études préliminaires, l'avant-projet sommaire puis définitif, études de projet passation, l'assistance à la passation des contrats de travaux, visa sur les études d'exécution, plans et préparation entreprises, direction de l'exécution des contrats de travaux et d'assistance aux opérations de réception et pendant la garantie de parfait achèvement. D'autre part, les sociétés CECCON et SOGECA ont exécuté conjointement les travaux du lot " remplacement des canalisations du réseau de chaleur " qui leur a été attribué. La survenance des désordres n'est donc pas étrangère à leur intervention. Par conséquent, leur responsabilité décennale est engagée.
21. Les conclusions du SILA tendent non à la condamnation solidaire mais à la condamnation conjointe des sociétés à hauteur de leur responsabilité respective. En l'espèce, il y a lieu de retenir, conformément au rapport de l'expertise et aux prétentions du SILA, une part de responsabilité de 20% de chacune de ses sociétés dans l'apparition des désordres.
22. Si l'expert attribue au SILA une part de responsabilité de 5% dans la survenance des désordres, il ne résulte pas de l'instruction que le maître de l'ouvrage aurait conservé des missions de conception ou d'exécution des travaux dans lesquelles il aurait commis une faute de nature à exonérer partiellement les sociétés de leur responsabilité décennale. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que le SILA serait passé outre des réserves émises par les constructeurs. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions du SILA tendant à ce que la part de responsabilité que l'expert mettait à sa charge soit ré-imputée sur les défendeurs à hauteur de 1% chacun.
S'agissant des préjudices.
Quant au travaux à réaliser pour remédier aux désordres.
23. L'expert a estimé le coût des travaux de remise en état à 750 000 euros HT, ce qui correspond au remplacement de 3,5% des tuyaux, auquel il convient d'ajouter le coût des travaux de réparation, en lien avec la problématique d'infiltration décrite précédemment, réalisés en 2015 et 2016 pour un montant de 18 261 euros HT.
Quant aux autres chefs de préjudices.
24. Les travaux de remise en état décrits au point 23 entraîneront une coupure du réseau de chaleur comprise entre 20 et 30 jours à l'origine une perte d'exploitation pour le SILA qui doit être indemnisée à hauteur de 21 650 euros HT.
25. Enfin, l'expert identifie en page 112 de son rapport, sans les reprendre dans la synthèse des préjudices subis par le SILA, des travaux à réaliser tenant à la construction de chambres étanches le long du réseau, la remise en état des connections des boîtiers à l'usine, à la chaufferie et au boîtier intermédiaire, des mesures de corrosion des tuyaux existant au droit des manchons à remplacer et un contrôle des mesures d'humidification pour un montant de 52 796 euros HT. Dès lors, qu'il n'est pas établi que ces travaux sont en lien direct avec les désordres constatés, il y a lieu d'écarter les demandes du SILA sur ce point.
26. Il résulte ce que qui précède que le préjudice total du SILA s'élève à la somme de 789 911 euros. En conséquence, les sociétés NALDEO, CECCON et SOGECA sont condamnées à verser au SILA la somme de 165 881 euros chacune, soit 21% du montant du préjudice de ce dernier.
Sur les appels en garantie.
En ce qui concerne les appels en garantie formés par les sociétés CECCON et SOGECA à l'encontre de la société LOGSTOR.
27. Ces conclusions reconventionnelles mettant en jeu la responsabilité d'un fournisseur, relèvent de la compétence du juge judicaire. Elles doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.
En ce qui concerne les autres appels en garantie formés par les sociétés CECCON, SOGECA et NALDEO.
28. Dès lors que le tribunal, statuant sur les conclusions indemnitaires du SILA, est entré en voie de condamnation des sociétés CECCON, SOGECA et NALDEO à concurrence de leur responsabilité propre, et que les constatations et dires de l'expert sur les causes des désordres ne sont pas remises en cause, les appels en garantie formés par ces sociétés entre elles, mais aussi à l'égard du contrôleur technique (la société SOCOTEC) sont sans objet.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts.
29. En application de l'article 1153 du code civil, les intérêts au taux légal courront sur les condamnations de 165 881 euros à compter du 16 juillet 2019, date d'enregistrement de la requête. En application de l'article 1154 du même code, les intérêts seront capitalisés aux 16 juillet 2020, 2021 et 2022, dès lors qu'à chacune de ces dates, il était échu une année d'intérêts.
Sur les dépens.
30. Les frais d'expertise, incluant les allocations provisionnelles versées par le SILA pour un montant de 13 620,76 euros, ont été taxés à la somme de 44 886,72 euros par une ordonnance du président du tribunal du 12 septembre 2019 et mis à la charge à parts égales des sociétés CECCON, SOGECA, NALDEO et SOCOTEC.
31. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des frais d'expertise soient restés à la charge du SILA, les conclusions présentées par ce dernier à ce titre doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
32. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
33. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des sociétés CECCON, SOGECA et NALDEO la somme de 1 000 euros chacune à verser au SILA.
34. Il y a lieu de mettre à la charge du SILA la somme de 1 000 euros à verser à la société LOGSTOR qui n'est pas partie perdante à la présente instance.
35. Les conclusions présentées par les sociétés CECCON, SOGECA, NALDEO et SOCOTEC, parties tenues au dépens, sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La société NALDEO est condamnée à verser au SILA la somme de 165 881euros HT.
Article 2 : La société CECCON est condamnée à verser au SILA la somme de 165 881 euros HT.
Article 3 : La société SOGECA est condamnée à verser au SILA la somme de 165 881 euros HT.
Article 4 : Les intérêts au taux légal courront sur les condamnations prononcées aux articles 1er à 3, à compter du 16 juillet 2019 et seront capitalisés aux 16 juillet 2020, 2021 et 2022.
Article 5 : Les appels en garantie formé contre la société LOGSTOR sont rejetés comme portés devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 6 : La société NALDEO versera au SILA la somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : La société CECCON versera au SILA la somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 8 : La société SOGECA versera au SILA la somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 9 : Le SILA versera à la société LOGSTOR la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 10 : Les surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 11 : Le présent jugement sera notifié au Syndicat mixte du lac d'Annecy, aux sociétés CECCON, SOGECA, NALDEO, SOCOTEC et LOGSTOR.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.
La rapporteure,
F. A
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026