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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1907724

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1907724

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1907724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BALLALOUD-ALADEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 novembre 2019 et 16 juillet 2020, M. A, représenté par Me Ballaloud, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la délibération du 3 juin 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune d'Onnion a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler cette même délibération en tant qu'elle classe la parcelle cadastrée section B n°3814 en zone A et, dans cette hypothèse, d'enjoindre à la commune de modifier son plan local d'urbanisme afin de classer la parcelle en zone UC ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Onnion une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la commune s'est crue à tort liée par les avis des personnes publiques associées ;

- le projet de plan local d'urbanisme arrêté ne correspondait pas à celui soumis à enquête publique, en méconnaissance de l'article L.153-19 du code de l'urbanisme ; la diffusion du document d'information à la population a nui à la compréhension du public ;

- les modifications apportées au plan local d'urbanisme après enquête publique bouleversent l'économie générale du plan arrêté ;

- le classement de la parcelle cadastrée section B n°3814, en zone agricole est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; le principe d'équilibre prévu à l'article L.101-2 du code de l'urbanisme a été méconnu.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 mars 2020 et 26 octobre 2020, la commune d'Onnion, représentée par Me Lacroix, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, subsidiairement à l'annulation de la délibération du 3 juin 2019 approuvant le plan local d'urbanisme uniquement en ce qu'elle classe la parcelle cadastrée section B n° 3814 en zone A, à titre insuffisamment subsidiaire à ce que soit prononcé un sursis à statuer en application de l'article L.600-9 du code de l'urbanisme et, en toute hypothèse à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune d'Onnion fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Un courrier a été adressé le 21 octobre 2021 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Par une ordonnance du 23 novembre 2021, a été prononcée, en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jourdan, présidente,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Planchet, représentant M. A, et de Me Plenet, représentant la commune d'Onnion.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la délibération du 3 juin 2019 par laquelle le conseil municipal d'Onnion a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Dans son mémoire enregistré le 16 juillet 2020, le requérant a expressément abandonné le moyen tiré de l'incompétence de la commune d'Onnion.

3. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis " qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / () 2° Le conseil municipal dans le cas prévu au 2° de l'article L. 153-8. ".

4. Si les auteurs du plan local d'urbanisme ont entendu prendre en compte la plupart des observations émises par les services de l'Etat, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment du compte-rendu de la réunion du 22 mars 2019 destinée à présenter les modifications apportées au plan local d'urbanisme aux personnes publiques associées, que le conseil municipal se serait, pour autant, cru en situation de compétence liée pour adopter des modifications au projet de plan local d'urbanisme. Le requérant n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'incompétence négative.

5. Aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire. ".

6. Aucune disposition ne fait obstacle à ce que le dossier soumis à enquête publique comporte, à titre informatif, un exemplaire du règlement et du document graphique matérialisant les corrections qui, le cas échéant, pourraient y être apportées pour tenir compte des avis des personnes associées à l'élaboration du plan, dès lors qu'il n'en résulte pas pour le public intéressé une confusion avec le règlement et le document du projet de plan arrêté par l'autorité compétente. Il est constant que le dossier soumis à enquête publique comprenait le projet de plan local d'urbanisme, arrêté le 7 juin 2018 ainsi qu'un document intitulé " Elaboration du plan local d'urbanisme d'Onnion, information à la population avant enquête publique " faisant mention des avis négatifs de la direction départementale des territoires et de la chambre d'agriculture sous réserve de procéder à de nouveaux déclassements de terrains constructibles et présentant une synthèse graphique permettant de repérer, par des cercles rouges, les différents secteurs qui feraient l'objet d'un tel déclassement lors de la phase d'approbation du plan local d'urbanisme. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de ce dernier document aurait été de nature à induire en erreur le public intéressé ou le commissaire-enquêteur par rapport au projet de plan arrêté par le conseil municipal et aurait nui à l'information du public. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.153-19 du code de l'urbanisme doit donc être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / () 2° Le conseil municipal dans le cas prévu au 2° de l'article L. 153-8 () ".

8. Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire-enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

9. Le requérant soutient que le plan local d'urbanisme approuvé marque un changement de stratégie en matière de consommation foncière et que le reclassement en zone agricole ou naturelle de douze hectares auparavant ouverts à l'urbanisation remet en cause l'économie générale du projet de plan. Toutefois, la diminution de 5,29% des zones classées U et AU, constatée entre le projet de plan arrêté et celui approuvé, demeure limitée à l'échelle du territoire communal (0,2%) et s'accorde avec les objectifs de lutte contre l'étalement urbain et de recentrage de l'urbanisation au sein de certains hameaux principaux affirmés par le plan d'aménagement et de développement durables. Ainsi, les modifications relevées par le requérant ne peuvent être regardées comme remettant en cause l'économie générale du projet de plan. En outre, contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort d'aucune disposition du code de l'urbanisme ni d'aucun principe, que la délibération par laquelle le conseil municipal approuve un projet de plan local d'urbanisme devrait comporter une présentation des modifications apportées au projet à l'issue de l'enquête publique.

10. Aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durable du plan local d'urbanisme définit notamment : " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

11. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

12. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

13. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section B n°3814 n'est pas bâtie et est située dans le prolongement d'un vaste espace agricole identifié comme participant aux continuités écologiques, à l'est et au nord. Elle ne jouxte, au sud, qu'une seule construction située sur une parcelle également classée en zone A. Si elle est située à proximité du hameau Les Poiriers, elle en est, néanmoins, séparée par une route départementale. Le requérant n'apporte aucun élément à l'appui de son argument tiré de l'absence de valeur et de vocation agricole de la parcelle en cause alors que la commune fait valoir que celle-ci est classée en prairie permanente dans le registre parcellaire graphique de 2018. Par ailleurs, le classement en zone agricole est cohérent avec les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables notamment tournées vers la maîtrise de la consommation d'espace, avec un recentrage de l'urbanisation prioritairement dans le centre bourg et les hameaux principaux, ainsi que la protection des continuités écologiques et la pérennité de l'activité agricole. La circonstance que l'acte notarié du 9 mars 1998, relatif à la vente au département de la Haute-Savoie de la parcelle cadastrée section B n°3813, évoquerait une constructibilité du terrain est sans influence sur la légalité du classement de la parcelle cadastrée section B n°3814. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement en zone A de la parcelle, nonobstant sa desserte des équipements publics, serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / 1° L'équilibre entre : / a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; / b) Le renouvellement urbain, le développement urbain maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux, la lutte contre l'étalement urbain ; / c) Une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ;/ () ".

15. Si M. A soutient que le principe d'équilibre énoncé à l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme a été méconnu, il n'apporte pas de précision suffisante en se bornant à arguer du dépérissement des hameaux de moyenne importance de la commune. Son moyen doit, par suite, être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions en injonction formulées à titre subsidiaire doivent également être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Onnion, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune d'Onnion.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Onnion en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune d'Onnion.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente rapporteure,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

D. Jourdan

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

E. Barriol

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1907724

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