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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2001752

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2001752

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2001752
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL CORDEL BETEMPS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 mars 2020, 28 mai 2021, 29 mars 2022 et 4 juillet 2022, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Saint-Michel ", représenté par Me Cordel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2019 par lequel le maire de Val d'Isère a délivré un permis de construire à la société Renilg ainsi que la décision née le 3 février 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Val d'Isère la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- le dossier de demande de permis de construire est insuffisant au regard des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article Ub 3 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Ub 7 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Ub 11 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Ub 12 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Ub 13 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques naturels approuvé le 30 avril 2018 dès lors qu'il prévoit des ouvrants en façades nord et ouest ;

- il méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques naturels approuvé en 2006 et 2018 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires enregistrés les 16 avril 2021, 22 décembre 2021 et 20 juin 2022, la société Renilg, représentée par Me Gallety, conclut au rejet de la requête et de l'intervention ou, à défaut, à ce que soit prononcé un sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est irrecevable en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une intervention et un mémoire enregistrés les 28 mai 2021 et 2 mars 2022, M. C du Roure de Beaujeu, représenté par Me Varnoux, s'associe aux conclusions du syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Saint-Michel ".

Il soutient que :

- le permis attaqué méconnaît les dispositions de l'article Ub 7 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Ub 11 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Ub 12 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Ub 13 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques naturels ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2022, la commune de Val d'Isère, représentée par Me Petit, conclut au rejet des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 octobre 2019 ou, à défaut, à ce que soit prononcé un sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge du syndicat requérant la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'il n'est pas justifié de l'accomplissement de la formalité prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- le syndicat requérant et l'intervenant ne justifient pas d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté attaqué au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme et ne justifient pas de titres les habilitant à agir ;

- l'intervention est irrecevable dès lors que la requête est irrecevable ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme B,

- et les observations de Me Cordel pour le syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Saint-Michel ", celles de Me Corbalan pour la commune de Val d'Isère ainsi que celles de Me Gallety pour la société Renilg.

La commune de Val d'Isère a produit une note en délibéré le 13 juillet 2022 qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 8 octobre 2019, le maire de Val d'Isère a délivré un permis de construire à la société Renilg pour la réalisation de deux chalets mitoyens. Le syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Saint-Michel " a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été implicitement rejeté le 3 février 2020. Il demande désormais l'annulation de ces deux décisions.

Sur la recevabilité de la requête :

2. En premier lieu, le syndicat de copropriétaires requérant justifie avoir notifié son recours contentieux à la commune de Val d'Isère et à la société Renilg, titulaire du permis de construire litigieux, conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Par suite, la fin de non-recevoir opposée sur ce point doit être écartée.

3. En second lieu, le syndicat de copropriétaires requérant justifie, par la production de ses statuts constitutifs, que la copropriété de l'immeuble " Le Saint-Michel " est voisine du terrain d'assiette du projet et dispose de vues directes sur ce dernier, malgré l'existence de quelques conifères sur son tènement. Dans ces conditions, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Saint-Michel ", d'une part, répond aux exigences de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme et, d'autre part, justifie d'un intérêt à agir contre le permis attaqué au sens des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme.

Sur l'intervention de M. du Roure de Beaujeu :

4. En troisième lieu, M. du Roure de Beaujeu justifie, par la production d'une attestation notariale, être propriétaire d'un appartement en duplex au sein de l'immeuble " Le Saint-Michel ". Il justifie ainsi d'un intérêt pour intervenir au soutien de la requête visant à l'annulation de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, l'intervention, qui a été introduite par mémoire distinct au soutien d'une requête recevable, est elle-même recevable et doit ainsi être admise.

Sur la légalité du permis de construire :

5. En premier lieu, aux termes de l'article Ub 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " 1 - La distance comptée horizontalement entre tout point d'un bâtiment et le point le plus proche de la limite séparative doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à 3 mètres. () 2 - Les constructions peuvent être édifiées en limite séparative : - si elles sont réalisées en sous-sol, la cote de référence étant prise au terrain naturel. / - sur le mur en surélévation d'une construction existante, édifiée sur la parcelle du pétitionnaire, en limite de propriété. / - contre le mur d'une construction existante édifiée en limite de propriété, sur la propriété voisine. / La hauteur et la longueur sur façade sont libres. () ".

6. En l'espèce, la façade est du chalet n° 2 est projetée à moins de trois mètres de la limite séparative. Toutefois, hormis le mur de soutènement existant qui prolonge la façade sud, elle n'est ni édifiée en limite séparative ni contre le mur d'une construction existante édifiée sur la propriété voisine en limite de propriété. Par ailleurs, les façades sud des deux chalets projetés sont situées en limite séparative. Toutefois, alors que le mur de soutènement sur lequel elles doivent s'implanter ne dépasse pas le niveau du terrain naturel, elles ne peuvent être regardées comme étant édifiées sur le mur en surélévation d'une construction existante. Dans ces conditions, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Saint-Michel " est fondé à soutenir que les façades est et sud des chalets projetés méconnaissent les dispositions de l'article Ub 7 du règlement du plan local d'urbanisme.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article Ub 13 du règlement du plan local d'urbanisme : " L'ensemble des surfaces au sol non occupées par les constructions et par les aires de stationnement à l'air libre devra être aménagé en espaces verts de qualité. / Les essences végétales seront locales et variées ".

8. Si la société pétitionnaire fait valoir dans ses écritures que la prairie montagnarde existante sera conservée, aucune pièce du dossier de demande de permis ne mentionne le traitement des espaces libres. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que les espaces libres constitueront des espaces verts de qualité composés d'essences végétales locales et variées. Par suite, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Saint-Michel " est fondé à soutenir que le permis litigieux méconnaît les dispositions de l'article Ub 13 du règlement du plan local d'urbanisme.

9. En troisième lieu, le jugement n° 1807834-1806559 du tribunal administratif de Grenoble du 22 décembre 2020 a annulé l'arrêté du préfet de la Savoie du 30 avril 2018 en tant qu'il rend immédiatement opposable le projet de révision n° 2 du volet " Risques Montagne " du plan de prévention des risques naturels (PPRN) de Val d'Isère à des secteurs de la commune où les risques naturels prévisibles sont identifiés comme identiques à ceux évalués par le plan approuvé en 2006 ou moindres. Ainsi, dans les secteurs où le PPRN approuvé le 30 avril 2018 a identifié des risques identiques ou moindres à ceux évalués par le PPRN approuvé en 2006, les règles fixées par ce dernier ont été remises en vigueur rétroactivement. En vertu de ce document, en secteur 1.02 soumis à un risque d'avalanche de neige dense, les façades de classe 1 doivent être aveugles sur les quatre premiers mètres, comptés à partir du terrain naturel. Le PPRN de 2006 prévoit que " Par façade aveugle, il faut entendre une façade possédant tout au plus des ouvertures de 20 cm x 20 cm maximum, à 40 cm minimum les unes des autres, avec vitrage fixe ".

10. En l'espèce, alors que le PPRN approuvé en 2006 identifiait un risque moindre, celui approuvé le 30 avril 2018 a classé le terrain d'assiette du projet en zone de risque fort ou induit d'avalanche, dans laquelle le bâti est limité à l'existant, au niveau de l'angle nord-est du chalet n° 2. Il s'ensuit que cette partie de construction méconnaît le PPRN qui lui est applicable. Par ailleurs, les autres parties des constructions litigieuses, qui sont projetées dans des zones où le PPRN de 2018 a identifié des risques identiques ou moindres à ceux évalués par le PPRN de 2006, sont soumises à ce dernier document. Bien qu'il ne soit pas indiqué sur le plan de zonage du PPRN de 2006, le sens d'écoulement des avalanches à prendre en compte est celui repéré sur le plan de zonage du PPRN de 2018. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que les trois pans de façade nord les plus à l'est relèvent de la classe 1. Les deux pans les plus à l'est présentent, à une hauteur inférieure à 4 mètres, des ouvertures dont les dimensions dépassent celles autorisées. Ainsi, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Saint-Michel " est fondé à soutenir que les constructions projetées méconnaissent les dispositions des plans de prévention des risques naturels applicables. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est fondé.

Sur les conséquences de l'illégalité du permis de construire :

11. Si en vertu des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, le juge peut soit ne prononcer l'annulation que d'une partie du projet ou surseoir à statuer afin de permettre la régularisation de celui-ci, l'application de ces dispositions est soumise à la condition que les illégalités relevées puissent être régularisées.

12. Compte tenu des vices retenus et de la configuration de la parcelle, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un permis de régularisation pourrait remédier aux vices d'illégalité retenus sans remettre en cause la nature du projet de construction de deux maisons individuelles. En conséquence, il ne peut être fait application des article L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Par suite, le permis de construire délivré le 8 octobre 2019 doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, la décision implicite née le 3 février 2020.

Sur les frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Val d'Isère et la société Renilg non compris dans les dépens.

14. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Val d'Isère une somme de 1 500 euros à verser aux requérants au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er :L'intervention de M. du Roure de Beaujeu est admise.

Article 2 :L'arrêté du 8 octobre 2019 et la décision née le 3 février 2020 sont annulés.

Article 3 :La commune de Val d'Isère versera aux requérants une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de l'immeuble Le Saint-Michel, à M. C du Roure de Beaujeu, à la commune de Val d'Isère et à la société Renilg.

Délibéré après l'audience du 12 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme André, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

La rapporteure,

V. A

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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