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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002970

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002970

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002970
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 mai 2020 et le 24 août 2022, la SARL Alpes Bâti Décor, représentée par la SELARL Arbor, Tournoud et Associés, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'a été saisie que d'une partie du litige portant sur l'existence d'un acte anormal de gestion, alors que la totalité des redressements notifiés a été contestée et que la saisine résulte de l'initiative de l'administration, de sorte qu'elle a été privée d'une garantie substantielle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé par la société n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 3 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Alpes Bâti Décor, entreprise exerçant dans le secteur du bâtiment, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, étendue au 31 décembre 2015 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. L'administration fiscale a constaté des discordances entre la taxe sur la valeur ajoutée collectée exigible et la taxe sur la valeur ajoutée déclarée par la société et lui a notifié des rappels de taxe au titre de la période vérifiée, assortis de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts. Par un jugement du 31 août 2020 n° 1704988, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de la SARL Alpes Bâti Décor portant sur le bien-fondé des rappels, la cour administrative d'appel de Lyon ayant rejeté l'appel interjeté contre ce jugement par un arrêt du 2 juin 2022 n° 20LY02868. La réclamation préalable de la SARL Alpes Bâti Décor du 31 décembre 2019, portant sur la procédure d'imposition, a fait l'objet d'une décision de rejet du 11 mai 2020. La société demande au tribunal la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie.

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () / Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". Aux termes de l'article L. 59 du même livre : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts (). / Les commissions peuvent également être saisies à l'initiative de l'administration ". Aux termes de l'article R. 59-1 de ce livre : " Le contribuable dispose d'un délai de trente jours à compter de la réception de la réponse de l'administration à ses observations pour présenter la demande prévue au premier alinéa de l'article L. 59. / () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que lorsque, dans ses observations en réponse à la notification de redressement, le contribuable a fait clairement connaître son intention de demander la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffres d'affaires dans le cas où le désaccord l'opposant à l'administration subsisterait, cette dernière, si elle constate, au vu de la position qu'elle adopte dans sa réponse aux observations du contribuable, la persistance d'un désaccord avec celui-ci, et même si le contribuable ne réitère pas sa demande de saisine de cette commission après avoir reçu la réponse de l'administration à ses observations, est tenue, sauf à entacher d'irrégularité la procédure d'imposition, de soumettre le litige à la commission dès lors que celle-ci est compétente pour en connaître.

4. Il résulte de l'instruction que, le 13 juin 2016, l'administration fiscale a adressé à la SARL Alpes Bâti Décor une proposition de rectification comportant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. Il ressort des observations de la société, formulées par un courrier en date du 13 juillet 2016, qu'elle n'a exprimé son intention de demander la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires que dans le paragraphe 3 de sa lettre intitulé " IS, Chalet Wlodyka " portant sur une opération qualifiée d'acte anormal de gestion. Dès lors, la société doit être regardée comme ayant circonscrit sa demande à ce seul chef de rehaussement. Par une réponse du 29 août 2016, l'administration fiscale a refusé de faire droit aux observations. Par la suite, si elle a, par un premier courrier du 12 octobre 2016, d'abord refusé de soumettre le litige à la commission départementale, elle a, par un second courrier du 24 octobre 2016, annulant et remplaçant expressément le précédent, accepté de soumettre le désaccord résultant de la vente du chalet à la commission départementale. Dans ces circonstances, la société requérante ne peut se prévaloir de ce que l'administration est revenue sur son refus initial, qui était irrégulier, et a fait droit à sa demande, pour soutenir que la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires résulterait de l'initiative de l'administration. Ainsi, dès lors que l'administration fiscale a, comme elle en avait l'obligation, soumis à la commission le litige conformément à la demande exprimée par la société dans ses observations, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que l'ensemble du litige aurait dû être soumis à l'avis de la commission. La circonstance que l'administration fiscale n'ait pas expressément reconnu avoir commis une erreur dans son courrier du 24 octobre 2016 est à cet égard sans incidence. Par suite, la société SARL Alpes Bâti Décor n'est pas fondée à soutenir que les rappels de taxe contestés lui ont été assignés à l'issue d'une procédure irrégulière, de sorte que le moyen doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SARL Bâti Décor doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Alpes Bâti Décor est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Alpes Bâti Décor et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

V. BARNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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