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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006137

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006137

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJOURDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 octobre 2020, 29 décembre 2020 et 22 septembre 2021, M. A B et Mme D G demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 mars 2020 par lequel le maire de Crémieu ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par M. E C portant sur la réalisation d'une piscine sur une parcelle cadastrée section AH n° 172 située 11 chemin de la Reynière à Crémieu.

Ils soutiennent que :

- le projet n'est pas autorisé par les articles N1 et N2 du règlement de la zone N du plan local d'urbanisme ;

- le projet ne respecte pas la distance de 3 m imposée en matière d'implantation en limite séparative par l'article R. 111-19 du code de l'urbanisme et l'article N7 du règlement de la zone N du plan local d'urbanisme par rapport à leur propriété ;

- le projet, compte-tenu de son emprise au sol et de sa hauteur, était soumis à permis de construire ;

- l'exécution du projet n'est pas conforme à l'autorisation délivrée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2020, la commune de Crémieu demande au tribunal de prononcer un non-lieu à statuer.

Elle soutient que compte tenu de l'emprise au sol du projet de M. C de 63 m², elle s'engage à lui demander de déposer une demande de permis de construire de régularisation, de sorte que le litige n'a plus d'objet.

Par des mémoires enregistrés les 17 septembre 2021 et 1er novembre 2021, M. E C, représenté par Me Jourda, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les requérants n'ont produit aucun titre pour justifier de leur qualité de propriétaire ;

- ils ne justifient d'aucun intérêt à agir dès lors qu'il existait déjà une piscine hors sol en limite de propriété et que leur maison n'a aucune ouverture donnant sur le projet ;

- le moyen tiré de la nécessité d'un permis de construire n'est pas fondé ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-19 du code de l'urbanisme est inopérant dès lors qu'il ne s'applique pas dans la commune de Crémieu, qui est dotée d'un plan local d'urbanisme ;

- les moyens tirés de la méconnaissance du règlement de la zone N sont tardifs en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme et au demeurant non fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beytout,

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 mars 2020, le maire de Crémieu ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par M. C portant sur la réalisation d'une piscine sur une parcelle cadastrée section AH n° 172 située 11 chemin de la Reynière. M. B et Mme G ont formé contre cet arrêté un recours gracieux par courrier du 19 juin 2020 reçu par le maire de la commune de Crémieu le 23 juin 2020 et implicitement rejeté le 23 août 2020. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2020.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Si la commune de Crémieu a indiqué dans ses écritures qu'elle entendait solliciter de M. C qu'il dépose une demande de permis de construire pour régulariser les travaux entrepris, cette circonstance ne prive pas d'objet la présente requête, l'arrêté attaqué n'ayant été ni retiré ni abrogé. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense ;

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-11 du code de l'urbanisme : " I.-Dans le périmètre des sites patrimoniaux remarquables, dans les abords des monuments historiques, dans un site classé ou en instance de classement, dans les réserves naturelles, dans les espaces ayant vocation à être classés dans le cœur d'un futur parc national dont la création a été prise en considération en application de l'article R. 331-4 du code de l'environnement et à l'intérieur du cœur des parcs nationaux délimités en application de l'article L. 331-2 du même code, les constructions nouvelles suivantes doivent être précédés d'une déclaration préalable : / a) Les constructions nouvelles répondant aux critères cumulatifs suivants : / -une hauteur au-dessus du sol inférieure ou égale à douze mètres ; / -une emprise au sol inférieure ou égale à vingt mètres carrés ; / -une surface de plancher inférieure ou égale à vingt mètres carrés ; / b) Les ouvrages de production d'électricité à partir de l'énergie solaire installés sur le sol dont la puissance crête est inférieure à trois kilowatts ; () d) Les piscines dont le bassin a une superficie inférieure ou égale à cent mètres carrés et qui ne sont pas couvertes ou dont la couverture, fixe ou mobile, a une hauteur au-dessus du sol inférieure à un mètre quatre-vingts ; () g) Les terrasses de plain-pied () ". Le lexique du plan local d'urbanisme de Crémieu définit l'emprise au sol comme " la projection du volume de la construction tous débords et surplombs inclus () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le projet porte sur la construction d'une piscine de 18 m² et l'extension d'une terrasse de plain-pied déjà existante dont il n'est pas soutenu qu'elle a été réalisée sans autorisation. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la seule extension de la terrasse, dont il ne ressort pas des pièces du dossier de déclaration préalable qu'elle dépasse significativement du niveau du terrain naturel en créant de l'emprise au sol sur une surface supérieure à 20 m², ne nécessite pas l'obtention d'un permis de construire.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Toutes les constructions, occupations et tous les travaux sont interdits sauf ceux mentionnés dans l'article N 2 () ". Et aux termes de l'article N2 : " En zone N, et Npe sont autorisées, sous conditions, les occupations et utilisations du sol suivantes, sauf dispositions contraires liées aux zones de risques naturels : () / - L'extension ou l'annexe des habitations existantes sont admises sous réserve de ne pas compromettre la qualité paysagère du site : / · Annexes des bâtiments d'habitations : / o La surface totale maximale d'emprise au sol des piscines : 40m² () ".

6. Il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe en zone N du règlement graphique du plan local d'urbanisme de la commune de Crémieu. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le règlement autorise la construction d'annexes en zone N, et notamment des piscines dès lors que leur emprise au sol est inférieure à 40 m². Le projet, qui porte sur la réalisation d'un bassin de 18 m², est donc permis dans la zone et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit donc, en tout état de cause, être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres ". Et aux termes de l'article N7 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions en limite séparative : " () A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres. / La hauteur se mesure entre le terrain naturel existant, dans son état antérieur au commencement des travaux, à l'égout du toit ".

8. D'une part, en vertu de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme, l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme n'est pas applicable aux communes dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu. La commune de Crémieu étant couverte par un plan local d'urbanisme, les requérants ne peuvent donc pas utilement invoquer la méconnaissance de l'article R. 111-19 du code de l'urbanisme.

9. D'autre part, si la piscine en litige est une construction, elle ne constitue pas un bâtiment. Dès lors, et en l'absence de précisions supplémentaires dans le règlement du plan local d'urbanisme s'agissant des annexes, elle n'est pas soumise aux règles d'implantation en limites séparatives précitées qui ne visent que les bâtiments. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article N7 doit donc être écarté.

10. En quatrième et dernier lieu, la circonstance que l'exécution du projet soit différente du projet présenté dans la déclaration préalable, s'agissant notamment de l'implantation du local technique, de l'habillage des murs en béton banché ou encore de l'impact visuel de la construction, est sans incidence sur la légalité de l'autorisation d'urbanisme en cause. Elle ne peut donc être utilement invoquée à l'appui de conclusions à fin d'annulation. Il appartient aux requérants, s'ils s'y croient fondés, de solliciter du maire qu'il dresse un procès-verbal d'infraction.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requérants doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Crémieu, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

13. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et Mme F est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront 1 000 euros à M. E C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Crémieu et à M. E C.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Beytout, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La rapporteure,

E. BEYTOUT

Le président,

P. THIERRYLa greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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