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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101678

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101678

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP FAYOL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 mars 2021 et le 24 août 2022, M. E B, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2020 par lequel le maire de la commune de Gigors-et-Lozeron a délivré à M. A C un permis de construire pour l'extension de son habitation et la construction d'une piscine ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Gigors-et-Lozeron et de M. A C la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'avis de l'ABF aurait dû être un avis conforme en vertu de l'article L. 621-30 du code du patrimoine dès lors que le projet se situe en covisibilité de l'église de Saint Pierre de Gigors ;

- le dossier est incomplet au regard de sa notice, de son plan de masse et des documents photographiques produits ;

- l'arrêté méconnaît les articles U10 et U 12 du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2021, la commune de Gigors-et-Lozeron, représentée par Me Lamamra, conclut au rejet de la requête ou subsidiairement à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et que soit mise à la charge du requérant le somme de de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas de son intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 14 mai 2021 et le 5 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Matras, conclut au rejet de la requête ou subsidiairement à ce que soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas de son intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 5 octobre 2022 et le 1er août 2023, M. C conclut, dans le dernier état de ses écritures, à ce que le requérant soit condamné à lui verser une somme de 23 255 euros sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le recours est abusif et qu'il lui a causé un préjudice financier.

Par un mémoire enregistré le 27 février 2024, M. B, représenté par Me Blanc, conclut au rejet des conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge des défendeurs une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que son recours n'est pas abusif.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Holzem,

- les conclusions de Mme D,

- et les observations de Me Breysse, représentant M. B, de Me Lamamra, représentant la commune de Gigors-et-Lozeron et de Me Teston, représentant M. C.

Une note en délibéré présentée pour M. C a été enregistrée le 3 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 septembre 2020, M. C a déposé, auprès du service instructeur de la commune de Gigors-et-Lozeron, une demande de permis de construire pour l'extension de son habitation et la construction d'une piscine. Par arrêté du 7 décembre 2020, le maire a délivré le permis de construire sollicité.

Sur la fin de non-recevoir soulevée :

2. M. B établit être propriétaire d'un bien immobiliser situé à quelques mètres du terrain d'assiette du projet en cause. En outre, il fait état de la perte de vue qu'entraînera le projet, élément qui n'est pas remis en cause par les pièces du dossier. Eu égard à la nature de la construction projetée, le projet peut être regardé comme affectant directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. M. B justifie ainsi de son intérêt pour agir, tant au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. Dès lors, la fin de non-recevoir soulevée doit être écartée.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne l'avis de l'architecte des bâtiments de France :

3. Il résulte de la combinaison des articles L. 621-30, L. 621-32, du I de l'article

L. 632-2 du code du patrimoine et de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme que ne peuvent être délivrés qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France les permis de construire portant sur des immeubles situés, en l'absence de périmètre délimité, à moins de cinq cents mètres d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, s'ils sont visibles à l'œil nu de cet édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public, y compris lorsque ce lieu est situé en dehors du périmètre de cinq cents mètres entourant l'édifice en cause.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'architecte des bâtiments de France a émis un avis favorable le 8 octobre 2010 assorti de prescriptions qui ont toutes été reprises en prescription du permis de construire litigieux. Ainsi, la circonstance que l'architecte n'ait pas constaté l'état de covisibilité ou la visibilité du projet depuis l'église de Saint Pierre de Gigors - visibilité qui au demeurant n'est pas établie par les pièces du dossier - mais seulement que le projet était situé dans le périmètre de 500 mètres autour de l'église est sans influence sur la légalité de l'arrêté en litige.

En ce qui concerne la complétude du dossier :

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. D'une part, si la notice jointe au dossier de permis de construire ne fait pas état de la proximité d'un bâtiment classé monument historique, cet état de fait n'a pas induit le service instructeur en erreur puisque l'avis de l'architecte des bâtiments de France a été sollicité. S'agissant de l'insertion du projet, la notice expose les choix qui ont présidé son implantation pour réduire son impact visuel et assurer son insertion au sein des constructions existantes, elle précise les matériaux utilisés et les couleurs sont également précisées sur les plans de façade. S'agissant de l'accès au terrain, ses caractéristiques sont visibles sur le plan de masse. Enfin les plans de masse de l'existant et du projet démontrent l'absence d'impact du projet sur les plantations existantes et l'absence de modification du traitement des espaces libres.

7. D'autre part, si le plan de masse ne mentionne pas de cotes, il comporte cependant une échelle permettant au service instructeur de vérifier le respect des dispositions relatives aux prospects. Ce plan comporte par ailleurs des cotes altimétriques NGF. Si les réseaux ne sont effectivement pas représentés, le projet consiste en une extension d'une habitation existante sans modification des réseaux, de sorte que l'absence de représentation de ceux-ci sur le plan de masse n'a pu induire le service instructeur en erreur.

8. Enfin, si les photographies de l'existant produites ne montrent pas de vue lointaine du terrain d'assiette, cette omission reste sans influence compte tenu de la photographie satellite par ailleurs produite.

9. Il résulte de ce qui précède que le dossier de permis de construire était suffisant au regard des dispositions des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne le respect du plan local d'urbanisme :

10. En premier lieu, en vertu de l'article U 10 du plan local d'urbanisme la hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel existant avant les travaux d'exhaussement ou d'affouillement nécessaires pour la réalisation de la construction.

11. La hauteur des constructions ne peut qu'être mesurée en prenant le point le plus haut de la construction par rapport au niveau du sol naturel au-dessus duquel il se situe. Ainsi en prenant le point le plus bas du terrain d'assiette comme référence et non le niveau du terrain naturel au-dessus duquel se trouve le point le plus haut de la construction projetée, le requérant n'établit pas une méconnaissance des dispositions de l'article U 10 du plan local d'urbanisme.

12. En second lieu, l'article U 12 précise, en son premier alinéa, que le stationnement des véhicules, y compris en cas d'extension de bâtiment existants, doit être assuré en dehors des voies publiques. Cet article impose, en son second alinéa, que le nombre de places de stationnement soit en lien avec " l'usage et la consistance (surface de plancher) de la construction " et précise qu'il est notamment exigé au minimum une place par logement de plus de 60 m².

13. Le projet contesté a pour objet l'extension de 45 m² d'une maison existante, portant la surface de plancher totale à 190 m². Les dispositions précitées du plan local d'urbanisme prévoient clairement qu'elles sont également applicables aux extensions. Le projet ne prévoit aucune place de stationnement et il n'existe aucune place affectée au logement existant. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article U 12 du plan local d'urbanisme est fondé.

Sur les conséquences de l'illégalité retenue :

14. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce () ".

15. En l'espèce, le vice relevé au point 13 est susceptible d'être régularisé. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme en annulant le permis de construire uniquement en tant qu'il autorise le projet sans place de stationnement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

16. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts () ".

17. En l'espèce, la requête ne traduit pas un comportement abusif de la part du requérant qui est voisin immédiat du projet. En conséquence, les conclusions de M. C présentées au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

Sur les frais de procès :

18. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. C et la commune de Gigors-et-Lozeron doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de commune de Gigors-et-Lozeron une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 7 décembre 2020 du maire de la commune de Gigors-et-Lozeron est annulé en tant qu'il autorise le projet sans place de stationnement.

Article 2 :La commune de versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. E B, à la commune de Gigors-et-Lozeron et à M. A C.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Pollet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

La rapporteure,

J. Holzem

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101678

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