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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101747

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101747

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101747
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantVICQUENAULT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 mars 2021, 2 juillet 2023 et 21 septembre 2024 (ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué) sous le n°2101747, Mme B A, représentée par Me Vicquenault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2020-185 du 2 novembre 2020 par lequel le maire de Combloux a sursis à statuer à la demande préalable DP n° 07408320A0072 qu'elle a déposée tendant à détacher de la parcelle cadastrée à la section B n° 2665 un lot à bâtir de 1200 m², ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Combloux de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 500 euros, ou subsidiairement, de réexaminer sa demande aux mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Combloux la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la commune doit justifier de l'existence de la délibération prescrivant l'élaboration du futur plan local d'urbanisme communal, régulièrement publiée ;

- la commune ne justifie pas de l'existence d'un débat sur les orientations générales du PADD ;

- le projet en litige n'est pas de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme ; l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ; il ne porte pas d'atteinte significative au futur plan.

Par deux mémoires enregistrés le 13 février 2023 et le 22 septembre 2023, la commune de Combloux, représentée par la société d'avocats Conseil Affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Combloux fait valoir que les moyens de la requête sont soit inopérants, soit infondés.

Par une lettre du 25 septembre 2023, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 16 octobre 2023, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 21 mars 2024.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 juillet 2021, 2 juillet 2023 et 21 septembre 2024 (ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué) sous le n°2105058, Mme B A, représentée par Me Vicquenault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-139 du 21 mai 2021 par lequel le maire de Combloux a sursis à statuer à la demande de permis de construire PC 07408321A0046 qu'elle a déposée pour la construction d'une maison d'habitation d'une surface de plancher de 316,20 m² sur la parcelle cadastrée à la section B n° 2665 ;

2°) d'enjoindre au maire de Combloux de lui délivrer le permis de construire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 500 euros, ou subsidiairement, de réexaminer sa demande aux mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Combloux la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la commune doit justifier de l'existence de la délibération prescrivant l'élaboration du futur plan local d'urbanisme communal, régulièrement publiée ;

- la commune ne justifie pas de l'existence d'un débat sur les orientations générales du PADD ;

- le projet en litige n'est pas de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme ; l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ; il ne porte pas d'atteinte significative au futur plan.

Par deux mémoires enregistrés le 13 février 2023 et le 22 septembre 2023, la commune de Combloux, représentée par la société d'avocats Conseil Affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Combloux fait valoir que les moyens de la requête sont soit inopérants, soit infondés.

Par une lettre 25 septembre 2023, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 16 octobre 2023, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 21 mars 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 novembre 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Vincquenault, pour Mme A et les observations de Me Punzano, pour la commune de Combloux.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2101747 et n° 2105058 présentées par Mme A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme B A est la propriétaire indivise de la parcelle cadastrée à la section B n° 2665, d'une surface de 3684 m², située chemin " Les Pontets " à Combloux. La parcelle est classée en zone UBc du plan local d'urbanisme communal. Le 30 octobre 2020, elle a déposé une déclaration préalable DP n° 07408320A0072 en vue de détacher un lot à bâtir pour une surface de 1 200 m². Par arrêté n° 2020-185 du 2 novembre 2020, le maire de Combloux a sursis à statuer à la demande préalable. Le 17 novembre 2020, Mme A a présenté un recours gracieux auquel il n'a pas été répondu. Dans l'instance n° 2101747, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

3. Le 28 mai 2021, Mme A a déposé une demande de permis de construction PC 07408321A0046 d'une maison individuelle d'une surface de plancher de 316,20 m² sur le lot à bâtir. Par arrêté du 21 mai 2021, le maire de Combloux a sursis à statuer à la demande de permis de construire. Dans l'instance n° 2105058, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 21 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation des arrêtés attaqués :

4. Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables. ".

5. Un sursis à statuer ne peut être opposé, sur le fondement des dispositions précitées, postérieurement au débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables, qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse son exécution.

6. En premier lieu, le sursis à statuer sur une demande d'autorisation préalable de diviser un terrain ou de construire ne pouvant être opposé que postérieurement au débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables, elles-mêmes définies postérieurement à la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme, le moyen tiré de ce que la commune n'a pas produit la délibération publiée prescrivant l'élaboration du futur plan local d'urbanisme doit être écarté comme inopérant.

7. En deuxième lieu, il ressort de la délibération n° 2020-013 du 14 janvier 2020 produite en défense que le conseil municipal de Combloux a débattu des orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables dans le cadre de la révision générale du plan local d'urbanisme communal. La requérante n'apporte d'ailleurs aucun commencement de démonstration de ce que ce débat n'aurait pas eu lieu. Par suite, le moyen doit être écarté comme non fondé.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de deux arrêtés attaqués, le projet d'aménagement et de développement durables a été arrêté depuis le 15 juillet 2019 et débattu devant le conseil municipal le 14 janvier 2020. Ce document entend favoriser le maintien de l'agriculture impliquant notamment que certains hameaux verront leur potentiel d'urbanisation réduit pour une meilleure prise en compte de l'agriculture tandis qu'il vise à densifier et organiser le développement du chef-lieu. Cette orientation implique notamment de reclasser " en zone agricole de " gestion de l'existant " (extension limitée, création d'annexes) toutes les constructions isolées et les plus petits hameaux éloignés du chef-lieu ". Contrairement aux allégations de la requérante, les plans de zonage sont suffisamment précis puisqu'il ressort du règlement graphique arrêté le 15 juillet 2019 que l'ensemble du secteur des Pontets dans lequel s'insère la parcelle litigieuse et qui comporte trois constructions existantes, a été classé exclusivement en zone agricole. Dans ces conditions, les éléments énoncés ci-dessus traduisaient un état suffisamment avancé du futur plan local d'urbanisme, à la date des arrêtés attaqués, pour apprécier si le projet était de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution de ce plan et donc de permettre le cas échéant, au maire de Combloux d'envisager d'opposer un sursis à statuer au titre des dispositions précitées du code de l'urbanisme.

9. Par ailleurs, le terrain d'assiette du projet litigieux, qui emporte la création d'un chalet de 316,20 m² de surface de plancher sur un lot à bâtir de 1 200 m² s'insère dans une zone rurale construite de deux maisons d'habitation, d'un bâtiment agricole et d'un mazot. Il ressort des photographies présentées dans le dossier de permis de construire que le chemin des Pontets qui dessert le terrain d'assiette se termine en impasse à la hauteur du tènement. Au-delà, le tènement s'ouvre sur une vaste zone agricole. Ce secteur se situe en dehors du chef-lieu de Combloux que les auteurs du plan local d'urbanisme entendent uniquement densifier. Il ne présente pas le caractère d'un hameau, quand bien même une construction aurait été autorisée par un arrêté du 16 février 2021. Dans ces conditions, eu égard au parti d'aménagement retenu tendant à l'urbanisation dans l'enveloppe du chef-lieu à laquelle n'appartient pas le terrain d'assiette du projet litigieux et à la préservation des espaces agricoles, à la configuration des lieux et à l'importance du projet destiné à créer plus de 316,20 m² de surface de plancher, le projet était de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Par suite, en opposant un sursis à statuer, le maire de Combloux a fait, dans les circonstances de l'espèce, une exacte application des dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme et le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2020 et de l'arrêté du 21 mai 2021. Dès lors, ses conclusions en annulation dirigées contre ces arrêtés et la décision implicite de rejet de son recours gracieux doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions d'injonction sous astreinte et les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais de justice :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Combloux tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er:Les requêtes n° 2101747 et 2105058 de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Combloux en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées dans les deux instances.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Combloux.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2101747 et 2105058

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