jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103552 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juin 2021, la SARL Inside, représentée par Me Tournoud, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle exerce une activité de conseil auprès des entreprises en difficultés à l'adresse même de son siège social ; elle remplit ainsi les conditions édictées par l'article 44 octies A du code général des impôts et peut donc bénéficier du régime de la zone franche urbaine ;
- elle a démontré le risque de non recouvrement des provisions comptabilisées, celles-ci doivent donc être admises en déduction.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Mme Bailleul a été désignée rapporteur public en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Bailleul, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Inside, qui exerce une activité de conseil aux entreprises en difficultés, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016 à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. Les réclamations présentées par la société les 6 juin 2019 et 15 septembre 2020 ayant été rejetées, elle demande au tribunal la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge.
Sur la remise en cause du bénéfice du régime d'exonération au titre des zones franches urbaines :
2. Aux termes du dernier alinéa du I de l'article 44 octies A du code général des impôts : " I.- Les contribuables qui, () entre le 1er janvier 2006 et le 31 décembre 2011, exercent des activités dans les zones franches urbaines définies au deuxième alinéa du B du 3 de l'article 42 de la même loi sont exonérés d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices provenant des activités implantées dans la zone () / Lorsque l'activité non sédentaire d'un contribuable est implantée dans une zone franche urbaine mais est exercée en tout ou partie en dehors d'une telle zone, l'exonération s'applique si ce contribuable emploie au moins un salarié sédentaire à temps plein ou équivalent, exerçant ses fonctions dans les locaux affectés à l'activité, ou si ce contribuable réalise au moins 25 % de son chiffre d'affaires auprès de clients situés dans les zones franches urbaines. "
3. L'administration a remis en cause le régime d'exonération des bénéfices prévu au I de l'article 44 octies A du code général des impôts, sous lequel s'était placée la SARL Inside, aux motifs que la société, qui exerce une activité non sédentaire, réalise des prestations auprès de clients tous implantés hors de la zone franche urbaine et que son salarié se déplace régulièrement auprès de ceux-ci. Par suite, l'administration a constaté qu'aucune des deux conditions alternatives prévues au I de l'article 44 octies A du code général des impôts pour le bénéfice de cette exonération n'était remplie.
4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
5. Il résulte de l'instruction, d'une part, qu'il n'est pas contesté que le critère relatif à la réalisation d'au moins 25% du chiffre d'affaires auprès de clients situés en zone franche urbaine n'est pas rempli par la SARL Inside. D'autre part, si cette dernière fait valoir qu'elle emploie un salarié sédentaire dans la zone franche, elle ne produit aucun élément, qu'elle est seule en mesure de produire, à l'appui de son argumentation. Dans ces conditions, la SARL Inside n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle pouvait prétendre, au titre des années 2014, 2015 et 2016, au bénéfice de l'exonération prévue par les dispositions précitées du I de l'article 44 octies A du code général des impôts.
Sur la remise en cause de la déductibilité des provisions pour dépréciation des comptes clients :
6. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () ". Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent par un lien direct aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise.
7. Il appartient au contribuable de justifier des provisions qu'il entend déduire de son bénéfice.
8. Il résulte de l'instruction que la SARL Inside a comptabilisé, au titre de l'exercice clos en 2014, deux provisions d'un montant de 5 000 euros chacune pour dépréciation des comptes clients SBI et SRE correspondant à la totalité du montant hors taxe des créances. Toutefois, en se bornant à soutenir qu'elle a démontré que le risque de non recouvrement était avéré, sans produire de justificatif à l'appui de ses allégations, la société requérante n'établit pas le caractère non recouvrable des créances qu'elle détenait à la clôture de l'exercice concerné.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la SARL Inside doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la SARL Inside est rejetée. Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la SARL Inside et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme A et Mme Coutarel, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023
La rapporteure,
A. Coutarel
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026