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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106148

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106148

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106148
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 septembre 2021 et le 12 avril 2022, M. C B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 29 mai 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ensemble les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises le 8 juin 2016, le 30 janvier 2017, le 1er février 2017, le 11 avril 2017, le 17 mai 2017, le 13 juin 2017, le 9 juillet 2018, le 28 décembre 2018, le 29 septembre 2019, le 4 février 2020 et le 23 août 2020.

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire, dans le délai d'un mois, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les décisions de retrait de points relatives constatées le 8 juin 2016, le 30 janvier 2017, le 1er février 2017, le 11 avril 2017, le 17 mai 2017, le 13 juin 2017, le 9 juillet 2018, le 28 décembre 2018, le 29 septembre 2019, le 4 février 2020 et le 23 août 2020, ne lui ont pas été notifiées.

- il n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route concernant ces décisions de retrait de points préalables à la décision " 48SI ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre " 48SI " du 29 mai 2021, le ministre de l'intérieur a informé M. B de l'invalidation de son permis de conduire à la suite d'un solde de points nul. Dans la présente instance, le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises le 31 janvier 2018, le 14 juin 2018, le 28 janvier 2019, le 26 août 2019, le 16 septembre 2019, le 10 octobre 2019, le 22 novembre 2019, le 2 décembre 2019 à 14h45, le 2 décembre 2019 à 15h26, le 15 janvier 2020, le 28 janvier 2020, le 9 février 2020 et le 25 février 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte tant des écritures du ministre de l'intérieur que du relevé d'information intégral afférent à la situation de M. B, édité le 10 novembre 2021, qu'en raison du suivi d'un stage de sensibilisation aux causes et accidents de la route, effectué les 28 et 29 juin 2021, quatre points ont été ajoutés au solde de points du permis de conduire de l'intéressé, lequel est redevenu positif. Ainsi, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant retiré, postérieurement à l'introduction de la requête, la décision référencée " 48SI " du 29 mai 2021 en tant qu'elle constate l'invalidité du permis de conduire de l'intéressé. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la notification des décisions de retrait de point :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a en effet pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des décisions portant retrait de points est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la délivrance de l'information préalable :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code ; qu'il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

5. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

S'agissant les infractions commises le 4 février 2020 et le 23 août 2020 :

6. Le ministre de l'intérieur a produit le procès-verbal électronique de ces infractions constituées par, d'une part, par le non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant, d'autre part, par un excès de vitesse d'au moins 30 km/h et inférieur à 40 km/h et sanctionnées, respectivement, par le retrait de 4 et 3 points sur le permis de conduire du requérant. S'il ressort de ces procès-verbaux que M. B a refusé de les signer, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi résulte de la circonstance que ces infractions ont donné lieu au paiement de l'amende forfaitaire majorée et que le contrevenant n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. Le requérant n'allègue pas s'être vu remettre des avis inexacts ou incomplets. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points à la suite de ces infractions serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant des infractions commises le 8 juin 2016, le 1er février 2017, le 30 janvier 2017, le 11 avril 2017 et le 17 mai 2017 :

7. Il résulte du relevé d'information intégral de M. B, que les amendes forfaitaires relatives aux infractions susmentionnées, relevées par radar automatique ainsi que le prouvent les mentions " par tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé) " ont été payées par le requérant. Il découle de cette seule constatation que l'intéressé a nécessairement reçu l'avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là, que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant, dès lors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qu'ils lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets.

S'agissant des infractions commises le 13 juin 2017, le 9 juillet 2018, le 28 décembre 2018 et le 29 septembre 2019 :

8. Il résulte du même relevé d'information, que les infractions susmentionnées, relevées par procès-verbal électronique, ont donné lieu au paiement par M. B de l'amende forfaitaire ainsi que le prouvent les mentions " Par tribunal d'instance ou de police ", respectivement de Chambéry, de Bourg-en-Bresse, de Cherbourg et de Chambéry. Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu l'avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là, que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant, dès lors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qu'ils lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets.

Sur les autres conclusions :

9. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de M. B ne peuvent qu'être rejetées.

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision référencée " 48SI " du 29 mai 2021 en tant qu'elle constate l'invalidité du permis de conduire de M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le président,

J-P. A

La greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106148

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