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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2200343

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200343

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 mai 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté sa demande d'octroi des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de la rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter d'avril 2021 dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au profit de son conseil une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 19 mai 2021est insuffisamment motivée;

- sa situation de vulnérabilité n'a pas été prise en compte;

- la décision est entachée sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés et qu'il convient, le cas échéant, de substituer, comme base légale de la décision contestée, le 3° de l'article L. 551-15, anciennement 2° de l'article L. 744-8, au 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2021

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée sur sa demande de prononcer ses conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Wyss a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, de nationalité nigériane, est entrée en France à la date déclarée du 10 janvier 2019 pour y demander l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugié et apatrides le 25 mai 2020 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 16 décembre 2020. Dès le 20 avril 2021, Mme A a formé une demande de réexamen. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'asile. Son recours administratif a été rejeté le 19 mai 2021 par l'Office.

2. La décision du 19 mai 2021 comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée. Il ne ressort ni de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation de Mme A n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier.

3. Aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'sile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

4. Le moyen tiré de ce que la vulnérabilité de Mme A n'aurait pas été examinée doit être rejeté comme manquant en fait, cette évaluation réalisée le 20 avril 2021 n'ayant au demeurant révélé aucun élément particulier de vulnérabilité. Si Mme A fait valoir que cette évaluation ne prend pas assez en compte sa situation de victime de traite, elle n'assortit cette affirmation d'aucun justificatif alors qu'il est noté qu'elle bénéficie d'un hébergement et n'a signalé aucun problème de santé.

5. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () / 3° il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code, transposant ces dispositions : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 2° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile () ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature () ".

6. Il est constant que la seconde demande d'asile de Mme A est une demande de réexamen et a, au demeurant, été rejetée pour ce motif par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 mai 2021. Si, par suite, la décision litigieuse ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requérante, dont la vulnérabilité a bien été évaluée, n'a été privée d'aucune garantie procédurale relative au refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil au sens et pour l'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu de substituer aux dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, les dispositions du 3° de l'article L. 551-15 de ce code, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie, et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

8. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

Le président rapporteur,

J. P. Wyss

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

J. HolzemLe greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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