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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2201111

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201111

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête et un mémoire, enregistrés le 23 février 2022 et le 9 septembre 2022, M. D et Mme B C demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 août 2021 A lequel le maire de la commune de Thollon-Les-Mémises a délivré un permis de construire sept chalets au fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia sur un terrain situé domaine du Grand Roc, " le Mont Chalon ", sur le territoire de la commune de Thollon-Les-Mémises.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir ;

- le dossier de demande de permis de construire méconnaît les dispositions des articles L. 431-2, R. 431-7, R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le formulaire Cerfa de demande de permis de construire comporte des informations erronées en ce qui concerne la conformité du projet aux articles 8 et 8 bis du règlement de copropriété et en ce qui concerne la validation du projet A l'assemblée générale de copropriété ;

- le projet en litige attaqué méconnaît les dispositions de l'article U.2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'implantation des constructions A rapport aux limites des propriétés voisines et est incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " Grand Roc " en ce qui concerne l'appréciation du respect du découpage parcellaire ;

- le projet attaqué méconnaît les dispositions de l'article U.2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'aspect des façades et est incompatible avec le point 3 des généralités des orientations d'aménagement et de programmation ;

- le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article U.2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne les toitures ;

- le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article U.3.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne les eaux pluviales ;

- le projet attaqué méconnaît l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) et les dispositions de l'article U.2.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet litigieux ne s'insère pas dans son environnement.

A un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia, représenté A Me Menard, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 octobre 2022 A une ordonnance du même jour.

Une mesure d'instruction a été effectuée le 14 octobre 2022, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, tendant à obtenir l'entier dossier de demande de permis de construire en version numérique.

En réponse à cette mesure d'instruction, la commune de Thollon-Les-Mémises a produit des pièces complémentaires, enregistrées le 31 octobre 2022, qui ont été communiquées.

M. et Mme C ont produit un mémoire complémentaire, enregistré le 5 novembre 2022, qui n'a pas été communiqué.

A un courrier du 7 novembre 2022, les parties ont été informées de la possibilité pour le tribunal de juger, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, que les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, méconnaît R. 431-10 du code de l'urbanisme, méconnaît les dispositions de l'article U.2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'implantation des constructions A rapport aux limites des propriétés voisines et l'orientation d'aménagement et de programmation " Grand Roc " en ce qui concerne l'appréciation du respect du découpage parcellaire sont fondés et d'estimer que ces illégalités se rapportent à des vices susceptibles d'être régularisés A un permis de construire modificatif et, A conséquent, qu'il était susceptible de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai accordé à cette fin.

En réponse à ce courrier, le fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia a produit deux mémoires, enregistrés le 9 novembre 2022 et le 11 novembre 2022, qui ont été communiqués.

En réponse à ce courrier, M. et Mme C ont produit un mémoire, enregistré le 11 novembre 2022, qui a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C et de Me Menard, représentant le fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia.

Une note en délibéré, présentée pour le fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia, a été enregistrée le 15 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 mai 2021, le fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia a déposé une demande de permis de construire sept chalets pour une surface de plancher créée de 479,50 m², sur un terrain, cadastré section AN n° 279, situé au domaine du Grand Roc, Mont Chalon, sur le territoire de la commune de Thollon-Les-Mémises. A un arrêté du 17 août 2021, le maire de la commune de Thollon-Les-Mémises a délivré le permis de construire sollicité. Le 29 octobre 2021, reçu le 2 novembre suivant A la commune, M. D et Mme B C ont formé un recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté. Ce recours a été rejeté A une décision implicite du 2 janvier 2022. A la présente requête, M. et Mme C demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie A le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () "

3. Il résulte de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier A les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

4. En défense, le fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia oppose une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants dans la présente instance. Pour justifier de leur intérêt à agir, les requérants soutiennent que le chalet n° 132 dont ils sont propriétaires sera mitoyen de quatre des sept chalets que le projet litigieux prévoit de construire. Ils expliquent que ce projet, au regard de son implantation et de son volume, aboutira à une perte de vue, d'intimité, d'ensoleillement et de luminosité de leur bien. Dans ces conditions et compte tenu notamment de l'importance du projet litigieux portant sur sept chalets d'une surface de plancher créée de 479,50 m², il est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance du bien des requérants, voisins immédiats de ce dernier. A suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut d'intérêt pour agir ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, selon l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme, un projet architectural, tel que défini A l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12, doit être joint à la demande de permis de construire. Aux termes de l'article L. 431-2 du même code : " Le projet architectural définit, A des plans et documents écrits, l'implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l'expression de leur volume ainsi que le choix des matériaux et des couleurs. / Il précise, A des documents graphiques ou photographiques, l'insertion dans l'environnement et l'impact visuel des bâtiments ainsi que le traitement de leurs accès et de leurs abords ". Aux termes de l'article R. 431-8 : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment A rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi A une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée A un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. " Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction A rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction A rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ;/ d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "

6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés A les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée A l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire qu'il comportait un projet architectural avec une notice présentant de façon synthétique que " l'ensemble des chalets seront réalisés avec le même parti architectural que les chalets existants, dans les Zone 1 et Zone 2, à savoir zone chalets 4 pentes. / Ce parti architectural a été pris afin de respecter au maximum l'existant, mais également de respecter l'architecture et son enveloppe déjà validée A les Assemblées Générales () ". Cette notice était complétée A des photographies permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement proche et lointain. En outre, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ressort très clairement du formulaire Cerfa que le projet prévoit la création d'une surface de plancher de 479,50 m². Si le formulaire Cerfa comporte une erreur de calcul quant à la surface totale et indique à tort, pour la surface totale 1 643,50 m² au lieu de 12120,50 m², une telle erreur est sans incidence sur l'appréciation portée A l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable, dès lors que la dernière case de ce tableau mentionnait en surface totale, intégrant la destination " commerce ", une surface de 12 535,50 m². Ce formulaire Cerfa mentionne également que les dix-sept places de stationnement existantes restent inchangées et que le projet ne prévoit pas d'en créer.

8. Ensuite, les différents documents joints au dossier de demande de permis de construire mentionnent, sur les types de matériaux utilisés, " rives de bois lasurés ", " gardes corps bois lasurés ", " habillage bois clair lasuré " " toiture en bacs acier " sans en préciser la couleur mais ces derniers étaient complétés A les documents graphiques d'insertion représentant leur couleur. Concernant les indications des matériaux employés, la notice architecturale et les plans des façades et de coupes mentionnent un " chapeau de cheminée inox " et un habillage de cette cheminée en inox alors que leur habillage est de couleur blanche sur les documents graphiques d'insertion. Dans le même sens, la notice descriptive mentionne des menuiseries extérieures en triple vitrage alors que les plans mentionnent du " double vitrage " et une couverture réalisée en plaque de polypropylène sur la notice alors qu'elle est indiquée en bac acier sur les plans. Si ces informations apparaissent contradictoires, les requérants ne démontrent toutefois pas que ces inexactitudes, pour regrettables qu'elles soient, auraient été nature à fausser l'appréciation portée A l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. En outre, si les requérants soutiennent qu'il est indiqué un mode de chauffage A pompe à chaleur alors que l'implantation du groupe extérieur est manquante dans le dossier et qu'il n'est pas donné de détail sur son impact visuel et sonore dans l'environnement proche, ils ne démontrent pas l'incidence d'une telle omission sur l'appréciation portée A l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. En outre, ainsi que le soutiennent les requérants, le plan de masse joint au dossier ne comporte aucune information concernant le raccordement du projet aux différents réseaux, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, et une telle insuffisance a pu fausser l'appréciation portée A l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. A cet égard, si le pétitionnaire a produit un plan annoté, le 9 novembre 2022, dans la présente instance, ce plan, qui ne constitue au demeurant pas un plan de masse, n'avait pas été joint lors de l'instruction de sa demande et ne permet ainsi pas de compenser une telle insuffisance.

10. A ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le dossier de demande de permis de construire comportait plusieurs documents graphiques d'insertion permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction A rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages et contenait des photographies présentant l'environnement proche et lointain du projet. En revanche, ainsi que le soutiennent les requérants, le dossier de demande de permis de construire, s'il comportait quatre plans de coupe, il ne comportait pas des plans de coupe concernant les sept chalets que le projet litigieux prévoit de construire en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme et une telle omission a pu fausser l'appréciation portée A l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

11. De surcroît, si les requérants soutiennent que les documents du permis de construire ne mentionnent pas l'implantation d'une pièce supplémentaire en sous-sol sans aucune autre précision, cette branche du moyen n'est toutefois pas assortie des précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé.

12. Enfin, les requérants soutiennent que les pièces produites, en défense, A le pétitionnaire ne sont pas les pièces produites lors du dépôt de la demande de permis de construire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, une mesure ayant été effectuée en ce sens, que les pièces produites A la commune le 31 octobre 2022 sont bien celles ayant été déposées lors de la demande de permis de construire, dès lors qu'elles sont revêtues du cachet de la mairie qui fait foi jusqu'à preuve du contraire.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ". En outre, selon les dispositions de l'article A 424-8 du code de l'urbanisme : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée A la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".

14. En l'espèce, les requérants soutiennent que le formulaire Cerfa de demande de permis de construire comporte des informations erronées en ce qui concerne la conformité du projet aux articles 8 et 8 bis du règlement de copropriété et en ce qui concerne la validation du projet A l'assemblée générale de copropriété. Toutefois, ce règlement de copropriété est un acte de droit privé qui ne fait pas partie de la réglementation d'urbanisme, seule opposable à un permis de construire, ainsi qu'en dispose l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme précité. Ensuite, le permis de construire est délivré sous réserve du droit des tiers, ainsi que l'indique l'article A 424-8 précité du code de l'urbanisme, de sorte que les requérants ne peuvent utilement soutenir que le formulaire Cerfa contiendrait des informations erronées en ce qui concerne la validation du projet A l'assemblée générale de copropriété. A suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution () de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan () sont () compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ".

16. Aux termes de l'article U.2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme : " U.2.1.2 - IMPLANTATION DES CONSTRUCTIONS A RAPPORT AUX LIMITES DE PROPRIETES VOISINES / () / IMPLANTATION / Les constructions doivent s'implanter soit sur la limite parcellaire, soit à une distance minimale de 5 mètres. "

17. L'orientation d'aménagement et de programmation fixée pour le secteur des " Grand Roc " dans lequel s'insère le projet litigieux, prévoit que : " L'objectif de l'OAP 6 est de conserver au lotissement de Mont Chalon l'esprit de la période urbanistique et architecturale à laquelle il a été construit, celle de la " station intégrée " / () / Concernant le découpage parcellaire : le découpage parcellaire initial ne doit pas être modifié ; les lots vides peuvent être construits dans la mesure où la forme urbaine, les caractères architecturaux et les accompagnements paysagers ne remettent pas en cause l'harmonie d'ensemble. L'intégration dans le site doit être démontrée. / () "

18. En l'espèce, et ainsi que le soutiennent les requérants, les documents joints au dossier de demande de permis de construire et notamment le plan de masse ne permettent pas d'apprécier, d'une part, le respect des dispositions de l'article U.2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'implantation des constructions A rapport aux limites des propriétés voisines et, d'autre part, la compatibilité du projet avec l'orientation d'aménagement et de programmation " Grand Roc " en ce qui concerne l'appréciation du respect du découpage parcellaire. Si le pétitionnaire a produit un plan annoté, le 9 novembre 2022, dans la présente instance, ce plan n'avait pas été joint lors de l'instruction de sa demande. A suite, le moyen doit être accueilli en ses deux branches.

19. En quatrième lieu, aux termes de l'article U.2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme : " U.2.2.2 - ASPECT DES FAÇADES / Pour toute construction, il est demandé de composer des volumes et des façades dont les proportions s'intègrent au paysage urbain environnant du point de vue des perceptions lointaines et dominantes de ladite construction. / Pour toute construction, la nature, la teinte des matériaux employés doivent être précisées sur un échantillon avec l'autorité compétente en matière d'urbanisme. / Les menuiseries et bardages doivent être d'aspect bois. L'emploi extérieur à nu de matériaux fabriqués en vue d'être recouverts d'un parement ou d'un enduit ou d'un autre type de revêtement est interdit. / Dans le cas de constructions recherchant des possibilités d'utilisation optimale d'énergies douces, l'adaptation d'éléments constructifs peut être acceptée. "

20. Aux termes des généralités des orientations générales et de programmation : " 3. LE POTENTIEL DES OAP, SURFACES APPROCHEES ET PARTICULARITES / () / OAP5 _MONT CHALON : n'a pas pour objet de l'artificialisation mais la protection architecturale, urbaine et paysagère d'un lotissement particulier. "

21. En l'espèce, les requérants soulèvent la méconnaissance des dispositions de l'article U.2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'aspect des façades et soutiennent que le projet est incompatible avec le point 3 des généralités des OAP. Toutefois, et alors qu'ils reprennent la même argumentation que celle soulevée au soutien du moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire, il ressort des pièces du dossier que les menuiseries et les bardages seront d'aspect bois et notamment en " rives de bois lasurés ", " gardes corps bois lasurés ", " habillage bois clair lasuré " " toiture en bacs acier ". A ailleurs, le projet litigieux de construire sept chalets présente des proportions qui s'intègrent au sein du lotissement du " Grand Roc " qui présente des constructions similaires. A ailleurs, ils ne démontrent nullement l'incompatibilité du projet avec le point 3 des généralités de l'OAP. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté en ses deux branches.

22. En cinquième lieu, aux termes de l'article U.2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme : " U.2.2.3 - ASPECT DES TOITURES / Les toitures indépendantes à un seul pan sont interdites. / Le faîtage de la toiture doit être orienté dans le sens de la ligne de pente. / La pente des toitures doit s'harmoniser avec celles des constructions existantes. La pente doit être comprise entre 40% et 60%. Toutefois, des pentes et des débords de toit différents pourront être admis, dans les cas suivants : / - extension de constructions existantes, pour lesquelles la pente initiale des toitures doit être maintenue, / - constructions annexes ou traitements architecturaux particuliers : porches, auvents, coyaux, levées de toiture, vérandas / Les toitures terrasses sur le bâtiment principal sont interdites. / La teinte des toitures devra être celle de la majorité des toitures environnantes. / Les annexes des habitations : même règle d'aspect des toitures que pour la construction principale. "

23. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux prévoit la construction de sept chalets présentant une toiture à quatre pans de couleur " bac acier imitation singles " qui, contrairement à ce que soutiennent les requérants, s'harmonise avec les constructions existantes avoisinantes. A suite, le moyen tiré de ce que le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article U.2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne les toitures doit être écarté.

24. En sixième lieu, aux termes de l'article U.3.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme : " U.3.2.3 - EAUX PLUVIALES / Toute construction ou installation, toute surface imperméable nouvellement créée (terrasse, toiture, voirie) doit être équipée d'un dispositif d'évacuation des eaux pluviales conforme aux recommandations techniques prescrites en application des annexes sanitaires du PLU et du Zonage d'assainissement volet Eaux Pluviales, et qui assure : / - leur collecte (gouttière, réseaux), / - leur rétention (citerne ou massif de rétention), /- ou leur infiltration dans les sols (puits d'infiltration, massif d'infiltration) quand ceux-ci le permettent, dans le respect du zonage d'assainissement volet Eaux Pluviales. "

25. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

26. Les requérants soutiennent que ces dispositions sont méconnues dès lors qu'il n'existe aucun réseau d'évacuation des eaux pluviales au sein du lotissement du " Grand Roc ", de sorte que la prescription édictée A l'arrêté litigieux délivrant le permis de construire ne peut être respectée. Toutefois, ils n'établissent leurs allégations A aucune pièce. Dans ces conditions, et compte tenu de la prescription que comporte l'arrêté délivrant le permis de construire litigieux tirée de ce que " les eaux pluviales des bâtiments et surfaces imperméables devront être collectées, puis raccordées au réseau existant d'eaux pluviales du lotissement (article U.3.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme) ", le moyen tiré de ce que le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article U.3.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne les eaux pluviales doit être écarté.

27. En dernier lieu, aux termes de l'article U.2.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " U.2.2 - Qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère / U.2.2.1 - GENERALITES / Les divers modes d'occupation et d'utilisation du sol ne doivent pas A leur aspect extérieur porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, des sites et des paysages naturels ou urbains. Les prescriptions de cet article ne sont pas applicables aux bâtiments et ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ou d'intérêt général. / Des modifications ayant pour but d'améliorer l'intégration de la construction à son environnement pourront être exigées à l'obtention de son permis de construire. "

28. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

29. L'orientation d'aménagement et de programmation fixée pour le secteur des " Grand Roc " dans lequel s'insère le projet litigieux, prévoit que : " L'objectif de l'OAP 6 est de conserver au lotissement de Mont Chalon l'esprit de la période urbanistique et architecturale à laquelle il a été construit, celle de la " station intégrée " / () / Concernant l'aspect extérieur des constructions (volumétrie, façades, toitures, menuiseries) : / - En cas de réhabilitation ou extension des constructions existantes, les caractéristiques architecturales de ces dernières devront être préservées. / - En cas de constructions neuves, l'architecture de ces dernières devra s'inspirer de celles des constructions existantes. / () ".

30. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux de construire sept chalets est situé au sein du lotissement du " Grand Roc " qui est composé de nombreux chalets individuels interprétant les caractères architecturaux des fermes rurales de montagne avec notamment des toitures à deux ou à quatre pans, des bardages et des balcons en bois. Le projet litigieux prévoit d'implanter sept chalets individuels en R+2 au sein de ce lotissement présentant une toiture à quatre pans avec une couverture de plaques de polypropylène, type bardeaux canadiens, un bardage en bois, des fenêtres, des portes fenêtres en bois et des balcons en ossature bois. Ce projet s'inspire ainsi des autres chalets du lotissement et s'intègre harmonieusement dans son environnement. A suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article U.2.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'incompatibilité avec l'orientation d'aménagement et de programmation sur ce point doit être écarté.

31. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C sont fondés à soutenir que le projet autorisé A l'arrêté du 17 août 2021 méconnaît les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme et les dispositions de l'article U.2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'implantation des constructions A rapport aux limites des propriétés voisines et l'orientation d'aménagement et de programmation " Grand Roc " en ce qui concerne l'appréciation du respect du découpage parcellaire pour les motifs énoncés aux points 9, 10 et 18.

Sur la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

32. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus A le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

33. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

34. Au cas présent, les illégalités tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme et les dispositions de l'article U.2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'implantation des constructions A rapport aux limites des propriétés voisines et l'orientation d'aménagement et de programmation " Grand Roc " en ce qui concerne l'appréciation du respect du découpage parcellaire qui affectent le permis de construire délivré au fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia A l'arrêté du 17 août 2021 du maire de la commune de Thollon-Les-Mémises sont susceptibles d'être régularisées. Les parties ayant été avisées, A courrier du 7 novembre 2022, de la possibilité de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et invitées à présenter leurs observations, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir au fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia et à la commune de Thollon-Les-Mémises, un délai maximal de deux mois à compter de la notification du présent jugement, afin de solliciter et de délivrer un permis de construire de régularisation et d'en informer le tribunal.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

35. Il convient également de surseoir à statuer sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative A M. et Mme C et A le fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia.

D E C I D E :

Article 1er : Avant de statuer sur le surplus des conclusions à fin d'annulation de M. et Mme C, il est sursis à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, dans l'attente de la notification au tribunal d'un permis de construire modificatif délivré au fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia A le maire de la commune de Thollon-Les-Mémises régularisant les vices tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme et les dispositions de l'article U.2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'implantation des constructions A rapport aux limites des propriétés voisines et l'orientation d'aménagement et de programmation " Grand Roc " en ce qui concerne l'appréciation du respect du découpage parcellaire.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué A le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D et Mme B C, au fonds de dotation pour la création de la fondation Evroasia et à la commune de Thollon-Les-Mémises.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La rapporteure,

P. E

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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