vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202888 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | COUTAZ |
Vu les procédures suivantes :
I-Par une requête enregistrée le 10 mai 2022 sous le numéro 2202888, M. A B, représenté par Me Coutaz, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de refus née du silence gardé par le préfet de l'Isère sur sa demande de titre de séjour du 2 septembre 2019 ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ".
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision implicite est entaché d'un vice de procédure, faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît l'article 6-2 de l'accord franco-algérien, la condition de communauté de vie étant remplie ;
- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 17 août 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet de l'Isère fait valoir que :
-aucune décision implicite n'est née, faute pour le requérant d'avoir présenté une demande de titre de séjour le 2 septembre 2019 ;
- à titre subsidiaire, il n'y a plus lieu de statuer sur la requête, une décision expresse étant depuis intervenue ;
- encore à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II- Par une requête enregistrée le 16 septembre 2022 sous le numéro 2205954, M. A B, représenté par Me Coutaz, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2021-SES-005 du 7 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours avec fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte journalière de 100 euros, de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans, subsidiairement d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ; subsidiairement encore de réexaminer sa situation dans un délai de de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours et sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure, faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 7 bis et l'article 6-2 de l'accord franco-algérien;
- il méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- l'obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire ;
- l'interdiction de retour méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par ordonnance du 23 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 novembre 2022.
Un mémoire présenté par le préfet de l'Isère a été enregistré le 6 décembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 décembre 2022:
- le rapport de Mme E,
- les observations de Me Coutaz, représentant M. B,
- et les observations de M. D, représentant le préfet de l'Isère.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 14 décembre 1978, est entré en France le 22 mars 2016 sous couvert d'un visa de court séjour pour rejoindre son épouse, Mme C, de nationalité française, avec laquelle il s'était marié en Algérie le 21 janvier 2007, et a bénéficié d'un titre de séjour d'un an valable du 25 mars 2016 au 24 mars 2017. Par un arrêté du 25 juin 2018, Le préfet de l'Isère lui a refusé le nouvellement de son certificat de résidence sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien par un arrêté du 25 juin 2018, dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par la cour administrative d'appel de Lyon le 4 juillet 2019. A la suite, le préfet de la Savoie lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an par un arrêté du 26 mars 2019, annulé par un jugement du tribunal administratif de Grenoble n°1902082 lu le 23 mai 2019, devenu définitif. M. B a déposé une nouvelle demande en sa qualité de conjoint français le 6 mars 2020. Dans l'instance n°220954, il demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté susvisé par lequel le préfet de l'Isère a notamment opposé un refus à cette demande. Dans l'instance n°2202888, il demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir un précédent refus implicite qui lui aurait été opposé sur une précédente demande datée du 2 septembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation dans l'instance n°2202888:
2. Ainsi que l'oppose en défense le préfet de l'Isère, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'une décision serait née du silence gardé par l'administration sur sa demande de titre de séjour du 2 septembre 2019, faute d'établir l'existence d'une telle demande. Dès lors, les conclusions présentées dans l'instance n°2202888 sont irrecevables, faute d'objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation dans l'instance n°2205954:
Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ;
3. L'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule que : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2°) Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2° ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. ". L'article 7 bis du même accord stipule que : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour () : Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 alinéa 2 et au dernier alinéa de ce même article ; () ".
4. Il résulte de la combinaison de ces stipulations, d'une part, qu'elles ne font pas obstacle à ce que le préfet, s'il est établi de façon certaine que le mariage d'un ressortissant étranger avec un conjoint de nationalité française a été contracté dans le but exclusif d'obtenir un titre de séjour, fasse échec à cette fraude, et d'autre part, que si la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans est subordonnée, notamment, à une communauté de vie effective entre les époux, cette condition n'est pas exigée pour la première délivrance du certificat de résidence d'un an aux ressortissants algériens.
5. L'arrêté attaqué examine la situation de M. B tant au regard des dispositions précitées de l'article 7 bis que de celles de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Pour lui refuser un titre, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la circonstance que M. B a épousé une ressortissante française qui, dans un courrier d'octobre 2016 et un courriel de janvier 2018 adressés aux services de la préfecture de l'Isère, reprochait à son conjoint d'avoir abusé de sa faiblesse psychologique et de l'avoir épousée dans le seul but d'obtenir un titre de séjour. Le préfet de l'Isère reproche également à l'intéressé l'absence de vie de couple, mise en lumière par une enquête de police diligentée le 30 octobre 2017.
6. Or d'une part, M. B, qui ne conteste pas la réalité des propos tenus par sa femme, explique les agissements de cette dernière par son état de santé. Il produit ainsi une attestation médicale établie par le Dr F, médecin traitant depuis 2003 de Mme C épouse B, aux termes de laquelle il certifie que sa patiente " présente des affections graves type diabète et dépression sévère depuis le décès de son fils et nécessite auprès d'elle la présence de son mari pour assurer ses soins dans de bonnes conditions ". Ce constat est renforcé par l'attestation de la fille de Mme C du 20 octobre 2018, selon laquelle sa mère et M. B forment un couple uni. Dans des courriers du 1er avril 2019 et 19 août 2022 adressés au préfet de l'Isère, Mme C rétracte également ses accusations portées à l'encontre de son mari, précise qu'aucune procédure de divorce n'a été engagée et atteste que son mari, qui a toujours été présent à ses côtés et subvient aux besoins du couple, est resté à ses côtés. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le mariage de M. B et de Mme C ait été contracté en 2007 dans le but exclusif d'obtenir un titre de séjour.
7. D'autre part, la communauté de vie ne conditionne pas la première délivrance du certificat de résidence d'un an aux ressortissants algériens, ainsi qu'il vient d'être dit au point 4, seul titre de séjour auquel M. B pouvait prétendre en qualité de conjoint de français, la légalité du refus de renouvellement du titre initial obtenu en 2016 ayant été confirmée par la cour administrative d'appel, ainsi qu'il a été dit au point 1.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision de refus de titre opposée par l'arrêté susvisé du 7 juillet 2022 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire avec interdiction de retour en France et désignation du pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Le présent jugement implique nécessairement, au sens de l'article L 911-1 du code de justice administrative, que le préfet de l'Isère délivre à M. B un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et qu'il le munisse, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour; dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative:
10. Les conclusions présentées par M. B, partie perdante dans l'instance n°2202888, doivent être rejetées.
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans l'instance n°2205954, une somme de 900 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté susvisé n°2021-SES-005 du 7 juillet 2022 du préfet de l'Isère est annulé.
Article 2 Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. B un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et qu'il le munisse, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3: L'Etat versera à M. B la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'instance n°2205954.
Article 4: Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté dans les deux instances.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Frapolli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
I. E
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2202888 - 2205954
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026