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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203205

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203205

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 5
Avocat requérantGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2022, M. B C, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- la décision d'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle a estimé, à tort, qu'il était célibataire sans enfants à charge ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2022, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties, régulièrement convoquées à l'audience publique du 28 juin 2022 à 8 heures 50, ne s'y sont pas présentées.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o () ". Sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Drôme a pris à l'encontre de M. C, ressortissant nigérian, l'arrêté attaqué du 9 mai 2022.

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet en date du 27 août 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit donc être écarté.

4. Si M. C soutient être marié depuis plus de sept ans à Mme D, compatriote ayant obtenu le statut de réfugiée, il n'en justifie pas. Il ressort des pièces du dossier qu'il s'est déclaré célibataire lors de la demande d'asile qu'il a formé le 30 mars 2022. De même, le récépissé de demande de titre de séjour de 10 ans de Mme D du 6 janvier 2022, indique que cette dernière est célibataire. En outre, la communauté de vie du couple n'est pas établie. Par ailleurs, M. C soutient avoir eu un enfant avec Mme D, né en septembre 2020, dont il produit le certificat de naissance. Toutefois, il ne démontre pas pourvoir à son entretien et à son éducation, ni avoir tissé et conservé des liens affectifs avec lui. S'il soutient que Mme D est enceinte d'un second enfant, auquel elle doit donner naissance en août 2022, il n'établit ni la véracité de cette information, ni le fait qu'il serait le père de cet enfant. M. C ne démontre pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, il ne fait état d'aucun élément d'intégration particulier dans la société française. Dans ces conditions, l'arrêté n'a pas méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

5. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le préfet n'a commis aucune erreur de fait en estimant que l'intéressé était célibataire. Par ailleurs, s'il a omis de mentionner que le requérant était père d'un enfant, cet élément est sans influence sur le sens de l'arrêté attaqué.

6. Au vu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination. En tout état de cause, l'invocation de ce moyen est sans utilité aucune dès lors que même dans le silence du requérant, le tribunal serait amené à annuler les décisions subséquentes d'une obligation de quitter le territoire français si celle-ci était illégale.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :

Article 2 :

Article 3 :M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

La requête de M. C est rejetée.

Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Gay et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le magistrat désigné,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203205

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