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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203826

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203826

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBARICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2022, Mme E, représentée par la SCP Lachat Mouronvalle demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 25 janvier 2022 par laquelle le maire de Saint-Clair-de-la-Tour a accordé un permis de construire à la SCI TS, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Saint-Clair-de-la-Tour et de la SCI TS une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'urgence est présumée, que les travaux ont commencé et que sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse les moyens tirés de :

- du caractère incomplet du dossier faute de justifier de l'adaptation aux risques alors que le terrain d'assiette est en zone de risque d'inondation, en raison d'une incohérence quant à la destruction de l'existant, faute de document permettant d'apprécier l'insertion ;

- la méconnaissance de l'arrêté préfectoral du 1er juillet 2009 protégeant les périmètres de captage d'eau et des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- la méconnaissance du point 1-3 de l'article U1 du PLUi concernant la mixité sociale ;

- la méconnaissance du point 2-1-2 de l'article U2 du PLUi relatif à la distance d'implantation entre deux constructions sur un même terrain.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la commune de Saint-Clair-de-la-Tour conclut au rejet de la requête.

La commune indique le projet respecte tous les articles du règlement de la zone U secteur 3 et C.

Par un mémoire enregistré le 5 juillet 2022, la SCI TS, représentée par Me Barichard, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme E à lui verser une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société bénéficiaire fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen soulevé n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 18 mars 2022 sous le n°2201726 par laquelle Mme E demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 juillet 2022 à 10 heures en présence de Mme Zanon, greffière d'audience, Mme Triolet, première conseillère, a lu son rapport et entendu :

- Me Villard représentant Mme E ;

- Me Barichard, assistant M. B ;

- Le maire de Saint-Clair-de-la-Tour qui indique que l'instruction des demandes est réalisée avec compétence et sans différence entre ses concitoyens ; qu'il a visité le chantier hier avec les représentants de la SCI et que celui-ci est, vu son état, à l'arrêt depuis longtemps et n'a pas repris suite à la délivrance du permis litigieux ; qu'il n'est pas exigé de logements sociaux dans tous les nouveaux programmes dès lors que la commune n'est pas en retard dans ses objectifs sur ce point ;

- Questionné M. B confirme que la maison d'habitation présente sur les parcelles n'a jamais été détruite ou concernée par les autorisations successives ; que le bâtiment qu'il était prévu de restaurer a dû être intégralement détruit en raison de l'effondrement du mur pignon et plus globalement de la faiblesse de tous les murs et des fondations.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI TS est propriétaire de trois parcelles cadastrées section AC n°207p, 208 et n°209 d'une superficie de 1 853 m² à Saint-Clair-de-la-Tour. Dans le PLUi adopté le 19 décembre 2019 par le conseil communautaire des Vals du Dauphiné, elles sont classées en zone U, secteur 3 et C.

2. Le maire de la commune a délivré à la SCI le 1er février 2016 un permis de construire afin de restaurer et rénover deux bâtiments accolés d'une surface de plancher de 271 m² pour y créer cinq logements. Par deux procès-verbaux des 4 et 21 septembre 2018, le maire a constaté que la construction existante avait été entièrement démolie et que la SCI était en train de construire un nouveau bâtiment en R+2. Les travaux perdurant malgré ces constats, le maire a pris un arrêté interruptif le 12 octobre 2018. La SCI a formé deux demandes de permis de construire refusées le 18 avril 2019 puis le 3 juin 2021. Par l'arrêté du 25 janvier 2022, dont il est demandé de suspendre l'exécution, le maire lui a délivré un permis de construire en vue de réaliser un bâtiment en R+1 comprenant six logements pour une surface de plancher de 738 m² dont 248 m² de surface existante et 490 m² de surface créée, selon les mentions du Cerfa.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision contestée :

3. Les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative permettent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets C l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne l'urgence :

4. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre () un permis de construire () ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () ".

5. La société bénéficiaire fait valoir que les travaux à réaliser sont de faible importance puisque la construction existe déjà et que les moyens soulevés ne pourraient qu'aboutir à une régularisation. Toutefois, ces arguments, à les supposer fondés, ne permettraient pas de renverser la présomption légale d'urgence destinée à ne pas créer une situation de fait illégale, de plus fort s'agissant d'une construction déjà avancée, quoique ni close ni couverte, lorsqu'elle a été arrêtée en raison de son illégalité en 2018. Par suite, la condition d'urgence est remplie.

En ce qui concerne les moyens soulevés

6. En l'état de l'instruction, en raison de la destruction complète jusqu'aux fondations incluses du bâtiment existant et, subsidiairement, d'une construction dans une enveloppe distincte de celui-ci, il n'apparaît pas que le projet en cours de réalisation aurait jamais été autorisé et pourrait être juridiquement qualifié d'existant dans l'une quelconque de ses parties.

7. En premier lieu, l'arrêté préfectoral n°2009-06236 du 1er juillet 2009 classe les trois parcelles d'assiette du projet dans le périmètre de protection rapprochée du captage d'eau du puits de Passeron. Dans ce périmètre, le II de l'article 7 de cet arrêté prohibe " toute nouvelle construction ainsi que l'extension et le changement de destination des bâtiments existants ". Il ne peut notamment être autorisé que " la reconstruction à l'identique en cas de sinistre sans changement de destination " ou " le changement de destination des bâtiments existants (4 murs, 1 toit) dans les volumes existants, en bâtiment d'habitation ". En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision par ailleurs attaquée.

8. En deuxième lieu, aux termes du point 1-3 " mixité sociale " de l'article U1 : " Les secteurs n° 1,2,3, 4, des zones U, des communes de () Saint-Clair de la Tour () sont soumis dans leur intégralité à l'article L151-15 du code de l'urbanisme. A ce titre dans tout programme à partir de 10 logements construits ou de 500 m² de surface de plancher de logement créée, 20 % au minimum du nombre de logements et représentant au moins 20 % de la surface de plancher de logements créée, devront être affectés à des logements tels que décrits à l'article L.302-5 du Code de la Construction et de l'Habitation en vigueur ". En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision par ailleurs attaquée.

9. En troisième lieu, aux termes du point 2-1-2 " implantations des constructions les unes par rapport aux autres " de l'article U2 en secteur C : " si les constructions ne sont pas contiguës, une distance minimale entre les constructions, est imposée de la façon suivante : - C les deux constructions ne dépassent pas le niveau RDC la distance minimale entre les deux constructions est de 4 m. / - C la construction la plus haute est de niveau R+l, la distance minimale entre les deux constructions est de 8 m. / C la construction la plus haute est de niveau R+2, la distance minimale entre les deux constructions est de 12 m ". Le plan de masse montre une distance minimale de 3 mètres entre les constructions alors qu'il est constant que le projet est en R+1. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision par ailleurs attaquée.

10. En revanche, il y a lieu de préciser, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, que les autres moyens ne sont pas, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté.

11. Il y a donc lieu, pour les motifs exposés aux points 7, 8 et 9, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 25 janvier 2022 jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Partie perdante, la SCI TS ne peut prétendre à l'allocation d'une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en revanche, de la condamner, solidairement avec la commune de Saint-Clair-de-la-Tour, à verser à Mme E la somme de 1 500 euros au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de Saint-Clair-de-la-Tour en date du 25 janvier 2022 est suspendue.

Article 2 : La SCI TS et la commune de Saint-Clair-de-la-Tour sont solidairement condamnées à verser à Mme E la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E, à la commune de Saint-Clair-de-la-Tour et à la SCI TS.

Copie sera adressée pour information au préfet de l'Isère et au Procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Grenoble.

Fait à Grenoble, le 13 juillet 2022.

La juge des référés,

A. D

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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