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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207847

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207847

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2022 et un mémoire enregistré le 27 janvier 2023, Mme B C, représentée par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2022-ER 12 du 29 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale ou, subsidiairement, après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, de réexaminer sa demande, le tout dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement et sous astreinte journalière de 150 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le préfet de l'Isère n'a pas examiné sa situation ;

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- le préfet de l'Isère, en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation, a commis une erreur de droit ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ce refus méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- ce refus est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- le préfet s'est cru, à tort, tenu de prendre cette obligation suite au refus qu'il a opposé à sa demande de titre de séjour ;

- cette obligation méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le mémoire présenté par le préfet de l'Isère, enregistré le 31 janvier 2023 à 16 h 22 après clôture de l'instruction fixée le 31 janvier 2023 à 12 h par ordonnance du 20 janvier 2023 prise sur le fondement des articles R. 613-1 et R. 613-4 du code de justice administrative, n'a pas été communiqué.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine, est, selon ses déclarations, entrée en France en août 2020. Elle a demandé, en avril 2022, une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans la présente instance, elle demande l'annulation pour excès de pouvoir du refus que le préfet de l'Isère lui a opposé par arrêté du 29 juillet 2022 portant également mesures d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A, chef du bureau du droit au séjour de la préfecture de l'Isère, qui disposait, à cette fin, d'une délégation de signature consentie par arrêté préfectoral du 26 juillet 2022 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte manque en fait et doit être écarté.

3. Il résulte de l'arrêté en litige que le préfet de l'Isère a examiné la situation personnelle de Mme C avant de rejeter sa demande de titre de séjour et de prescrire son éloignement. Le moyen tiré de l'erreur de droit entachant cet acte faute d'un tel examen doit donc être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. Le refus de titre de séjour en litige comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent, quand bien même il ne mentionne pas tous les éléments dont Mme C entend se prévaloir. Par suite, il satisfait à l'obligation de motivation qu'imposent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du vice de forme dont il serait entaché doit donc être écarté.

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère, qui n'y était d'ailleurs pas tenu, a examiné la possibilité de régulariser la requérante. Le moyen tiré de l'erreur de droit qu'il aurait commise en ne procédant pas à une telle analyse doit donc être écarté.

6. A la date du refus de titre de séjour contesté, Mme C n'était présente en France que depuis moins de deux ans alors qu'elle a vécu hors de France jusqu'à l'âge de 35 ans. Si elle établit être employée en qualité d'assistante de vie pour une durée indéterminée, elle ne justifie pas d'une intégration sociale d'une particulière intensité. Sur un plan familial, elle ne prouve pas ses affirmations selon lesquelles elle serait séparée de fait de son époux qui vit en Italie et rien ne s'oppose à ce que ses trois enfants mineurs l'accompagnent en cas de retour dans son pays d'origine, l'impossibilité de leur scolarisation au Maroc n'étant pas établie. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour contesté porte, à sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance, par ce refus, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant le refus de titre de séjour en litige doit être écarté.

8. L'article 3-1 de la convention de New York ne garantit pas un droit à l'enfant de se maintenir dans l'Etat qui lui offre le meilleur niveau de scolarité et la meilleure qualité de vie. Par ailleurs, le refus de titre de séjour querellé n'a pas pour conséquence l'éloignement de Mme C du territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par ce refus, de l'article 3-1 de la convention de New-York doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. L'obligation de quitter le territoire français en litige comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent. Par suite, elle satisfait à l'obligation de motivation qu'impose l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de forme dont elle serait entachée doit donc être écarté.

10. La seule circonstance que le préfet de l'Isère ait assorti le refus de titre de séjour qu'il a opposé à la requérante d'une obligation de quitter le territoire français ne signifie pas qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance, par la décision faisant obligation à Mme C de quitter le territoire français, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation entachant cette obligation doivent être rejetés.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8, le moyen tiré de la méconnaissance, par cette obligation, de l'article 3-1 de la convention de New-York doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction et d'astreinte présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

14. Eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées par Mme C au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Borges de Deus Correia et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, premier conseiller,

Mme Permingeat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2207847

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