mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2300169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ALBERTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-ER 06 du 4 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " lui permettant de travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros hors taxes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
- la requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son auteur ;
- la commission du titre de séjour aurait dû être consultée ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure tiré de l'absence de saisine de consultation du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ; à supposer qu'un tel avis ait été rendu, rien ne permet de retenir qu'il a été rendu par des médecins régulièrement désignés ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisante motivation du point de vue médical ;
- le préfet a méconnu l'étendue de sa propre compétence en se sentant lié par l'avis défavorable des médecins de l'OFII ;
- le refus de titre méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne peut avoir accès à un traitement médical au Pakistan ;
- son droit à une vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui s'exerce désormais en France, a été méconnu ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à raison de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 27 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet de l'Isère fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 6 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à M. B A.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique du 12 mai 2023 :
- Mme Letellier a lu son rapport ;
- Me Albertin a présenté des observations pour M. A ;
- M. F a présenté des observations pour le préfet de l'Isère.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est un ressortissant pakistanais, âgé de 34 ans. Il déclare être entré en France le 10 octobre 2018. Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, valable du 17 mai 2021 au 16 février 2022. Le 7 janvier 2022, il a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour en application de l'article L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 4 octobre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Dans la présente instance, M. A en demande l'annulation.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté du 4 octobre 2022 a été signé par Mme D E, cheffe du bureau du droit au séjour de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Isère s'est fondé. Le requérant ne saurait reprocher à celui-ci de ne pas avoir fait état d'éléments plus précis sur son état de santé, compte tenu du secret médical qui interdit au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de révéler à l'autorité administrative des informations sur la pathologie et la nature des traitements médicaux des demandeurs. Dès lors, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis le 25 avril 2022 concernant M. A. Cet avis a été produit par le préfet de l'Isère en défense. Il est signé par les docteurs Cizeron, Laouabdia-Sellami et Delprat-Chatton, composant ce collège et régulièrement désignés à cet effet par une décision du directeur général de l'OFII du 1er octobre 2021, publiée sur le site internet de l'OFII. Le requérant n'est donc pas fondé à invoquer l'irrégularité de la procédure ayant précédé la décision attaquée.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet s'est cru à tort lié par l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'a pas méconnu l'étendue de sa compétence. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, de sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. Le collège de médecins du service médical de l'OFII a estimé, dans son avis émis le 25 avril 2022, que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé souffre d'une pathologie cardiaque et plus précisément d'une cardiopathie ischémique qui a nécessité, du 2 au 10 janvier 2019, un double pontage coronarien. M. A soutient que son état de santé nécessite un traitement médicamenteux composé de Duoplavin, de Lansoprazole, de Ramipril, de Bisoprolol, d'Atorvastatine et de Nastipray, renouvelé, que son état de santé ne s'est pas amélioré et que compte tenu du système de soins au Pakistan, il est évident qu'il ne pourrait avoir accès audit traitement dans son pays d'origine. Toutefois, en se bornant à produire un certificat médical établi par le docteur C, médecin généraliste, le 25 février 2022, selon lequel ce patient " nécessite un suivi et la poursuite de son traitement en France ", le requérant ne justifie pas qu'il ne peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine alors même que le collège des médecins de l'OFII avait rendu un avis favorable le 5 mai 2021 et qu'il reste soumis à un traitement médical inchangé. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". En vertu de ces dispositions, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent les conditions prévues aux articles précités, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A ne remplit pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, telles que mentionnées par l'article L. 432-13 du même code. Dès lors, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère était dans l'obligation de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / ".
12. M. A soutient qu'il justifiait de quatre années de présence ininterrompue en France à la date de la décision attaquée dont une partie en situation régulière sous couvert d'un titre de séjour, qu'il s'est vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé, ce qui lui permettra une intégration professionnelle en lien avec son état de santé et qu'il n'a plus aucune attache au Pakistan. Toutefois, si l'intéressé a bénéficié d'une carte de séjour temporaire " étranger malade " pour une durée de moins d'un an, un tel titre de séjour est nécessairement temporaire, circonscrit à un objet et une durée déterminée et n'a ainsi pas vocation à permettre à l'étranger de s'installer durablement sur le territoire français. Par ailleurs et comme il a été dit au point 8, il ne justifie pas qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Enfin, célibataire et sans charge de famille, il ne justifie d'aucune attache familiale ou amicale en France alors qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale au Pakistan où vit encore son père et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Enfin, il ne fait état d'aucune insertion sociale ou par le travail. Dans ces conditions et eu égard aux conditions de séjour du requérant en France, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision attaquée doit être écarté.
14. Le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peut être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.
15. Pour les motifs déjà exposés au point 12, le moyen selon lequel la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
17. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions en injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
18. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. A tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Albertin et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 12 mai 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente,
Mme Letellier, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 31 mai 2023.
La rapporteure,
C. LETELLIER
La présidente,
D. JOURDAN
La greffière,
C. JASSERAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026