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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301696

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301696

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantMICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, Mme A E représentée par Me Michel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 août 2022 par laquelle le préfet du département de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande d'échange de permis de conduire délivré par les autorités du Quatar contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du département de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis conduire quatari contre un permis français dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de réexaminer sa demande sous les mêmes conditions en application des articles L. 911-1, L.911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision contestée est entachée :

- de défaut de compétence de son auteur ;

- d'erreur manifeste d'appréciation : elle n'est pas responsable des délais pris par la reconnaissance de son statut de réfugiée, une mauvaise compréhension des textes applicables et des renseignements erronés donnés en préfecture.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, le préfet de Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que celle-ci est infondée.

Vu les autres pièces du dossier et notamment la décision d'aide juridictionnelle totale du 19 janvier 2023.

Vu :

- l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été présenté au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E, de nationalité syrienne, a sollicité le 2 février 2022 via la télé - procédure, l'échange de son permis de conduire quatari délivré le 24 février 2014, contre un permis de conduire français. Par décision du 17 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande au motif que sa demande d'échange est tardive car présentée au delà du délai légal d'un an après l'acquisition de sa résidence normale en France. Mme E demande l'annulation de cette décision défavorable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte :

2. La décision du 17 août 2022 est signée, pour le préfet de la Loire-Atlantique, par Mme C D, directrice du centre d'expertise et de ressources titres de la Loire-Atlantique (CERT) échange de permis de conduire étrangers, et à ce titre bénéficiaire d'une délégation de signature pour les décisions d'échange de titres étrangers, par arrêté du préfet daté du 12 octobre 2020 et paru au recueil des actes administratifs n° 126 du même jour. Le moyen est écarté.

Sur le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des textes :

3. Selon l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, (). ". L'arrêté du ministre de l'intérieur en date du 12 janvier 2012, dispose à l'article 4 : " I. ' Tout titulaire d'un permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France. II. () - B - () Pour les personnes bénéficiant du statut de réfugié, de la protection subsidiaire ou du statut d'apatride, la date d'acquisition de la résidence normale est celle de la remise du récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour portant la mention " reconnu réfugié " ou la mention " a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire " ou la mention " a demandé la délivrance d'un premier titre de séjour bénéficiaire du statut d'apatride ". () ".

4. Il ressort du relevé des titres de séjour délivrés à Mme E que celle-ci a bénéficié du statut de " bénéficiaire de la protection subsidiaire " (code référence n° 9813) à compter du 2 juillet 2020 délivré par l'OFPRA, et suite à l'appel formé devant la Cour Nationale du Droit d'Asile, celle-ci lui a reconnu le statut de réfugié par décision du 5 mars 2021. En application des dispositions précitées de l'article 4 - II - B, la date d'acquisition de la " résidence normale en France " de la requérante est le 2 juillet 2020 puisque le changement de statut de catégorie de protection du 5 mars 2021 est sans influence sur la date d'acquisition de résidence normale en France. En conséquence, le délai d'un an pour demander l'échange de permis de conduire étranger de la requérante, était échu le 2 juillet 2021. Dans ces conditions, la demande de la requérante, présentée le 2 février 2022 pour l'échange de son permis quatari, est tardive.

5. Si Mme E fait valoir qu'elle n'est pas responsable des délais pris pour la reconnaissance de son statut de réfugiée ni de sa mauvaise compréhension des textes applicables ni des renseignements erronés donnés en préfecture, ces circonstances à les supposer établies, sont sans influence sur l'obligation pour le préfet de la Loire-Atlantique d'appliquer les dispositions précitées de l'arrêté du 12 janvier 2012.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 août 2022 refusant l'échange du permis de conduire quatari délivré le 13 avril 2015, contre un permis de conduire français, sont rejetées.

Sur les autres conclusions :

7. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation de la décision attaquée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à Me Michel et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La magistrate désignée,

D. BLa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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